CONCLUSIONS, SUR HERMAS
réconciliation avec Dieu fut toujours réservée dans l'enseignement catholique ; l'idée d'une catégorie de pécheurs abandonnés par la miséricorde divine, n'appartiept à la tradition officielle de l'Église ni au troisième siècle, ni au second. Que tel pasteur rigoriste, au sein même de l'Église, ait émis une telle idée, c'est un accident toujours possible, et dont il serait téméraire d'écarter a priori la réalité. Mais, d'autre part, il est a priori fort vraisemblable qu'il se rencontra, de tout temps, des prédicateurs préoccupés de terrifier les pécheurs par l'annonce d'une justice inexorable. Bien des indices relevés soit dans les visions, soit dans les paraboles dénotent quelque préoccupation de ce genre chez Hermas. L'explication complète du langage qu'il prête au Pasteur doit tenir compte du caractère personnel de l'auteur et du genre populaire de cette allégorie eschatologique l.
Elle doit tenir compte aussi de la différence du langage entre les différentes parties du livre, différence de langage qui parait bien refléter des situations différentes. Nous avons déjà signalé le caractère en quelque sorte extratemporel des Commandements du Pasteur, étrangers aux préoccupations d'actualité pressante. La différence n'est guère moins tranchée entre Visions et Paraboles : celles-là toutes pénétrées de l'idée de la persécution imminente, celles-ci écrites sans doute au sortir de la grande épreuve, durant un temps de répit. Le
1. On lira avec fruit Jean Réville, Sur la valeur historique du témoignage du Pasteur, Paris, 1900. Deux revues américaines viennent de reprendre simultanément, à des points de vue différents, la même question. M. Kirsopp Lake, The Shepherd of Hermas and cliristian life in Rome in the second century, dans The Harivard theological Review, vol. IV, p. 25-46, Cambridge Massachusetts, 1911, étudie la pari faite par Hermas au développement de la morale chrétienne et de la hiérarchie. M. Kerh D. Macmillan, The Shepherd of Hermas, apocalypse or aile go r y ? dans The Princeton theological Rêviez, vol. IX, p. 61-94, Princeton, 1911, met en lumière le caractère allégorique du livre. — Les attaches possibles du Pasteur d'Hermas avec la littérature hermétique de l'Egypte ont été admises beaucoup trop libéralement par M. R. Reitzenstein, Poimandres. Studien zur griechischaegyptischen und frûhchristlichen Literatur, Leipzig, 1904. Voir la critique judicieuse de M. G. Bardy, Revue Riblique, 1911, p. 391- 407 ; et E. Krebs, Der Logos als Heiland im ersten Jahrhundert, Anhang : Poimandrrs und Johannes, p. 133 sqq., Freiburgi. B.. 1910.
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contraste apparaît surtout entre la IIe vision et la IXe parabole. Au temps de la IIe vision, la situation est extrême, les fidèles doivent se hâter pour profiter des dernières grâces1. Au temps de la IXe parabole, les circonstances ont changé, la grande épreuve est passée, un arrêt se produit dans la construction de la tour, pour permettre aux retardataires d'y entrer encore2.
Ces délais successifs de la justice divine donnent la clef du dessein poursuivi en divers temps par Hermas. La IIe vision est comme un sermon sur le petit nombre des élus ; la IXe parabole doit rallier les âmes pour un nouvel effort.
De là une modification importante, soit dans l'idéal proposé, soit dans la voie ouverte pour y tendre. La IIIe vision représentait l'Église toute pure, émergeant des eaux baptismales, telle en un mot qu'on pouvait la proposer à des catéchumènes; elle n'abordait pas ouvertement la question des chrétiens pécheurs. La IXe parabole s'adresse à des chrétiens formés ; elle représente l'Église de la terre dans un perpétuel travail de renouvellement interne : des indignes y pénètrent, il faut les expulser, au moins jusqu'à ce qu'ils se soient rendus dignes d'y pénétrer à nouveau. C'est la réduction en acte des règles posées dans le IVe commandement, et nous retrouvons ici le même dualisme d'enseignement que là nous avions expliqué par les besoins différents des catéchumènes et des chrétiens : ici nous l'expliquerons par les besoins différents des stantes et des lapsi, des chrétiens fidèles et des autres. Telle parait être la clef de différences de langage autrement inexplicables.
•2° La doctrine pénitentielle du Pasteur est entièrement pénétrée par l'idée d'Église. C'est l'Église qui, la première.
1. Vis., Il, 2, 5 : Eiv wptau-Évr): -T]; qptipaç txÛt7-,ç eti a;j.âp-nriaiç yévrjxai, ij.rt e/eiv aÙToùç ja>T7)p£av' r\ yàp u—xvoia toTç oixaîoiç È'/si teXo;- -£^Xr[ptovxai ai guipai (isTavoi'a; icaatv toû erpou. — Cf. Vis., III, 8, 9; 9, 5.
2. Si/n., IX, 5, 1 : Koù ètcàesOyi 7rj '/|[jipa Ixeîvtj r\ oîxo6o(*rJ, oux à-ETeXÉaÔr) ÔÈ 6 rûpyoç* È';j.eXÀe yàp ^a)av È7io,.xoooaE?(T6af xat ÈyÉVETO avoyrj -tj; oIxoooijlyjç. — 14, 2 : Aià TûJTG yàp xal -rtç olv.ooo<xrlz àvo/r, ÈyÉVETO, iva Èàv fiETavorJatoaiv ouTot, àr.éÀOcoaiv eiç tt,v otxooofi.r,v tou mipyou. Eàv oï uVj aETavorj^' ■>?•., tôt: aÂÀo'. i.-c).£'jsovTai xat o'jtoi eiç teXo: Èx6Xï](hjff0VTai.
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apparut à Hernias et le remit aux mains de ce personnage mystérieux dont il nous répète renseignement. C'est encore l'Église que désigne l'allégorie fondamentale de la tour, introduite dans la IIIe vision et reprise avec de nouveaux détails dans les deux paraboles les plus importantes , la VIIIe et la IX .
D'ailleurs, la liturgie est en dehors de la perspective d'Hermas, aussi bien la liturgie de la pénitence que les autres, et si, d'un bout à l'autre de son livre, il a en vue la réconciliation ecclésiastique, il n'en désigne jamais le comment ni le ministre. On ne rencontre chez lui aucune allusion directe au pouvoir des clefs, et si nous essayons de préciser, d'après le Pasteur, dans quelle mesure on peut parler, au 11e siècle, d'une discipline de la pénitence, nous sommes réduits à des inductions plus ou moins vagues.
Néanmoins le développement garde perpétuellement contact avec l'Église telle qu'elle est, et l'intention d'y exercer une action efficace est évidente. Il est donc permis de chercher à soulever le voile, et à retrouver dans les peintures d'Hermas un décalque plus ou moins fidèle des institutions dont il a dû s'inspirer.
Le personnage du Pasteur n'appartient pas à l'humanité. Tous ses traits le rapprochent plutôt des autres ministres de la sagesse et de la bonté divine, tels que l'ange du châtiment, ou le glorieux ange Michel, chef du peuple de Dieu, ou encore cet ange Thegri qui apparaît une fois [ domptant la persécution, sans parler des nombreux anges subalternes. Une s'élève pas au-dessus de la dignité d'un ange. Nul ne s'avisera de l'identifier avec le Fils de Dieu, dont il n'est que le serviteur2. D'autre part, le ministère qu'il remplit auprès de l'humanité sur terre, est ordonné à la perfection de l'Église, et empreint d'un caractère de justice distributive qui suggère très naturellement l'idée d'un gouvernement ecclésiastique, remplissant à l'égard des individus un office semblable3.