‹ L'édit de CallisteChapitre 68 sur 252 · Funk, dans TQS., t. LXXXVII (1906), p. 541 sqq · texte numérisé non relu

Funk, dans TQS., t. LXXXVII (1906), p. 541 sqq

3. Sur ce point, M. Vacandard et Mer Batiftol étaient autrefois de même sentiment, puisque le premier écrivait en 1899, RCF., t. XXI, p. 35 : « Au temps d'Hermas, l'adultère était encore un péché rémissible. Il semble qu'il soit devenu ensuite, même à Rome, un péché irrémissible, jusqu'au jour où le pape Calliste inaugura, nous dit Tertullien, une discipline nouvelle... »; le second écrivait en 1904, Etudes, p. 66 : « Le principe est affirmé du droit au pardon pour le

CONCLUSIONS, SUU HERMAS. 109

Est-ce a dire (jue l'idée d'un pardon divin indépendant de

la réconciliation ecclésiastique n'apparaît pas dans ce livre?

chrétien faible. Hermas L'aifîrme au nom du presbytérat romain... » — Mais à la suite de l'évolution accomplie en 1906 par Funk, qui, pressé par l'argumentation de M. Esskr, comprit la nécessité de faire plus grande qu'il ne l'avait faite jusque-là la part de la réconciliation ecclésiastique, les deux savants français opérèrent un mouvement de concentration sur le terrain marqué par l'historien allemand, et pour cela atténuèrent leurs précédentes affirmations : Msr Batiffol écrit, BLE., 1906, p. :>i5 : « Quant à l'affirmation de M. Esser que l'Eglise, vers l'an 200. admettait le fornicateur et l'adultère à la réconciliation ecclésiastique, nous venons de constater qu'il n'en ajusqu'ici administré aucune preuve valable. » P. :j't? : « Vers l'an 200, à Rome, où l'on tendait depuis longtemps à l'indulgence, on observait comme à Garthage la réserve «les trois espèces : fornication, homicide, apostasie. » M. Vacandard écrit, RCF., t. L. p. 128 : « Il est sûr que le Pasteur préconisait l'indulgence, même en faveur des adultères. Mais sa théorie partait d'en bas: elle ne représente pas la pensée de l'autorité ecclésiastique ; il semble même qu'elle tentait une réaction contre la discipline existante à Rome. » P. 130 : « On n'a pas de preuve que l'Eglise romaine ait, avant Calliste, admis les adultères à la réconciliation. Le Pasteur d'Hermas, vers le milieu du deuxième siècle, préconisait cette indulgence. Mais nous ignorons si sa voix fut entendue. » — Avouons que tout cela nous -paraît bien fragile. Pour ne parler que de Rome, la faveur dont y jouissait vers l'an 200 le livre d'Hermas. et dont Tertullien témoigne soit avant, soit surtout après son évolution vers le montanisme, ne permet guère de croire, soit que la voix de l'auteur « n'y ait pas été entendue », soit que le principe par lui posé ait pu subir une éclipse au cours du dernier demi-siècle, dans cette Église où « l'on tendait depuis longtemps à l'indulgence ».

Dans son Introduction au Pasteur d'Hermas, M. A. Lelong émit suffisant d'accorder ceci, p. lxxiii : « Si donc Hermas admettait, dans la pénitence, une immixtion quelconque de l'Église, il ne le dit en tout cas nulle part. A prendre son livre tel qu'il est, sans le compliquer d'interprétations forcées et tendancielles, nous constatons que la pénitence y est affaire entre le pécheur et Dieu, exclusivement.

« Mais si la pénitence, en tant que réconciliation ecclésiastique, n'apparaît nulle part dans le Pasteur, s'ensuit-il qu'elle ne soit pas même it l'arrière-plan et que l'auteur n'y ait jamais songé? — Evidemment non. Hermas, au contraire, a dû l'avoir constamment en vue. La véritable preuve n'en est peut-être pas dans l'importance du rôle qu'il igné à l'Église : car on peut objecter que ce rôle, quelque étendu qu'il soit, est souvent bien passif; ni dans les allusions qu'on croit trouver à la condition humiliée des pénitents... Mais c'est la force même des choses qui prouve péremptoirement qu'Hermas a dû, de toute nécessité, se préoccuper de la réconciliation ecclésiastique. A toutes les époques, et dès le temps des Apôtres, l'Eglise a bien été obligée de retrancher de sa communion au moins les pécheurs publics

Je crois qu'elle y apparaît, mais qu'elle n'y tient qu'une place très restreinte. Cette place, on peut la déterminer avec une précision en quelque sorte mathématique.

et scandaleux. Ne fût-il attesté par aucun texte, ce fait n'en serait pas moins constant. A toutes les époques donc, la question d'une réintégration possible de ces malheureux, dans quelque sens qu'elle ait été tranchée, s'est nécessairement posée d'elle-même. Ces apostats, ces blasphémateurs, ces traîtres dont parle Hermas, se trouvaient bannis de la société des fidèles : il ne peut en avoir été autrement. Qu'Hermas eût avant tout en vue leur réconciliation avec Dieu, il devait encore forcément envisager, au moins comme corollaire, leur réconciliation avec l'Église... »

Il nous paraît difficile de prendre plus exactement le contrepied de la vérité historique. Le renversement de perspective par lequel on présente la réconciliation avec l'Eglise comme corollaire du jugement divin est d'ailleurs en contradiction flagrante avec les premières pages de celte Introduction. On avait commencé par dissocier, au nom du texte d'Hermas, la question du pardon divin et celle de la réconciliation ecclésiastique, la première étant seule posée au temps d'Hermas. seul objet de la lutte entreprise par Hermas contre le rigorisme ecclésiastique. Et voici que. par une porte de derrière, on réintègre la question de la réconciliation ecclésiastique, non plus au nom du texte d'Hermas, mais a priori, au nom de la force des choses. N'est-ce pas un tour de force inutile?

Le pardon vient de Dieu seul, cela va sans dire, et l'on devrait bien supposer qu'Hermas professe cette doctrine, quand même il ne le dirait pas si souvent. C'est, en effet, une doctrine commune, que tous les siècles chrétiens, depuis celui des Apôtres, ont professée dans les mêmes termes, sans prétendre par là donner aucune exclusion à la médiation de l'Eglise, sans faire de la réconciliation avec l'Eglise un « corollaire » (p. lxxiv) ou une « conséquence » ip. lxxv) de la réconciliation avec Dieu.

Pour rendre justice aussi bien à l'œuvre d'Hermas qu'aux considérations extrinsèques, il semblerait plus naturel d'intervertir l'ordre des facteurs. La réconciliation ecclésiastique est réellement partout dans le Pasteur, encore qu'elle n'y soit nulle part sous la forme explicite d'un jugement sacerdotal. Elle y est partout, non pas certes comme corollaire, mais bien comme préliminaire ou plutôt comme condition et comme gage du pardon divin. Le rôle de l'église, qu'on trouve « souvent bien passif », ne saurait nous paraître tel : l'Église, en effet, selon Hermas, ne se contente pas de subir les pécheurs : elle commande, elle prie, elle menace.

Nous avons présenté ces considérations, et quelques autres, dans les Etudes, t. CXXXII, p. 79-94, 5 juillet 1912 : A propos du Pasteur d'Hermas. De son côté, M. Rauschen [Theologische Bévue, 13 févr. 1913, col. 77) touche un point plus fondamental, sur lequel nous ne reviendrons pas ici : « Noch weniger kann ich dem Herausgeber in der Darstellung des kirchlichen Busswesens, wie es zur Zeit der

COIfCLI BIOK8, SUR H1IKMÀS. 111

A cet effet, nous prendrons pour point de départ l'identité, selon nous aussi incontestable qu'incontestablement attestée, de la tour avec l'Église. Nous remarquerons que l'on entre dans la bâtisse de cette tour par la vertu du baptême, qu'on en déchoit parle péché, qu'on y est réintégré par la vertu de la pénitence. D'où la logique invite à conclure que, selon la conception d'Hermas, la condition normale pour entrer ;iu royaume de Dieu est d'appartenir à l'Église en cette vie. Il suit de là que, si quelqu'un pénètre au royaume des cieux sans passer par l'Église de la terre, son cas doit être considéré comme tout exceptionnel. Ce cas exceptionnel, nous croyons l'avoir rencontré au moins deux fois. Une première fois au sujet de catéchumènes qui, pour avoir tardé à répondre à l'appel de Dieu, se sont vus exclus de la tour, et sont seulement admis par grâce dans les substructions1. Une seconde fois, au sujet de fidèles pénitents, qui ne parviennent pas non plus à la tour, mais sont admis dans les murs extérieurs2.

Sur le premier cas, nous nous sommes expliqué ci-dessus, et nous avons dit qu'il paraissait viser des catéchumènes, sauvés par le baptême de désir sans avoir jamais appartenu à l'Église de la terre.

Dans le second cas, le symbolisme est plus vague et l'on hésite à proposer une solution ferme. Mais nous oserons risquer une conjecture. Le parallélisme avec le cas précédent, et les divers traits descriptifs qui montrent ces fidèles gisant hors de la tour, suggèrent assez clairement qu'il s'agit de chrétiens pour qui la pénitence n'a pas atteint sa conclusion normale par la réintégration dans l'p]glise, soit qu'ils n'eussent

Hermas gewesen sein soll. folgen. Er will aus desseu Schrifl den Schluss ziehen, dass in der Zeit von 140-200 ein solchcr Rig-orismus in der Kirche vorherrsdile. dass nian aile schweren Siinden, nichl bloss die drei kapitalen, wenn sie nach der Taufe begangen wurden. fur unvergebbar hielt, nichl aux von seiten der Kirche, sond<iii sogar von seiten Gottes ; nach 200 habe dièse Strenge nur noch fur die drei kapitalen Sûnden gegolten und sei dann auch fur dièse, zuerst fur die Fleichessunden durchdas Edikt des Kallist, allmàhlich vommen. Ij;is isl zweifellos falsch. »

Page 1