LA DISCIPLINE PÉNITENTIELLE AU DEUXIÈME SIÈCLE EN DEHORS D'HERMAS
Entre l'investiture donnée par le Seigneur à ses apôtres et la date où les institutions pénitentielles de l'Église entrent clairement dans l'histoire avec les écrits de Tertullien, il s'est écoulé environ cent soixante-dix ans. Époque de conquêtes apostoliques, de fondations, d'organisation, où l'esprit chrétien fut constamment actif, l'héroïsme plus répandu peut-être qu'à aucun autre âge de l'Église, mais où certainement l'idéal chrétien ne fut pas réalisé d'emblée par tous ni sur tous les points.
Dès lors, et vu le dessein d'universelle miséricorde qui avait présidé à la diffusion de l'Évangile, la rémission postbaptismale se présentait comme une nécessité. Ces convertis de la première heure, que le livre des Actes nous montre passant de la prédication de Pierre ou de Paul à la piscine baptismale, ne dépouillaient point là, en un instant, avec la souillure de leurs péchés, tous leurs mauvais instincts. De tels miracles sont rares, et même à tenir compte de la grâce des prémices, ils ne se supposent pas. Beaucoup donc, malgré leurs résolutions sincères de vie meilleure, importaient dans l'Église les tares, à peine atténuées, du judaïsme ou de la gentilité ; si la sainteté parfaite de l'Évangile continuait de rayonner à leurs yeux d'un vif éclat, tous n'étaient pas, pour autant, de parfaits chrétiens. Les allusions historiques du Nouveau Testament en fournissent la preuve surabondante : des chrétiens tous impeccables, ni le Seigneur ne les avait annoncés, ni les apôtres ne les ont connus, ni le souvenir des premières générations chrétiennes ne permet d'en admettre l'existence : à la lumière de ces temps héroïques, se mêlaient déjà beaucoup d'ombres.
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C'est ce qui ressort, eu particulier, de la lecture d'Hermas. Malgré son caractère énigmatique et ses réticences irritant'-. le Pasteur est, au ir siècle, un document unique en son genre, parce qu'il nous permet un regard prolongé sur la vie morale d'une Église, et d'une Kglise considérable entre toutes, l'Église romaine. Plein de choses vécues, vibrant de zèle apostolique, ce manifeste d'un prédicateur mystérieux nous aide puissamment à reconstituer l'histoire primitive de la pénitence, et nous avons dû commencer par l'interroger. Quelle influence exerça- t-il, tant sur l'Église romaine que sur les autres Églises? Pour donner à cette question une réponse précise, il faudrait user de divination. Mais nous avons tout lieu de croire que l'apparition du Pasteur ne causa ni révolution ni scandale. Le Muratorianum et Tertullien catholique nous apprennent qu'à Rome on continuait de s'en édifier jusque vers l'an 200. Saint Irénée, Clément d'Alexandrie, Origène nous le montrent en assez bon renom dans d'autres Églises encore1. Quant à l'orientation, par lui produite, de la doctrine officielle sur la pénitence, orientation dont on a souvent affirmé la réalité et précisé la direction dans les sens les plus contraires, mieux vaut n'en rien dire : la trace ne s'en trouve nulle part.
Reste à glaner, en dehors de l'influence d'Hermas, les assertions dogmatiques et les faits qui éclairent la pensée de l'Église du iic siècle et sa pratique relative au traitement des péchés les plus graves. Les Pères apostoliques ont formulé surtout des assertions d'une portée générale; la génération suivante a enregistré un plus grand nombre de faits précis, soit sur les ressources infinies du pardon divin, soit — beaucoup plus rarement — sur la dispensation qu'en faisait
1. Voir Tertullien, De oratione, 16; saint Irénée, Adv. Haer., IV, 20, 2; Clément d'Alexandrie, Stromates, I, 29, 81; II, 1, 3; 13, 56. 57; VI, 15, 131; Origène, Periarchon, I, 3, 3; II, 1, 5; III, 2, 4: IV, 2. 4 Il . etc. — On trouvera ces textes et beaucoup d'autres réunis par Habkace, GACL., t. Ier, p. 51 sqq. Sur l'objet du présent article, voir H. B. Swete, Penilential discipline in t/ie first l/irce centuries, dans JTS., t. IV (1903), p. 321 sqq. ; Z. Garcia. l'A perdén de los pecados en la primitiva Iglesia, dans Razun y fe, Madrid, mai et juin 1909, p. V.i sqq.; 195 sqq.
l'Église. Ni ces assertions ni ces faits ne sont négligeables. Une grande réserve s'imposera quand il s'agira de les réduire en système, mais nous ne pouvons pas nous dispenser de les recueillir, dussions-nous finalement être amenés à conclure qu'ils ne prouvent rien.