Irénée, Haer., IV, 27, PC, VII, 1056 B-1061 B
2. Irénée, Haer., IV, 27,2, PC, VII, 1059 B : « Non debemus ergo, inquit ille senior, superbi esse neque reprehendere veteres, sed ipsi timere, ne forte post agnitionem Christi agentes aliquid quod non placeat Deo, remissionem ultra non habeamus delictorum, sed excludamur a regno eius. » — Le ne forte marque bien qu'il s'agit d'une éventualité, non d'une certitude.
SAINT IllÉNÉE. 123
formité de l'enseignement du Christ et de ses apôtres avee celui des prophètes [ : si déjà, selon les prophètes, l'injustice, l'idolâtrie, la fornication méritaient la mort, combien plus, selon le Christ et ses apôtres, méritent-elles la mort et le feu él cruel?
D'ailleurs, mériter le feu éternel, n'est pas y tomber toujours, sans rémission.
Irénée distingue expressément deux catégories parmi les élus de Dieu : les uns n'ayant reçu qu'une fois la vie de la grâce, les autres l'ayant recouvrée par la pénitence2. Cette doctrine s'impose notamment comme interprétation d'une page du cinquième livre Contre les hérésies, où la faute des gnostiques est stigmatisée sous le nom générique d'apostasie, c'est-à-dire d'infidélité à Dieu3. L'évêque déclare d'abord que le feu éternel attend toute apostasie; quelques lignes plus bas, il reprend le même développement et écrit que le feu
1. Irénée, Ilaer., IV, 27, 3, PC, VII, 1060 B : « Quemadmodum ibi in pluribus eorum qui peccaverunt, non bene sensit Deus, sic et hic : vocati multi, pauci vero electi. Quemadmodum ibi iniusti et idololatrae et fornicatores vitam perdiderunt, sic et hic... » — Le sic et hic n'exclut pas un a fortiori du côté du christianisme ; mais il exclut l'idée d'une rigueur totalement nouvelle et inexorable. — Ce fait rend caduque l'argumentation de M. H. Koch, tendant à montrer les anciens presbytres contraires à la rémission des péchés. Die Sùndenvergebung bei Irenàus, dans ZSNTW., 1908, p. 35-46.
2. Irénée, Hàer., I, 10, 1, PC, VII, 552 A : ... Tôt; < piv > an àp-/7)ç, toîç 8e èx 'j.i-y.'try.x: 2/.j7,v yapiaa;;.£voç, àsOapc'av owpr/jrjTai xa\ SoÇav KÎcoViav r.îp:-oifyrr — IV, 40, \, 1112 G : 'E~\ jjlèv touç p.sTavoo3vxaç xsù btiarpIçoVTaç r.zh; aôxôv rcoiwv EÎpTr[vï)v xal si/.tav, xai é'vwaiv auvTtOÉpLEVoç" ïit\ o: robç [xi] ;j.;T7.voojvTaç xat çi-j^O'/Ta: x'jtou to tpwç, Jïïîp aiaSvtov xal ÈÇtÔTîpov trxdroç r)xoi(xaxoSç. — V, 11. 1, 1150 B : « Sicut igitur qui in melius profecerit et fructum operatus fuerit spiritus, omnimodo salvatur propter spiritus communionem, sic et is qui remanserit in praedictis carnis operationibus, carnalis vere deputatus eo quodnon assumât Spiritual Dei, regnum non poterit possidere caelorum. »
3. Irénée. Haer., V, 26,2, PC, VII, 1194 B; 1195 A :« ...Omnesqui falso dicuntur esse gnostici, organa Satanae ab omnibus Deum colentibus cognoscantur esse, per quos Satanas nunc et non ante visus est maledicere Deo, qui ignem aetermun praeparavit omni apostasiae... » « Post autem adventum Domini ex sermonibus Christi et apostolorum eius discens manifeste quoniam ignis aeternus ei praeparatus est ex sua voluntate abscedenli a Deo et omnibus qui sine paenitentia persévérant in apostasia... » — Voir aussi Haer., III, 23,3, 962 B.
éternel attend tous ceux qui persévèrent sans repentance dans l'apostasie. La juxtaposition des deux assertions nous oblige ici à commenter l'une par l'autre. Il est clair qu'on devra s'en souvenir dans l'interprétation de tous les passages similaires.
Ces textes, et les autres qu'on y peut ajouter, ne touchent pas la question de la rémission des péchés par ministère ecclésiastique. On comprendra ce silence et l'on s'abstiendra de toute conclusion hâtive, si l'on réfléchit à l'effacement général de la doctrine des sacrements dans l'œuvre de saint Irénée : à peine trouve-t-on, dans les cinq livres Contre les hérésies, une allusion au baptême de l'Église ' ; la rémission postbaptismale avait sûrement moins de titres à y figurer. Cependant nul n'a plus contribué que l'évèque de Lyon à répandre en Occident la conception de l'Église dispensatrice unique de toutes grâces; et la rémission ecclésiastique des péchés a sa place marquée sur le prolongement de la pénitence ecclésiastique. Or, le fonctionnement de la pénitence ecclésiastique est clairement attesté, ne l'oublions pas, par les premiers textes que nous empruntions à saint Irénée.
On passait d'ailleurs par-dessus toutes les règles, dans les cas urgents. Nous en trouvons la preuve dans cette même Église de Lyon. Durant la persécution de Marc-Aurèle, lorsque plusieurs de ses fidèles, détenus dans les prisons, affligèrent leurs frères par leur faiblesse dans les tourments, l'apostasie fut presque aussitôt pleurée que consommée; cette pénitence, avant même d'être couronnée par le martyre, parut efficace et suffisante aux généreux confesseurs de la foi, qui s'empressèrent d'ouvrir leurs bras aux vaincus de la torture2.
Ce n'était pas précisément une apostasie, mais bien un cas d'hérésie éclatante que celui du confesseur Natalis3. passé
1. Cette allusion, d'ailleurs voilée, se rencontre IV, 36.4, PG., VII, 1093. — Allusion beaucoup plus distincte. E?ç èjtîSetijiv toj ijco<rcoXixou X7]fÛY[j.aTo;, C. 7.
2. Eusèbe, HE., V, 1. 45-46, éd. Schwartz. p. 420 (lettre des confesseursi.
3. Eusèbe, HE.. V, 28, éd. Schwartz, p. 500. Le récit est probablement de saint Hippolyte. Théologie de saint Hippolyle, p. 47. 108. 109.