‹ L'édit de CallisteChapitre 78 sur 252 · SAINT JUSTIN · texte numérisé non relu

SAINT JUSTIN

vers l'an -200 à l'hérésie théodotienne et devenu évêque de la secte, qu'on nous montre flagellé la nuit par un ange et venant le lendemain se jeter éperdu aux, pieds du pape Zéphyrin, réussissant à le fléchir et réintégré par lui dans l'Église. Un tel exemple prouve que l'Église avait des pardons pour des fautes réputées très graves.

Elle ne s'en préoccupait pas moins de réprimer le désordre par des prescriptions quelquefois très rigoureuses. Il semble que. dès le temps d'Hermas, ce fût déjà un lieu commun de morale chrétienne qu'un époux ne peut continuer de cohabiter avec une épouse coupable, sinon dans la mesure que la charité suggère pour ramener à pénitence; on devait renvoyer l'épouse devenue incorrigible. Cette prescription ne demeurait pas lettre morte, et s'étendait au cas où l'inconduite, au lieu d'être le fait de la femme, était le fait du mari; saint Justin cite une femme chrétienne qui, désespérant d'arracher son mari au désordre et ne voulant pas en devenir complice, se crut obligée de rompre '.

Le même saint Justin admet d'ailleurs qu'il y a des pardons au ciel pour tous les pécheurs repentants. En -expliquant au juif Tryphon que les apostats de la foi chrétienne sont perdus sans retour à moins qu'ils ne se convertissent, il donne assez à entendre que, s'ils se convertissent, ils se sauveront2. « Ceux, dit -il, qui, ayant reconnu et confessé que Jésus est le Christ, reviennent, pour une cause quelconque, à leur ancienne vie et renient le Christ, s'ils ne se repentent avant la mort n'ont aucune chance de salut... Dieu en sa bonté et sa charité et en l'infinie richesse de sa miséricorde, tient, selon qu'il le déclare par Ézéchiel, le pécheur qui se repent de ses fautes, pour juste et innocent; mais celui qui de la piété et de la justice passe à l'injustice et à l'impiété, il le tient pour pécheur, injuste et impie. C'est pourquoi Notre- Seigneur Jésus-Christ dit : Tels je vous trouverai, tels je vous jugerai. » Plus loin, saint Justin exalte la patiente miséricorde de Dieu et pose en thèse que seuls les incorrigibles

I. Saint Justin, II Ap., 2, PC, VI. 444. — Cf. Hermas, Mand., iv. 1, 4-6. — 2. Justin, Dial., 47, PC, VI, 577 B-580 A.

sont damnés ! : « Si le Verbe de Dieu annonce absolument que des anges et des hommes seront damnés, c'est pour avoir prévu qu'ils seraient incapables de pénitence; et non pas que Dieu les ait faits tels. En sorte que, s'ils se repentent, tous peuvent obtenir miséricorde de Dieu, et le Verbe prédit leur bonheur en ces termes : « Bienheureux l'homme à qui « Dieu n'impute pas son péché » ; c'est-à-dire que, s'il fait pénitence de ses péchés, il en obtiendra de Dieu le pardon. »

De telles déclarations peuvent paraître assez claires et assez compréhensives, d'autant qu'elles ne laissent échapper aucune catégorie de pécheurs. Cependant, Funk s'est arrêté à un autre texte. Il a lu dans le dialogue avec Tiyphon cette parole adressée aux Juifs2 : « Vous n'avez qu'un moyen de vous sauver, c'est de reconnaître Jésus pour le Christ, de recevoir le baptême pour la rémission des péchés annoncé par Isaïe, et de vivre désormais sans péché. » 11 en a conclu que Justin ne connaissait pas de rémission des péchés après le baptême, ou du moins pas de réconciliation ecclésiastique3.

Voilà une conclusion bien surprenante, et que certainement l'apologiste n'avait pas prévue. Il n'est pourtant pas bien difficile de reconstituer son développement. Voulant faire entendre à ce Juif qu'il n'y a de salut que par Jésus- Christ, il devait parler sans ambages et lui présenter la loi chrétienne comme un bloc qu'il faut d'abord accepter, sous

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