DISSIDENTS
Si maintenant nous jetons les yeux sur les sectes dissidentes, nous constaterons assez généralement, en dépit des travestissements et des déviations, la trace d'un héritage doctrinal qui leur est commun.
Il n'y a sorte d'excès que l'on ne rencontre, au ne siècle, dans une si grande variété de sectes : depuis l'immoralisme dogmatique de Carpocrate, qui prescrivait, dit-on, à ses adeptes d'épuiser toute la série des attentats possibles afin de remplir le programme de la vie, jusqu'aux divers types d'encratisme. Les voies de la pénitence postbaptismale furent tantôt élargies jusqu'à l'extrême licence, tantôt rétrécies ou même fermées.
Dès les temps apostoliques, les hérétiques nicolaïtes, flétris par saint Jean dans l'Apocalypse, paraissent avoir fait scandale par les facilités qu'ils accordaient à la pénitence. Ils réconciliaient, dit-on, les plus grands pécheurs après huit jours d'expiation'1. Un peu plus tard, les Marcosiens, disciples de Yalentin, rejetaient le baptême de l'Église, mais prétendaient y suppléer par un baptême de leur cru2 : c'était la rédemption — ôncoXÙTpoxriç, — introduisant à jamais le myste dans la catégorie des privilégiés de l'Esprit et des impeccables. Mais les Acta Ioannîs, écrit gnostique probablement issu des cercles valentiniens d'Asie Mineure avant la fin du 11e siècle, se distinguent par la rigueur de leur encratisme. S'ils offrent une rémission pour les péchés commis dans l'ignorance avant le baptême, ils n'en offrent aucune pour les péchés des chrétiens qui abusent de la lumière et de la grâce : à ceux-là, non seulement leurs fautes nouvelles ne seront pas remises, mais leurs fautes déjà remises seront de nouveau imputées3. Ce trait n'est pas le moins singulier d'un écrit d'ailleurs violemment hétérodoxe ; l'esprit dont il procède ne sévit qu'à l'intérieur d'une secte. On peut en dire autant, à plus forte raison, des Acta Thomae, qui confondent presque, dans une égale réprobation, les désordres de la chair et les relations conjugales4. Les diverses catégories de « spirituels » touchés par l'esprit valentinien se réclamaient surtout de l'apôtre saint Jean. D'autres prétendaient se rattacher à saint Paul, tels les Marcionites. On sait qu'ils faisaient profession de renoncer au mariage ; mais cette austérité de façade cachait mal leurs concessions à la faiblesse humaine. Marcion luimême permettait de réitérer le baptême jusqu'à deux fois