‹ L'édit de CallisteChapitre 95 sur 252 · RCh\, l. c, p · texte numérisé non relu

RCh\, l. c, p

confusion; il n'en reste pas moins que l'acception politique (= réhabilitation), sur laquelle M. Esser appuyait son argumentation, est absente de l'expression restituere aliquid peccatori. Donc cette argumentation n'est pas touchée par l'objection de Funk.

D'ailleurs, Funk s'était bien gardé de trancher le mot, et tout en affirmant1 qu'à ses yeux la restitutio peccatoris n'emportait pas évidemment la réconciliation ecclésiastique, il laissait la chose en suspens. M. Vacandard n'a pas imité cette prudence. Il affirme rondement que restituere peccatorem « signifie habituellement rétablir en grâce, rendre la grâce, ou même récupérer la grâce, mais rien de plus ». C'est ici que la confusion signalée plus haut se complique d'une pétition de principe. Car on serait fort en peine de dire sur quoi l'on se fonde ici pour donner l'exclusive à la réconciliation ecclésiastique. M. Vacandard apporte une traduction de M. de Labriolle, qui n'est pas tout à fait fausse, mais qu'il est permis de trouver incomplète, car elle opte sans raison plausible pour un seul des deux éléments que présente ailleurs la restitutio peccatoris2. Il est clair que si l'on commence par poser en fait que la restitutio peccatoris signifie rétablissement en grâce et rien de plus, et si l'on étend la même assertion aux expressions similaires, la discussion prend fin aussitôt. Mais ces assomptions gratuites demanderaient à être appuyées de quelque preuve.

L'argumentation de M. Esser garde donc toute sa valeur après les objections de M. Vacandard, comme après celles de

1. TQS., 1906, p. 549 : « Es kann keineswegs ohne weiteres als zweifellos gelten, wie Esser erklart, dass in De paen. unter dem peccator restitutus der mit Gott versôhnte und in die kirchliche Gemeinschaft wieder aufgenommene Siinder verstanden ist. »

2. M. de Labriolle a été mieux inspiré en notant dans son index, p. 232 : « Restitutio : réhabilitation d'un citoyen frappé d'une condamnation, d'une deminutio capitis. » Rien de plus juste. Mais il n'a pas tiré parti de cette observation. — Sur le terme juridique ici employé, on trouvera tous les éclaircissements désirables dans le Digeste, IV, i, De in integrum restitutionibus. L'équivalent grec est à^oxaxaaraaiç, que l'on trouve déjà avec une acception semblable chez saint Justin, Dial., 134, PC, VI, 788 A.

TBRTULLIBN, DE PAENITBNTIA. 163

Funk. Et si, pour la renforcer, il a eu recours à des emprunts de textes faits au De pudicitia, le moins qu'on puisse dire-, c'est que ce renfort ne gâte rien à la thèse. Cependant nos contradicteurs, si empressés d'aller demander au De pudicitia les idées qu'ils nous opposent, protestent, par une étrange inconséquence, lorsque nous allons lui demander des arguments de lexique. Voici la réponse de M. Vacandard ' ;i M. Esser :

Oui sans doute, iv|>ûitdons-nous après M. Funk, mais la preuve tirée du Dr pudicitia ne vaut pas pour le De paenitenlia. L'exomologèse que recommande ici Tertullien est à coup sûr la pénitente publique. Toutefois cette pénitence n'implique nécessairement ni confession à l'évêque ni réconciliation sacerdotale... « L'exomologèse. ajoute Tertullien, est la discipline qui prescrit à l'homme de se prosterner >| de s'humilier en s'imposantun régime de nature à attirer la miséricorde. Tout cela, l'exomologèse le fait pour exercer le ministère de l'indignation divine en prononçant elle-même contre le pécheur, pour frustrer, disons mieux, pour acquitter par une souffrance temporelle les supplices éternels. C'est en prosternant l'homme à terre Ile le relève : en le rendant sordide, elle le lave, en l'accusant, elle l'excuse, en le condamnant, elle l'absout. Moins vous vous serez épargné vous-même, plus Dieu, croyeï-le bien, vous épargnera. » Voilà précisé l'office de l'exomologèse; «'est elle, et non l'évêque, qui réconcilie le pécheur à Dieu.

Nous ne ferons pas à notre respectable contradicteur l'injure de croire qu'il est dupe d'une figure de rhétorique. Ce n'est pas pour avoir lu chez Tertullien2 : {Exomologesis ... cum provolvit hominem, magis relevai; cum squalidum facit, magis mundatum reddit; cum accusai, excusât; cum conclemnat, absolvit, qu'il a imaginé cette théorie où le pénitent devient en somme, pour lui-même, seul ministre de la pénitence. Il faudrait n'avoir jamais lu une page de Tertullien pour ignorer que, chez lui, de telles personnifications ne tirent pas à conséquence3. Donc la théorie de M. Vacandard

i. «CF., /. c, p. 120-121.

Page 1