XX PRÉFACE
soldat, pût en sortir, tant que les Carthaginois fouleraient le sol de l'Italie. Ces légions devaient être punies; le péril, dans lequel leur départ laissait la patrie, ne devait pas faire oublier qu'elles méritaient un châtiment et qu'il était nécessaire délaisser une grande leçon aux armées de l'avenir. Rome d'ailleurs ne pouvait pas devoir son salut à des citoyens indignes d'elle.
Ces exemples suffisent**.
A un autre point de vue : Ne demandez pas à l'esprit romain de concilier des antithèses, d'envisager dans leur ensemble des points de vue complexes et de tenir compte des rapports qu'il peut y avoir entre eux. Ce qui le frappe, le séduit, c'est l'unité. Il n'a jamais recours à l'induction pour trouver la clef de ce qui pourrait être. Or, sans induction, pas de science, le progrès scientifique étant presque toujours dû à cette opération de l'esprit qui consiste à supposer, à deviner un fait inconnu caché derrière un fait connu. Ne demandez pas une telle opération mentale au Romain.
Il n'a pas davantage le sentiment de l'art. La beauté idéale! Il n'y a jamais songé. Un général, voyant deux soldats jouer aux dés sur un tableau d' Appelles, ou des matelots charger pour les transporter à Rome des statues de Phidias et de Praxitèle, leur dit : si vous détériorez le tableau ou si les statues arrivent brisées, je vous en ferai faire d'autres. Ce Consul Lucius Mummius, grossier et ignorant, mais un modèle de désintéressement, qui a réduit la Grèce en province romaine et brûlé Corinthe, est le type du Romain de la fin du VI"« siècle.
Le Romain a-t-il du moins essayé de se rendre compte
*• (Consulter Valère Maxime qui raconte à ce sujet des faits et donne des détails du plus grand intérêt.
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des phénomènes de sa pensée ? Les idées qui troublent Tàme humaine, ses aspirations, ses besoins sont-ils l'objet de ses préoccupations ? C'est bon pour des Athéniens. La littérature, la philosophie, qui ont fleuri à Rome, sont d'origine grecque. Si Rome a conquis le territoire de la Grèce, le génie des Hellènes a subjugué Rome.
Le seul procédé que le Romain comprenne, c'est la déduction; c'est, de conséquences en conséquences, marcher vers un but qu'on entrevoit. Aussi quiconque est fort et logique est certain d'imposer le respect de sa personne et de ses actes. S'il se heurte, comme les Gracques, à de grands intérêts collectifs, sou œuvre échouera peut-être, et il pourra succomber sous le poignard d'un Scipion Nasica ou par la trahison d'un Livius Drusus. Mais si, comme un Publicius, il ne fait la guerre qu'à des abus ou à des injustices nées du silence ou de l'insuffisance de la loi, les membres du Pqpulus, contrariés dans leurs vices, maudiront individuellement le réformateur, mais la conscience publique l'absoudra, parce qu'elle trouve en lui son interprète.
On ne peut expliquer autrement l'élection à la Préture de ces Jurisconsultes que le peuple savait d'avance décidés à apporter de profondes modifications dans le Droit. On ne peut pas surtout expliquer autrement la durée de dispositions comme les Bonorum possessiones par exemple; car ie peuple n'avait qu'à défendre au successeur qu'il donnait au premier Préteur, qui avait osé en prendre l'initiative, de publier à nouveau dans V album l'Édit de son prédécesseur.
Ëh quoi ! Voilà des Legitimi exclus d'une succession par un fils émancipé ! Voilà des GentUes exclus par un Cognât ! £t cela uniquement par la volonté d'un Préteur! £t le