PRÉFACE. XIX
devoir lui imposât ; et jamais le peuple ne lui a adressé un blâme.
Jamais le Sénat, même dans les circonstances les plus critiques, n'a hésité à prendre les résolutions les plus graves, pouvant entraîner les plus lourdes responsabilités.
Ainsi :
Manlius-Torquatus fait mettre à mort son fils victorieux, mais coupable d'avoir violé la discipline militaire, en combattant sans en avoir reçu Tordre.
Avec quelle logique procède la conscience publique, lorsque, loin de se soulever d'indignation, elle applaudit un P. Attilius Philiscus tuant sa fille coupable d'impudicité, et un A. Fui vins mettant à mort son fils partisan de Catilina, après lui avoir dit: non se CatUinœ Ulum adversmpatriam, sed patries adversus CatUinam genuisse (qu'il ne lui avait pas donné le jour pour servir Catilina contre la patrie, mais la patrie contre Catilina)^". Et pourtant alors la puissance paternelle était fort afi*aiblie.
A la bataille de Cannes, deux légions lâchent pied devant l'ennemi. Un des Consuls est tué, l'autre revient seul à Rome avec des débris informes de son armée exterminée. Le Sénat n'avait plus de troupes à opposer à Annibal qui pouvait marcher sur Bome et y entrer en triomphateur. Que fait-il, réduit aune telle extrémité? Il se rend d'abord à la rencontre du Consul qui a survécu, pour le remercier, ainsi que les braves qui l'accompagnent, de n'avoir pas désespéré du salut de la patrie. Puis il décide que les deux légions qui avaient fui, seraient, bien qu'elles fussent alors la seule force disponible, exilées en Sicile et qu'elles y resteraient, sans qu'aucun homme, officier ou
»• Valère Maxime. V, 8, § 5.