XXII PRÉFACE
successeur de ce Magistrat, assez osé pour décréter et appliquer de telles énormités pendant l'année de sa charge, non seulement ne désavoue pas ce qu^il a fait en ne lui donnant pas de suite, mais il l'adopte et le transmet à celui
qui va le remplacer ! Et les Legitimi, les GerU/des, lésés
dans leurs intérêts et qui ont pour eux la loi^ ne prennent pas à partie le Magistrat révolutionnaire, ou, s'ils le font, leurs plaintes ne trouvent d'écho ni dans le prétoire du Magistrat auquel ils s'adressent, ni au Forum où, loin de leur donner raison, leurs concitoyens, bien que se sentant aussi lésés, semblent être fiers de voir assis au Tribunal du Préteur des hommes qui se font les interprètes de l'équité et des droits de la parenté naturelle.
C'est là assurément un phénomène bien étrange !
Le Romain avait les vices dont j'ai parlé, mais en même temps il était doué des qualités qui font les hommes d'État et les peuples forts :
Individu, il tenait à ses vices. — Citoyen, il savait en faire le sacrifice sur l'autel de la Patrie.
Individu, il ne cherchait pas à se guérir de ses mauvais penchants à la violence, à l'avarice, à la fourberie ; la morale n'a eu que peu de prise sur lui ; les Stoïciens n'ont été qu'une phalange d'hommes d'élite. — Citoyen, il était fier d'être le concitoyen d'un Caton, d'un Cicéron.
Individu, il se montrait extrêmement jaloux de ses droits. — Citoyen, il comprenait que la grandeur de Rome et le salut de l'État exigeaient l'unité dans la direction des affaires publiques, et il l'abandonnait sans hésiter, dans les moments de crise à un Dictateur, dans les temps ordinaires au Sénat.
Individu, il aurait désiré sans doute que le Droit restât ce qu'il était, un moyen commode de donner carrière à ses
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mauvais instincts. — Citoyen, il avait l'intuition que les Jurisconsultes accomplissaient quelque chose de grand et il les laissait faire.
Et puis les hommes vicieux subissent malgré eux Tinfluence de la vertu personnifiée dans des natures d'élite. Ces Jurisconsultes, menant une vie austère, laborieuse, ayant pour unique préoccupation la recherche de la vérité, passionnés pour le bien public, devaient inspirer une sorte de respect superstitieux à ces porteurs de lances, toujours prêts à continuer entre eux dans le prétoire du Magistrat et pour leurs affaires privées, les guerres qu'ils déclaraient aux autres peuples. Les Jurisconsultes exercèrent ainsi une influence, dont les transformations du Droit à Rome peuvent nous donner une idée.
Telles furent les causes, extrêmement complexes, auxquelles le Droit romain a dû sa formation et son développement.
J'ai dit plus haut que partout ailleurs on a vu des révolutions violentes amener instantanément des modifications profondes dans le Droit. Ici c'est, je le répète, une œuvre qui s'accomplit paisiblement d'année en année, au moyen deVAIhum du Préteur, et qui, sans toucher à la Loi, transforme le vieux Droit au point de n'en rien laisser debout. Et, lorsque le Préteur annonce qu'il va corriger le Droit (corrigendijuris (Avilis graiiâ)^ jamais une de ces protestations éclatantes qui prennent place dans l'histoire ! cette violation de la Loi n'émeut pas le Romain, soit que l'habitude qu'il a prise de violer l'équité le rende indifférent à la violation de la Loi , soit que le Magistrat et son œuvre s'imposent à lui et paralysent toute résistance. Et le Préteur, qui a pris cette disposition, voit le plus souvent son successeur l'insérer dans son propre Édit (Édictiim transtati-