PRÉFACE. XXVII
Pour leur travail, les compilateurs se sont servi des œuvres des Jurisconsultes de l'époque classique ; ils ont surtout fait de nombreux emprunts à leurs commentaires de l'Édit. Mais en coupant dans ces commentaires les fragments qu'ils devaient utiliser, ils ont pris le soin d'indiquer la partie de ces œuvres à laquelle ils les empruntaient. Ces indications sont restées dans le Digeste, et c'est ainsi que nous savons que TÉdit perpétuel a été commenté par Ulpien, par Paul, par Pomponius, par Furius Anthianus, l'Édit monitoire par Callistrate, l'Édit provincial par Gains ; c'est ainsi que nous avons des fragments extraits de 81 livres du Commentaire d'Ulpien", de 78 livres de celui de Paul, de 30 livres de celui de Gains.
Pour composer les Pandectes, Tribonien et ses aides ont certainement suivi l'ordre des matières adopté par Julien.
Ce qui tend à justifier cette hypothèse, c'est d'abord que, sous ce rapport, on trouve le même ordre dans tous les Commentaires, bien qu'il n'y ait pas parallélisme complet dans la succession des livres. Ensuite nous savons, par la première préface du Digeste, que l'ordre de l'Édit était celui que devaient suivre les compilateurs; or l'ordre du Digeste est précisément celui des livres des Commentaires, sauf dans quelques cas très rares, où il a paru nécessaire ou utile de s'en écarter. Nous avons donc Tordre des matières de TÊdit dans la succession des livres des Commentaires.
C'est du reste ainsi que l'ont en général compris ceux qui ont essayé de retrouver l'Edit perpétuel, soit qu'ils aient voulu seulement indiquer l'ordonnance de l'œuvre, soit qu'ils aient tenté de restituer les textes perdus".
" Llndex des Florentines donne 83 livres au commentaire d'Ulpien. •• Voir Rudorff. EdicH perpetui qtue reliqua sunt. Leipzig, 1869. Prœ-
XXVUI PRÉFACE.
Parmi ces auteurs, il en est trois qui devaient particulièment attirer mon attention. Ce sont : Ranchin, Heinec-
CIUS et RUDORFF.
Guillaume Ranchin, professeur à l'École de Droit de Montpellier, dans son livre intitulé : Edictum perpetuum ad ordinem digestorum reMtUum, Paris 1597", a, ainsi que ce titre l'indique, restitué TÉdit, c'est-à-dire non seulement reproduit les textes qui nous ont été conservés par lesGommentateurs, mais rédigé ceux qu'ils n'ont fait qu'analyser. Ranchin suit servilement l'ordre du Digeste, livre par livre et titre par titre. Il est évidemment incomplet. D manquait des documents que les découvertes modernes ont mis au jour. Mais sa restitution n'en est pas moins fort intéressante. Je lui ai emprunté ses textes, en modifiant ou complétant sa rédaction dans les cas où cela m'a paru nécessaire,
Heineccius s'est surtout attaché à faire l'histoire de rÊdit et à retrouver l'ordre des matières. Malheureusement la mort l'a surpris alors qu'il n'avait encore restitué que les deux premières parties, que son fils à publiées dans ses œuvres posthumes. Je lui ai emprunté quelques textes pour ie préambule du Livre II : de Judiciis omnibus.
fatio. p. 20. Aux noms et aux ouvrages qu'il cite, il faut ajouter Gustave Haenel qui, dans son Corjms legum. Leipzig, 1857, p. 80, expose le tableau des matières dont l'Édit perpétuel devait être composé, et en indique les sources. Quant k Haubold, Institutionum lineamenta, il ne fait que réunir les textes officiels épars dans le Digeste.
•' Il y a à la Bibliothèque nationale à Paris une autre édition de ce livre, imprimé à Parme en 1787. Cette restitution a été reproduite dans le Coiyus de Denis Godefroy, Leipzig, 1705. et dans le tome II, des Pandectes de Pothier. Je dois ajouter que l'auteur qui, presque de notre temps, a étudié le plus complètement TÉdit perpétuel, est Bouchaud. On a de lui quatre mémoires publiés dans les tomes XXXIX et XLI des mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, et une très belle étude sur le même sujet, insérée à la fin du second volume de son commentaire de la Loi des XII tables.