‹ L'Édit perpétuel, restitué et commentéChapitre 3 sur 176 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

Le Romain a conquis pour piller, pour détruire ou pour exploiter les populations qu'il n'exterminait pas.

Il a ravagé le monde comme les Spartiates la Grèce. Il n'a rien laissé du pays des Samnites; il a fait les marais Pontins du riche pays des Volsques. On ne sait pas ce qu'était Carthage. Il a épuisé l'Italie jusqu'à provoquer la guerre sociale et causé la disparition de la classe moyenne. Il a pressuré la Gaule au point de la ruiner, après avoir noyé ses propres crimes dans le sang de ses défenseurs, pour n'avoir plus devant lui que des Bagaudes*. Il a fait autour de ses aigles le vide en Espagne. Comment a-t-il traité les peuples qui vivaient à l'Orient de la Méditerranée? La conquête de la Grèce a-t-elle apporté quelques modifications dans ses tendances natives? Non! Ses dépouilles n'ont été pour lui que l'occasion de se livrer à un luxe «ffréné et à des débauches hideuses, constatées par le Sénatus- consulte des Bacchanales et les tableaux de Pétrone. Et, dans ses rapports avec les populations conquises, quel prodige de fourberie que ce calcul qui consiste à ne jamais reconnaître les lois d'un peuple et à ne jamais lui donner celles de Rome; si bien que le Proconsul n'avait à appliquer ni la loi nationale, parce qu'il était Romain, ni la loi romaine, parce que les habitants du pays n'étaient pas Romains, et que ces malheureux, ne pouvant invoquer aucune loi devant le représentant de Rome, étaient à sa discrétion {adversus hoslum œtema auctoritas estoy^. Qu'on lise au surplus dans l'histoire de Jules César le chapitre intitulé : k Bassin de la Méditerranée*^.

" Voir, t. II, 110 779, note 3.

»" XÏI tables, VI, 5.

** Histoire de Jules César. Pion, éditeur, 1865. Voir aussi comme exemple les détails du triomphe de Pompée, p. 391 et sq.

PRÉFACE. Xm

On verra dans quel état de paix féconde vivaient les peuples qui habitaient sur ses rives avant l'entrée des Romains sur la scène du monde, et on sait ce qu'ils devinrent après que Rome en eut fait la conquête.

Le Romain de la fin de la République est-il différent du Romain de l'époque des XII tables? Non! Jusqu'au siècle (le Gicéron, et malgré les protestations des Jurisconsultes^ ridée de Justice est antiromaine. Jusqu'à cette époque le dol reste impuni et sa victime ne peut obtenir aucune indemnité ". Cela est le digne pendant de l'histoire^ racon-tée par Gains, de ce plaideur du temps des Legis adiones, dont on avait coupé les vignes et qui perdit le procès qu'il avait intenté à l'auteur de ce vandalisme, parce que devant le Ju^e il avait parlé de ses vignes au lieu de prononcer le mot arbres^*. Qu'étaient donc les actions de la loi, les Fastes; sinon des pièges tendus à la bonne foi? Quelle notion le Romain se faisait-il du droit le plus important, le droit de propriété? Une notion brutale, qui se résumait dans le mot capere^ prendre par force ou par ruse, comme à la guerre ; notion bien digne d'une horde de pillards**...

Ulpien donne eftfin cette définition de la Justice : Jvstitia est œnstans et perpétua vohnias jttë suum cuique trihaudi; et il ajoute que les préceptes du Droit sont: Aoneste vivere, àUerum non lœd^e, suum cuique triboere; mais il croit devoir rendre encore un suprême hommage à l'idée qu'avait du Droit l'antique cité, en disant : Jurisprudentia esldivinarumatquehumanarum notîtia; puis, comme hon-

" Cîcéron, de ogiciis, III, 14.

'» Gaius, IV, H.

»* Voir t. I, no- 186 6w, 383 et note 61 ; t. IL no- 590. 648 et sq., 656^

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