‹ L'Édit perpétuel, restitué et commentéChapitre 6 sur 176 · XVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVI PRÉFACE

eurent l'intuition de cette loi que je viens de rappeler, que Cicéron devait si magistralement formuler un jour, et qui leur servit de guide pour battre en brèche l'édifice grossier construit par l'égoïsme, la cupidité, l'avarice, la fourberie, et élever sur ses ruines le temple de la Justice.

Le véritable Droit romain, ce monument impérissable, où puiseront éternellement les sociétés humaines, est le produit de la lutte soutenue par les Jurisconsultes contre l'esprit romain. Il a fallu qu'il se trouvât, dans la suite des âges, une société d'hommes aussi durs, aussi cruels, aussi fourbes, aussi rapaces, pour que l'honnêteté, la moralité^ l'esprit de justice des Jurisconsultes, luttant contre cet esprit, pussent enrichir l'humanité de cet ensemble de règles qui forment le Droit Romain.

Car c'est seulement à Rome que se rencontre cet étrange phénomène. Partout ailleurs l'histoire enregistre des luttes très graves, très longues, trop souvent sanglantes, qui ont pour motifs des changements à introduire dans la législation. Alors il s'agit d'inégalités vis-à-vis de la Loi entre les habitants d'une même cité, d'un même pays; c'est le privilège, ce sont les souffrances qu'il engendre qui mettent les armes aux mains des déshérités. A Rome même les querelles entre les Patriciens et les Plébéiens ont ce caractère jusqu'à la Loi des XII tables. Mais cette Loi est faite pour tout le monde. A l'exception du droit qu'ont les comices de statuer sur les affaires capitales, intéressant dès lors les seuls citoyens accusés, elle défend toute disposition législative qui ne devrait s'appliquer qu'à telle ou telle personne en particulier (vêtant XII tabtdœ kgesprivatis hominïlms irrogari); autrement dit les XII tables interdisent absolument la création d'aucun pri-

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