‹ L'édition de plain-chant de RatisbonneChapitre 18 sur 20 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Nous nous arrêterons là dans noire examen des livres de chant de Ratisbonne, plutôt par crainte de fatiguer le lecteur que par défaut de matière à nos observations.

Cet aperçu rapide, opposant des faits incontestables à de prétentieuses affirmations, permettra d'ailleurs à tout esprit non prévenu de formuler une appréciation décisive ; il dira avec nous :

« Le Graduel de Ratisbonne ne contient pas le vrai chant « grégorien.

« Le Vespéral de Ratisbonne fourmille d'erreurs et de « contre-sens au point de vue du chant.

« Ces deux livres ne s'accordent ni avec la tradition, ni « avec eux-mêmes.

« Ils sont inférieurs à la plupart des éditions de plain- « chant récemment publiées. »

Ce jugement pourra paraître excessif à ceux qui regardent les livres par leur côté extérieur sans être en mesure de s'en rendre compte. L'aspect des volumes de Ratisbonne est certainement satisfaisant, et nous reconnaissons avec empressement que la typographie en est fort soignée. Pour

nous, en les étudiant, nous n'avons pas voulu sortir de la science. C'est sur le terrain scientifique aussi que nous aurions désiré voir rester l'éditeur de Ratisbonne et ceux qui Je soutiennent.

11 n'en a pas été ainsi. En réponse aux observations les mieux fondées, ils ne savent qu'énumérer les brefs et les décrets qu'ils ont obtenus.

Les erreurs des livres sont déplorables, les incorrections flagrantes; le chant de saint Grégoire est travesti, dénaturé en cent endroits... N'importe ! l'édition est « authentique» : donc il faut l'accepter en s'inclinant.

Nous avions exprimé déjà l'espoir que la Sacrée Congrégation des Rites, mieux informée par l'avis de l'épiscopat, reviendrait sur ses décisions.

M. l'abbé Donnclly dans la Lijra Ecclesiastica (loc. cit.) nous répond : « Nous ne connaissons aucun cas où la « Sacrée Congrégation soit jamais revenue sur ses pas. « Elle amplifie, explique et étend la signification des décrets « antérieurs selon les exigences des circonstances, mais « nous ne croyons pas qu'on trouve dans Gardellini de « décrets qui se contredisent. »

Accordons ce point; qu'en résultera-t-il? M. Donnelly semble ignorer que tous les décrets de la Sacrée Congrégation ne sont pas insérés dans les Décréta Authentica. On constate même que des décrets insérés dans les anciennes éditions ont disparu des nouvelles, (le n'est pas une contradiction entre les décrets ; c'est un acte de Liberté conservée dans ses jugements de la part de la Sacrée Congrégation. Pour la question actuelle, si dans la suite des temps la Sacrée Congrégation voulait accorder son approbation à une autre édition de chant, il n'existerait pas pour cela de contradiction dans la collection de Gardellini; car,

contrairement à ce que dit M. Donnelly, de tous les décrets portés en faveur de l'édition de Ratisbonnc aucun n'est inséré dans le 4e fascicule des Décréta, du moins dans l'exemplaire qui est entre nos mains et que nous avons parcouru avec le plus grand soin.

Sans doute, il est rare en principe que la Sacrée Congrégation des Rites ait à changer ses décisions. S'occupant principalement de liturgie, quand après un examen sérieux, elle a réglé une fois quelque point, il n'y a guère de raison pour qu'elle le modifie. Le cas pourtant peut se présenter, s'il survient des motifs qu'elle n'avait pu prévoir en formulant son décret1. Tour la généralité, il est donc vrai d'appliquer l'axiome : Nil innovetur.

Mais la chose est bien différente quand il s'agit de questions comme celle que nous traitons ici, La Sacrée Congrégation a approuvé une édition parce qu'on lui a affirmé qu'elle « contient le chant original de saint Grégoire ». Si l'on établit clairement qu'il n'en est pas ainsi, que cette édition est indigne des éloges qui lui sont accordés, M. Donnelly voudrait-il nous faire croire qne Rome rejettera absolument les données de la science ; qu'elle répondra par un Nil innovetur obstiné à toute étude et à toute démonstration ; que la Sacrée Congrégation des Rites se croira empêchée d'approuver une nouvelle édition meilleure parce qne, induite en erreur, elle a donné son approbation à un livre défectueux ? Rome ne change pas à la légère ; seulement comme elle a marché à la tète de la science, elle n'a jamais cru amoindrir son autorité en faisant mieux une

1. Ainsi, jusqu'en lNGX, il était expressément défendu de donner la sainte communion avec des ornements noirs; mais la pratique de la communion fréquente ayant augmenté, la Sacrée Congrégation a rapporté une défense qui était devenue une gène continuelle (décret du 27 juin 1808).

seconde fois ce qu'elle considérait comme moins bien fait une première.

Rappelons un acte connu.

Sixte V avait chargé une commission de théologiens et de savants exégètes de préparer une édition officielle de la Vulgate. Le livre parut en 1590. Par ces paroles « Apostolica nobis a Domino tradita aucloritate » le pape le déclara authentique et il appela sa Constitution : Perpetuo valituram Constitutionem.

Cela n'empêcha pas Clément VIII, deux années seulement après, de faire une nouvelle édition qui corrigeait la précédente en mille endroits, et suivait des variantes meilleures tirées des manuscrits ; on eut même soin de racheter aux frais de la Chambre apostolique l'édition de Sixte Y qui devint une rareté bibliographique1.

Non, Rome ne repousse pas les résultats de la science, et. c'est pour cela que nous espérons mieux.

La Sacrée Congrégation des Rites a été mal secondée par les membres d'une Commission qui n'était pas préparée par des études spéciales à la tâche difficile dont on la chargeait.

Elle ne donnera plus de recommandations à une édition condamnée, au point de vue de l'art, par tous les connaisseurs en plain-chant, et rédigée avec une légèreté indigne d'un livre proposé au monde entier.

Ce n'est pas là d'ailleurs, si nous avons bien compris, le résultat que se proposait d'atteindre le S. Pontife Pie IX. Nous reproduisons ici un passage de l'article-programme de VOsservatore Romano (11 décembre 1878), que nous oppose M. Pustet : « Pic IX, est-il dit, nomma une Commission com-

i. Cf. Le lîrel : Dissert, de usa vers. lai. veteris in Ecoles., p. 525.

posée d'hommes très experts en chant ecclésiastique (est-ce en chant grégorien?), lesquels, sous la direction de la Sacrée Congrégation des Rites, examineraient tout le travail1. » Parmi les membres de la Commission, il y avait deux musiciens, « les illustrissimes Gactano Capoeei et Salvatorr Meluzzi, l'un maître de la chapelle Pia, de Latran, l'autre delà chapelle Giulia, du Vatican. Ces sommités de l'art (Questi sommi periti nell' arle), avec le concours deM. François Habcrl, devaient s'aider d'abord des manuscrits (con l'aiuto dei codici) et des livres choraux conservés à Rome et ailleurs, en particulier de ceux que gardent les archives de la Chapelle Pontificale, et achever ainsi l'œuvre essayée par Paul V. »

Eh bien, nous voudrions savoir quels sont les 'manuscrits anciens de Rome ou d'ailleurs, que les illustrissimes musiciens sus-nommés ont ouverts, lus et confrontés; quels sont les autres livres de chant grégorien qu'ils ont étudiés, pour arrivera produire l'édition de Ratisbonne.

Nous l'affirmons sans crainte à la fin de cette Etude : ils n'en ont confronté sérieusement aucun, et s'ils les ont ouverts, ils n'en ont fait aucun usage.

Nous les délions, encore une fois, de produire un seul manuscrit ancien, et même une édition imprimée de chant grégorien, qui ressemble au Graduel de Ratisbonne.

Nous les défions de montrer un seul Vespéral, dans nos dernières éditions de plain-chant, aussi négligemment revu, aussi inconséquent avec lui-même que le Vespéral édité par M. Pustet.

Laissons donc, de grâce, ces arguments tirés de « l'auto-

1. Le dernier Catalogue de '■!. Pustet s'arrête ici dans sa traduction. I.a place restreinte ne lui aura pas sans doute permis de ri produire le passage qui -iiii. Cependant il esl d'une bien autre importance que les lieux communs historiques auxquels il a consacré une page entière.

rite, » quand les préparateurs des livres de Ratisbonne se sont conformés si peu à l'intention première du Souverain Pontife. Ne la compromettons pas davantage aux yeux de trop de gens disposés déjà à la surprendre en défaut, en lui faisant soutenir, quand même, une cause insoutenable.

L'autorité compétente, comme dit YOsservatore, tient aussi à réimprimer une fois de plus l'histoire rebattue des chantres de Charlemagne venus avec lui à Rome, et qui critiquaient ceux du pape Adrien : « Où, leur dit-il, l'eau est-elle plus pure? à la source même, ou bien dans les canaux qui s'en éloignent?... Si c'est à la source, revenons donc a celle de S. Grégoire, Revertimini ad fonlem, etc. » Nous sommes entièrement de l'avis du grand Empereur, et le trait frappe mortellement les livres de Ratisbonne. Loin de nous donner l'eau pure de la source, c'est-à-dire le chant véritable des manuscrits grégoriens, ils nous servent l'eau bourbeuse des canaux les plus éloignés, un chant écourté et remanié au dix-septième siècle! Enfin, M. Pustet ajoute dans son Catalogue : « On m'écrit de France l :

« Nous n'examinerons pas si cette édition a en sa faveur « l'approbation d'ecclésiastiques très éclairés, ni si elle « reproduit, autant qu'il a été possible, le chant grégorien « primitif; on peut être, sur ce second point, d'un avis tout « à fait différent : foute autre édition "particulière peut « prétendre à des avantages analogues' . »

1. Ce que a l'on écrit de France » à M. Pustet en 1X70, était imprime depuis deux ans à la page 0 d'une sorte de brochure-réclame, intitulée : Observations sur le chant à adopter dans le diocèse du Toulouse, par un prêtre du diocèse de Toulouse. Paris-Auteuil. Imprimerie Roussel, 1877.

Les correspondances de M. Pustet mettent un certain temps à lui parvenir!...

2. Je ne sais pas si la Sacrée Congrégation des Rites serait Lien llattée des

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