‹ L'édition de plain-chant de RatisbonneChapitre 4 sur 20 · LE GRADUEL DE RATISBONNE NE CONTIENT TAS LE TEXTE DU CIIAXT GRÉGORIEN · texte numérisé non relu

LE GRADUEL DE RATISBONNE NE CONTIENT TAS LE TEXTE DU CIIAXT GRÉGORIEN

Si le livre original du grand Pape musicien a disparu (ce que nous accorderons sans difficulté), il existe, dans les bibliothèques de l'Europe, un nombre considérable de .manuscrits de plain-chant que tout le monde a le droit d'étudier

et de comparer. Or ceux qui ont poursuivi sérieusement cette vérification restent convaincus d'un l'ait indéniable, c'esl que tous les manuscrits, depuis le ix° siècle ai7 moins

JUSQU'AU XVIe, SONT, POUR AINSI DIliE, IDENTIQUES. Ils doivCIlt

donc reproduire un modèle unique qui ne saurait être que le manuscrit même de saint Grégoire.

Ce fait a été attesté par un nombre respectable d'érudits. LeR. P. Lambillotte, après avoir écrit pour le prouver sa brochure Dé? VUnité dans les chants liturgiques, a consacré à la même thèse l'introduction de son Esthétique du chant grégorien, et cite les manuscrits qu'il a consultés en France, en Belgique, en Angleterre, en Allemagne, en Italie. MM. Fétis et Danjou ont donné dans la Bévue de la Musique des listes de manuscrits. M. l'abbé Cloet a l'ait de même dans l'ouvrage intitulé : De la Restauration du chaut liturgique. M. l'abbé Tesson a publié l'édition de chant de Reims et Cambrai d'après un certain nombre de manuscrits et principalement d'après le fameux Aptiphonaire de Montpellier. M. l'abbé Raillard, dans son Explication des Neumes; M. l'abbé Jules Bonhomme, dans ses Principes d'une véritable restauration du chant grégorien : Dom Pothier de Solesmes, dans ses Mélodies grégoriennes; l'auteur de divers articles de la Revue des Sciences ecclésiastiques, et plusieurs autres ont établi la même proposition, que les publications archéologiques récentes, comme le Graduale de Trêves, par exemple, et l'édition préparée pour les Bénédictins de France, viennent confirmer. Voilà une première certitude acquise aux débats.

Il en est une seconde également facile à posséder. C'est que les livres imprimés, à partir du seizième siècle, ont certainement abrégé quelques pièces de chant. On a fait à cette époque des coupures dans les neumes ou vocalises prolon-

gées, particulièrement dans les morceaux de l'i ffice de l;i messe appelé Graduels, Alléluia, Traits. Mais pour les autres passages, les imprimés sont demeurés à peu pros semblables aux manuscrits, cl par conséquent au type

grégorien.

Tirons tout de suite une conclusion de ces prémisses.

l 'ne édition de chant qui sera conforme aux: antiennes des manuscrits et à celles de? anciens livres imprimés, reproduira la substance du texte de saint Grégoire; et, par contre, une édition qui différera notablement des manuscrits et des imprimés ne contiendra plus le vrai chant grégorien.

Appliquons celte règle à l'édition médicéenne de 1GI4, devenue aujourd'hui celle de Ratisbonne.

11 ne s'agit que d'une constatation de visu, et toutes les considérations, tous les raisonnements doivent céder le pas aux exemples. Je vais ouvrir les livres à quelques endroits seulement.

Prenons un morceau dans la messe de Pâques, fête principale de l'année chrétienne, YAlleluia qui suit le Graduel.

Il serait absolument impossible de montrer un manuscrit ancien, non seulement à Rome, mais n'importe ou, qui justifiât l'authenticité de la leçon de cette pièce dans l'édition de Ratisbonne. M, l'abbé J. Ronhonime a comparé et calqué à cet endroit des manuscrits romains de la Minerve, de l'Oratoire, des Augustins, notés en neumes, un Graduel des Cisterciens de Sainte-taoix de Jérusalem et d'autres manuscrits anciens, qu'il met sous les yeux du lecteur (Principes, p. 25) : tous donnent la même mélodie originale du septième mode, avec les mêmes vocalises, sans presque une note de divergence entre eux.

Un grand nombre de manuscrits de Paris et de plusieurs villes de France que j'ai confrontés sont scrupuleusement semblables à ceux de Rome sur le même point, notamment à ceux des Dominicains et des Observantins de Y Ara Cœli.

En Angleterre, je citerai, entre autres manuscrits que j'ai collationnés, les nos (r2k2 et 2961 de la bibliothèque llarlcienne, au British Musamin, et le n° 299 de la Bodléienne, à 0\ford, qui n'en diffèrent nullement.

Voici la traduction de ces manuscrits. Je l'emprunte à un Graduel du quatorzième siècle.

t. VII.

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