‹ L'édition de plain-chant de RatisbonneChapitre 5 sur 20 · L-LE-LU - IA · texte numérisé non relu

L-LE-LU - IA

y. Pascha no -strum

immola - -

tus est Clui - stus.

Eli bien, l'édition de Ratisbonne, qui est la copie de celle de 1011, porte un Alléluia de Pâques, absolument étranger à cette leçon unanime :

1° 11 est écrit dans le premier mode, au lieu du septième ;

2° Il offre un chant tout à fait différent de l'autre, et qui ne rappelle même aucun morceau de plain-chant connu.

C'est une œuvre fantaisiste, inventée par un musicien ;

ce n'esl plus la tradition, ce n'csl plus le elinul de saint Grégoire. Il suflil d'y jeter les yeux pour s'en convaincre [Graduel de Ratisbonne, in-N, p. 225).

Al-le - lu - ia. j. Pa-scha

no - struin immola - tus esl Chri - stus.

Je ferai la même observation sur l'hymne de la procession des Rameaux, Gloria, laits et honor, dont le chant est si entraînant. L'édition de Ratisbonne a cru pouvoir l'arranger à sa manière et le rendre méconnaissable. Même remarque pour l'inimitable mélodie grecque de l'Adoration de la Croix, Agios o Thcos et les morceaux qui suivent. Us se trouvent, dans les anciens manuscrits et dans les imprimés, partout les mêmes, excepté dans l'édition de Ratisbonne, où des mites insignifiantes et des phrases sans caractère remplacent un chant conservé et admiré jusqu'à nos jours. Pour me borner, je signalerai encore en passant le Lauda Sion, le Ctux fidelis et le Dics irœ, défigurés en plusieurs endroits par le Graduel médicéen de 1614.

Je ne veux pas cependant avancer que l'auteur du Graduel de Rome, reproduit à Ratisbonne, se soit ainsi occupé de ebanger absolument toutes les pièces traditionnelles, en sorte qu'il devienne impossible d'y reconnaître quelque vestige du chant primitif . Non; pour quelques-unes, il s'est contenté d'abréger considérablement et de faire disparaître des phrases mélodiques entières.

Raini eut pu appliquer à ces morceaux ce qu'il a dit de certains autres : « Qui si vede un puro sebeletro, » c'est le squelette du chant primitif.

Je ne citerai que deux exemples de celle mutilation continuelle du texte ancien, d'autant plus saisissants, à mon avis, qu'ils mettent en contradiction avec lui-même l'éditeur des livres de Ratisbonne.

C'est d'abord le Répons Ilœc dies du jour de Pâques. Voilà encore un morceau capital dans le chant liturgique. Il est chanté à la messe et aux vêpres pendant une octave de fêtes. Or, dans les livres de Ratisbonne, ce même morceau a deux ligures : une pour le matin cl l'autre pour le soir. Les voici :

Graduel.

Ihec di - es quam fe - cit.

Vespéral.

!iS^ii!E^i5iîEiEh^S^Es=SfEEi!E!E:

Ikec di - es quam fe-cit Do- mi -

Du - minus : exsuite - mus

nus: exsulte - mus

P V" l7Tpg= 3fSl

et he-lc-mur in e - a.

et ke - te-mur

et ke - te-mur in e- a.

JÊMËZ

En comparant le texte du Graduel de Ratisbonne (|>. "2'2hi avec les manuscrits, on aperçoit tout de suite des suppressions notables. Suivant sa méthode, l'auteur de l'édition de 1614 ne s'est pas gêné et a fait des coupures évidentes. Mais quand on passe à l'office du soir {Vespéral de Ratisbonne, p. 177), on trouve au contraire le texte ancien à peu près conservé. Ce qui amène cette singulière situation pour les chantres : le matin, par exemple, cinq notes sur le mot (lies, le soir huit; le matin sur exsultemus dix-huit notes, le soir vingt-huit ; le matin seize notes sur le mot final ea, le soir trente-cinq notes!...

Comment concilier tout cela? Si le Graduel contient le vrai chant de saint Grégoire, c'est le Vespéral qui a tort; mais comme le Vespéral est ici d'accord avec toute la tradition, je crois qu'il faut rigoureusement conclure que le Graduel ne la représente pas.

Voici mon deuxième exemple : le Répons Christus des trois derniers jours de la Semaine sainte, un des plus admirables morceaux de la liturgie, et aussi une des mélodies les plus faciles à retrouver dans les livres grégoriens1. L'auteur du Graduel de 1614, ne se rendant pas compte de la beauté de cette pièce, y a fait des coupures regrettables à la messe du Jeudi-Saint. Mais l'éditeur de Ratisbonne. obligé de la replacer à l'office du soir, l'a empruntée à un autre livre qui avait subi moins de mutilations que celui de 1614, et, à la distance de quelques pages, il nous présente deux Répons Christus, celui du soir se rapprochant de très près de l'antiquité, et celui du matin s'en écartant considérablement.

1. Voir le texte ancien du Christus, d'après les manuscrits ili> Salisbury, dans V Esthétique «lu P. Lambillotte, |>. I7(i.

Nous les réunissons ici afin que le lecteur puisse mieux

en juger

Office du matin.

Christus fa-ctus est pro no - bis obe

Office du soir.

Christus fa-ctus est pro no - bis obe

di-ens usque ad mor-tem, raor-tem au -

di-ens us-que ad mor-tem, mor-tem au

tem cru - cis. Propter quotl

tem cru - cis. Propter quod

et De -us exalta-vit il-lum et de - dit

et De -us exalta-vit il-lum... et de -dit

il - li no - men quod est su-

il - li no -men quod est su- 1. Officium hebdomadœ sanctœ..,. cum privilegio, p. '210 et '230.

per o - mne no - men.

£♦—■■■■-■■ ■"HiËS^niV^asï^B

per o - mne no ' - mon.

Ces anomalies paraîtront étonnantes. Elles étaient inévitables. Publier un Graduel en désaccord avec tous les autres, c'était fatalement se heurter à de déplorables divergences dans le reste des Offices. On n'a pas raison contre tout le monde.

Déjà en 1855, bien avant la réimpression à Ratisbonnc du Graduel médicéen, le R. P. Lambillotte, achevant de confronter les anciens livres de chant et de constater leur identité, écrivait cette note sévère :

« Quelqu'un dira : a Mais les auteurs de l'édition de « Rome de 161i disent aussi avoir consulté les anciens « manuscrits. » Ils le disent, ou plutôt on le leur fait dire; mais on n'en apporte aucune preuve. Or, il est évident pour nous qu'ils ont entièrement négligé cette ressource. Je défie de trouver dans leurs livres une seule Antiphone qui soit d'accord avec un manuscrit quelconque du douzième ou du treizième siècle, peu importe de quel pays vienne ce manuscrit » (Esthétique, p. 0).

Voilà le mot qui résume l'authenticité du chant de Ratisbonne, quant au fond. Cette prétendue restauration du vrai chant grégorien est condamnée par tous les livres manuscrits ou imprimés, qui conservent une tradition unanime dont celui-là s'est absolument écarté.

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