‹ L'édition de plain-chant de RatisbonneChapitre 6 sur 20 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LE GRADUEL DE HATISBONNE ISE PRÉSENTE PAS D'UNIFORMITÉ DANS LA DISPOSITION PU CHANT.

Après avoir montré que l'auteur de l'édition médicéenne réimprimée à Ratisbonne avait rompu complètement avec la tradition pour le texte des morceaux, je dirai encore que, dans leur arrangement même, il a fait preuve de très peu de connaissance des règles de la composition du chant grégorien.

Les anciennes pièces de la musique grégorienne se réduisent à un petit nombre de types, sur lesquels sont écrites les diverses parties de la Liturgie. On comprend qu'un chant destiné à devenir populaire devait ramener souvent les mêmes phrases.

Sans parler des Antiennes des vêpres qui se répètent constamment, cette règle s'applique, pour l'office de la messe, aux Graduels, aux Alléluia, aux Traits. En les comparant, on trouve quelques types seulement pour chaque mode. Quant au neume final des Graduels et Alléluia, il est tellement le même pour certains modes que la plupart du temps, dans les manuscrits, le copiste n'a pas pris la peine de l'écrire en entier, et n'en a indiqué que les premières notes.

L'auteur du Graduel de 1014 ne paraît pas se douter de ce procédé.

Il place très près l'un de l'autre, sans s'en apercevoir, des morceaux dont les mélodies sont absolument identiques

dans tous les anciens livres, et, au lieu de les noter de la même manière, il leur donne un chant différent. Le neume final qui, dans ce cas-là, doit être invariable au Graduel et à l' Alléluia, offre tantôt plus, tantôt moins de notes.

Ainsi, au même Alléluia du deuxième mode (un des plus fréquents), le neume portera onze notes seulement à la ô'' messe de Noël, tandis que le lendemain, à la fête de saint Etienne, il y en aura dix-sept, sans compter les autres différences mélodiques, et il ira variant de la sorte tout le long du volume. Qu'on en juge plutôt :

Al-le-lu-ja.

l^^ElÊ^s^Eî^e^Ëi

Al-le-lu-ja.

Al-lc - lu - ja... Al-le-lu-ja.

Al-le-lu - ja.

Yl-le- lu - ja.

Les formules du verset Propter quod, du Graduel Chris- Ins du Jeudi-Saint, sont écrites de dix manières différentes dans le livre de Ratisbonne, alors qu'elles présentent toujours les mêmes neumes dans les manuscrits* Voir aux

fêtes de saint Jean, du ive, du xie Dim. après la Pentecôte, de la Dédicace, etc.

Comparez encore l'Alleluia du treizième mode aux pages 414, 487, 491, 515, [28], [63], etc. : chaque t'ois il diffère.

t. xiii, p. 414 et [28].

Al-le - lu - ja.

Aile - lu - ja.

f^gV ■''«■ ■ I ;-'■ "+*«■»* ...pE

Al-le - lu - ja.

Al-le - lu - ja.

Mais un dernier exemple dans le même ordre d'observations fera mieux comprendre comment le musicien, auteur de cette édition, s'est peu rendu compte des traditions grégoriennes. C'est le verset Laquais de la messe Sapientiam des Martyrs, répété à la fête des SS. Innocents. Dans tous les manuscrits, Laqueus rappelle le type du verset Audi l'dia de l'Assomption et quelques autres, comme Bonum est du xvie Dim. après la Pentecôte.

La même mélodie se reconnaît facilement dans les livres imprimés, malgré les coupures subies.

L'édition de Rome 1014, aujourd'hui de Ratisbonne à donné à la page 48(3 le verse f Audi filia considérablement diminué et modilié ; on y peut cependanl entrevoir un

reste île la formule ancienne. Mais au verset Laqueus, page 25, il n'est plus question de ce chant.

L'auteur n'a pas hésité à composer du nouveau. Tout est changé, jusqu'au neume final , qui doit être l'un des n eûmes du h" mode pris dans les morceaux écrits sur le même modèle, donné ainsi par les autres livres anciens :

qui fe-cit cœ- lum et ter - ram.

Dans l'intention de créer une mélodie imitative sur le passage qui fecit cœlum et terrain, l'auteur monte jusqu'à la note la plus élevée de l'octave au mot cœlum, et, pour le mut lorrain, redescend jusqu'au bas de l'échelle :

qui fe-cit cœlum et ter - ram.

Sérieusement, peut-on affirmer que c'est là le chant original de saint Grégoire!

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