Au lieu de donner une traduction à mettre en latin
.'{. Franklin déclare qu'il n'a pas eu d'autre maître de composition. Ver-; lYiuc de quinze ans, apprenti imprimeur, il s'était procuré un volume dépareillé du Spectateur d'Àddison, en lisait un article, notait les idées principales, puis, quelques jours après, le soir ou le matin, avant l'heure de l'ouvrage, ou le dimanche, il s'exereait à reproduire l'original qui lui servait de corrigé. Cet exercice peut être sûrement recommandé à l'école primaire et dans les classes d'adultes.
doit enseigner de vive voix et par pratique tout ce qu'on appelle règles, et les engager seulement à les rapporter comme une petite histoire dans les petites classes; à mesure qu'il se rencontre un nom, un verbe hors de la règle générale, il faut le faire remarquer aux écoliers, et les obliger à en rendre compte, comme on vient de l'expliquer, pour la classe suivante....
18. Il ne faut donner aux enfants des leçons et des traductions, et aux grands, des compositions, qu'autant qu'on jugera raisonnablement qu'il leur restera de temps après la lecture des auteurs prescrits. Cet article est plus important qu'on ne pense, car on prend aisément le change là-dessus. On croit qu'en accablant les enfants de leçons et de compositions, il y a beaucoup à gagner. Rien de plus faux1. Abandonnés à eux-mêmes pour les exercices, ils ne connaissent pas assez l'importance du temps pour l'employer. Ils ne se pressent point; le temps fuit; l'heure sonne; de là les châtiments; tout est dans la tristesse, et le dégoût achève de tout perdre. Ceux qui ont plus de facilité et de mémoire seront engagés à faire plus que les autres, en y attachant des récompenses.
19. C'est ordinairement un temps perdu que de leur donner des vers à composer au logis. De soixante-dix ou quatre-vingts écoliers, il y en peut avoir deux ou trois de qui on arrache quelque chose. Le reste se morfond, ou se tourmente pour ne rien faire qui vaille. On peut prescrire une matière à ceux qui montrent du goût et de la facilité, et exercer les autres selon leur portée. On peut cependant leur proposer à tous de composer sur-le-champ une petite pièce de vers dont on leur donne le sujet; liberté à chacun de dire comment il tournerait la matière de chaque vers. Il part alors une épithète d'un coin; il en vient une plus juste d'un autre;
1. Excellente observation. On s'imagine toujours trop que l'enfant est un vase qu'on ne saurait assez remplir. C'est une dîne qu'il faut former.
avec la permission do parler, qu'on demande et qu'on obtient par un signe seulement, pour éviter la confusion, on juge, on critique, on rend raison de son choix. Ceux qui ont le moins de feu s'évertuent, et tous essayent au moins de se distinguer : ce qui fait un exercice des plus propres à leur plaire et à former du moins ceux qui ont quelque talent.
Art. 22. — II inscrit, parmi les conditions pour le degré de maître es arts, V Histoire de France.
.... Ce qu'on gagne par l'exclusion des vers dans les hautes classes, des thèmes dans les petites, et enfin des leçons qui ne produisent rien qui vaille, donnera un temps qui sera bien plus agréablement employé à lire pour rendre compte, et à apprendre par cœur les endroits choisis indiqués; enfin, à se préparer soi-même sur ce qu'on aura marqué des grammaires latines et sur la rhétorique, suivant les classes auxquelles on indique une ou deux règles de grammaire, sur lesquelles on interrogera la classe suivante du soir ou du matin, sans assujettir personne à l'apprendre mot pour mot l. On se livrera plus volontiers à cette étude, qui servira même à faire de petits raisonnements; et l'on en verra plus de cette manière qu'on n'aurait fait de l'autre.
Objection. — En faisant moins de compositions, on n'apprendra ni à écrire ni à parler latin.
Réponse. — On répond que les jeunes gens apprendront à coup sûr beaucoup plus en lisant beaucoup, et en parlant fréquemment, d'après les auteurs purs, qu'en l'crivant beaucoup de dictées et de mauvaises expressions qu'ils emploient, et qu'il faut corriger. N'étant pas en état de produire des pensées solides, ils ne font autre chose, dans toutes ces compositions de collège, que de contracter l'habitude de mal parler et de mal penser.
1. Les délinilions et les règles ont cependant besoin d'une grande précision. Quand on les comprend bien, il est très facile d'en retenir la formule exacte, ce qui est préférable et n'est pas inutile à l'éducation intellectuelle.
Tout au contraire, en leur remplissant la tête de beaux modèles, ils se formeront le jugement.
Objection. — Les régents ne se forment pas si on leur ôte la liberté de haranguer.
Réponse. ■ — Mais on répond qu'ils peuvent haranguer tant qu'ils voudront, pourvu que ce ne soit pas dans le temps des classes destinées à l'instruction des écoliers. Il ne faut pas tant de discours pour montrer une beauté dans un auteur.
(Arnauld, Œuvres, t. XLI, p. 85.)