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RÈGLES DE LA MÉTHODE DANS LES SCIENCES

Règles de la méthode dans les sciences.

L'analyse consiste plus dans le jugement et dans l'adresse de l'esprit que dans des règles particulières, Ces quatre, néanmoins, que Descartes propose clans sa Méthode, peuvent être utiles pour se garder de l'erreur en voulant rechercher la vérité dans les sciences humaines, quoique, à dire vrai, elles soient générales pour toutes sortes de méthodes, et non particulières pour la seule analyse.

La première est de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, qu'on ne la connaisse évidemment être telle, c'est-à-dire d'éviter soigneusement la précipitation et la prévention, et de ne comprendre rien de plus en ses jugements que ce qui se présente si clairement a l'esprit, qu'on n'ait aucune occasion de le mettre en doute.

La deuxième, de diviser chacune des difficultés qu'on examine en autant de parcelles qu'il se peut, et qu'il est requis pour les résoudre.

La troisième, de conduire par ordre ses pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu a peu, comme par degrés, jusqu'à la connaissance des plus composés, et supposant même de l'ordre entre ceux qui ne se préi èdent point naturellement les uns les autres.

La quatrième, de faire partout des dénombrements si entiers et des revues si générales, qu'on puisse s'assurer de ne rien omettre.

Il est vrai qu'il y a beaucoup de difficulté à observer ces règles ; mais il est toujours avantageux de les avoir dans l'esprit et de les garder, autant que l'on peut, lorsqu'on veut trouver la vérité par la voie de la raison, et autant que notre esprit est capable de la connaître.

]L.a méthode des sciences réduite à huit règles principales.

Deux règles touchant les définitions.

1. Ne laisser aucun des termes un peu obscurs ou équivoques sans le définir.

2. N'employer dans les définitions que des termes parfaitement connus ou déjà expliqués.

Deux règles pour les axiomes.

3. Ne demander en axiomes que des choses parfaitement évidentes.

4. Recevoir pour évident ce qui n'a besoin que d'un peu d'attention pour être reconnu véritable.

Deux règles pour les démonstrations.

5. Prouver toutes les propositions un peu obscures, en n'employant à leur preuve que les définitions qui auront précédé, et les axiomes qui auront été accordés, ou les propositions qui auront déjà été démontrées.

6. N'abuser jamais de l'équivoque des termes, en manquant de substituer mentalement les définitions qui les restreignent et qui les expliquent.

Deux règles pour la méthode.

7. Traiter les choses, autant qu'il se peut, dans leur ordre naturel, en commençant par les plus générales et les plus simples, et expliquant tout ce qui appartient à la nature du genre avant que de passer aux espèces particulières.

8. Diviser, autant qu'il se peut, chaque genre en toutes ses espèces, chaque tout en toutes ses parties, et chaque difficulté en tous ses cas.

J'ai ajouté à ces deux règles, autant qu'il se peut, parce qu'il est vrai qu'il arrive beaucoup de rencontres où on ne peut pas les observer à la rigueur, soit à

cause des bornes de l'esprit humain, soit à cause de celles qu'on a été obligé de donner à chaque science.

Ce qui fait qu'on y traite souvent d'une espèce sans qu'on puisse y traiter tout ce qui appartient au genre; comme on traite du cercle dans la géométrie commune, sans rien dire en particulier de la ligne courbe, qui en est le genre, qu'on se contente seulement de définir.

On ne peut pas aussi expliquer d'un genre tout ce qui pourrait s'en dire, parce que cela serait souvent trop long; mais il suffit d'en dire tout ce qu'on veut en dire avant que de passer aux espèces.

Mais je crois qu'une science ne peut être traitée parfaitement, qu'on n'ait grand égard à ces deux dernières règles aussi bien qu'aux autres, et qu'on ne se résolve à ne s'en dispenser que par nécessité ou pour une

grande utilité.

(Logique, IVe part.,'ch. n et m.)

Enseignement de la lecture, de l'écriture; exercices de traduction, d'élocution et de composition.

« Mon cher lecteur,

« Quelques-uns de mes amis ayant désiré que je m'étendisse un peu plus touchant la manière d'enseigner le latin aux enfants, que je n'avais fait dans diverses préfaces de traductions que j'ai données au public, où je me suis contenté de représenter principalement que la conduite qu'on y garde est longue, difficile et peu naturelle, et que je croyais qu'il y en pouvait avoir une autre plus courte, plus facile et plus conforme à la nature, c'est-à-dire à la raison, je tâcherai de les satisfaire dans celle-ci le plus brèvement qu'il me sera possible, où j'ai travaillé à bâtir, nprès avoir travaillé dans les autres à détruire....

« Je dis donc, en premier lieu, que c'est une faute

très grande que de commencer, comme on fait d'ordinaire, à montrer à lire aux enfants par le latin, et non par le français. Cette conduite est si longue et si pénible qu'elle ne rebute pas seulement les écoliers de toute autre instruction, en prévenant leur esprit, dès leur plus tendre jeunesse, d'un dégoût et d'une haine presque invincible pour les livres et l'étude; mais elle rend aussi les maîtres impatients et fâcheux, parce que les uns et les autres s'ennuient également de la peine et du temps qu'ils y emploient, ce qui va jusques à trois et quatre années; mais il faut que les maîtres considèrent que, s'ils ont de la peine à montrer, les enfants en ont incomparablement plus à apprendre; ce qui doit être un motif pour les rendre plus doux et plus patients envers eux, en les faisant compatir à l'infirmité de cet âge. Car il ne faut pas qu'ils s'imaginent que ce qu'ils savent avec plaisir, les enfants le puissent apprendre sans peine; mais il faut plutôt qu'ils se ressouviennent de leur enfance et des difficultés qu'ils ont eues eux-mêmes à se rendre savants. Ainsi, ils s'accommoderont à la faiblesse de leurs écoliers, et ne leur feront point d'autre peine que celle dont ils ne peuvent absolument les dispenser....

« Il y aura toujours assez d'autres difficultés, soit de la part des choses, soit de la part de leur esprit, soit enfin de la part de leurs inclinations ou aversions naturelles, sans que nous y ajoutions encore d'autres de notre part, par la mauvaise manière dont nous nous prenons à les instruire *.

« Comment donc voudrait-on que les enfants apprissent à lire en peu de temps et avec plaisir, ou au moins sans une extrême peine, en commençant à les faire lire en latin, qui est une langue qu'ils ne connaissent aucunement, et dont ils n'entendent jamais parler (car cela leur servirait beaucoup, au moins pour la pronon-

i. Cette justification de la méthode est pleine de bon sens et de netteté.

oiation) que lorsqu'on les en instruit? N'est-il pas plus naturel de se servir de ce qu'ils savent déjà, pour leur enseigner ce qu'ils ne savent pas, puisque la définition même de la méthode d'enseigner nous montre à en user de la sorte ?...

« Or les Français savent déjà le français, dont ils connaissent une infinité de mots; pourquoi donc ne leur pas faire apprendre à lire premièrement en français, puisque cette méthode serait beaucoup plus courte et moins pénible ? car ils n'auraient qu'à retenir les figures des lettres et leurs combinaisons ou assemblages; en quoi la mémoire des choses et des mots qu'ils savent déjà, avec ce qu'ils entendent dire continuellement dans le commerce du monde, les aiderait peu à peu à s'en ressouvenir; au lieu qu'en latin ils ne sont aidés de quoi que ce soit; tout leur est barbare 1 et nouveau, ils ne peuvent s'attacher qu'aux caractères et aux combinaisons qu'on leur en montre; ce qui fait qu'ils ne les retiennent qu'avec une extrême peine et un fort long temps, durant lequel il faut les leur rebattre cent et cent fois, avant qu'ils s'en puissent ressouvenir une seule fois, n'ayant rien à quoi se tenir, ni les mots, ni les choses, ni ce qu'ils entendent dire tous les jours.

« Puis donc qu'il faut se servir de ce que les enfants savent déjà pour leur apprendre ce qu'ils ne savent pas, ce qui est une règle générale et sans exception aucune pour tout ce qu'on veut leur montrer, il serait à propos de ne leur faire lire d'abord quo des mots détachés de tout discours, dont ils connaissent les choses, comme ceux qui sont de leur usage, du pain, un lit, une chambre, etc. Mais il faudrait leur avoir fait voir auparavant les figures et les caractères de ces mots dans un alphabet, en ne leur faisant prononcer que les voyelles et les diphtongues seulement, et non les consonnes, lesquelles il ne leur faut faire prononcer

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