Le mot nombre M'unifie harmonie
2. Très sage et très utile pratique, applicable même dans le cours élémentaire, avec des enfants qui ne savent pas encore écrire; elle fixe leur attention, développe leur intelligence, leur apprend à parler correctement et les prépare à la composition.
faut les redresser avec leur livre, même afin de ne rien changer ou troubler clans leur esprit, mais d'y imprimer davantage ce qui y est déjà; et cet arrangement des mots est extrêmement important, parce qu'on y manque plus qu'à la pureté des mots mêmes; c'est le défaut ordinaire de ceux qui parlent ou n'écrivent pas bien, soit en français, soit en latin.
« Mais il faut prendre garde, en les exerçant à parler ou à écrire, qu'ils le fassent avec clarté et netteté, et, comme ils ne le peuvent faire que selon la connaissance claire et distincte qu'ils ont des choses, et selon l'arrangement propre à chaque langue, il faut leur expliquer clairement et en peu de paroles les mêmes choses; car la multitude et la diversité des paroles, venant ordinairement du trouble et de la confusion des pensées, elle ferait le même trouble et la même confusion dans l'esprit des enfants i. C'est pourquoi il ne faut ordinairement les faire parler ni écrire que sur les sujets qu'ils savent le mieux, et dans le style et dans les termes où ils sont le plus exercés; autrement ils ne parlent qu'obscurément, comme sont leurs conceptions, et s'accoutument ainsi à parler et à se satisfaire de ce qu'ils n'entendent pas, ce qui est cause d'un défaut très ordinaire aux hommes, qui est de parler beaucoup de ce qu'on entend peu. Il faut donc expliquer aux enfants ce qu'ils n'entendent pas, et les interroger souvent, parce qu'on s'imagine souvent qu'ils entendent bien ce qu'ils n'entendent pas en effet, jugeant de leur suffisance par la nôtre; il faut même les obliger de demander ce qu'ils n'entendent pas, et, quand ils le demandent d'eux-mêmes, encore que la chose soit audessus de la portée de leur esprit, il ne faut pas laisser
1. Le seul moyen d'éviter ce défaut capital dans l'enseignement, c'est une consciencieuse préparation de chaque leçon, outre cette préparation générale que ne doit jamais cesser un instituteur en se tenant au courant des méthodes et des livres, en approfondissant et en complétant ses connaissances par des lectures variées.
de les instruire avec d'autant plus de soin qu'ils sont mieux disposés à en profiter, parce que la curiosité qui leur a fait demander a ouvert leur esprit, et les a rendus plus capables de concevoir ce qu'on leur dira alors. Il faut nourrir longtemps les enfants d'un même style; car le temps en cela fera plus d'impression que toutes les observations qu'on leur pourrait faire faire sur le langage, comme une goutte d'eau cave plus la pierre en tombant peu à peu que tombant tout d'un coup d'une grande force.
(\ On peut commencer à les faire écrire en français avant qu'ils écrivent en latin, en leur donnant à faire de petits dialogues, de petites narrations ou histoires, de petites descriptions, de petites lettres, et en leur en laissant même choisir les sujets parmi les lectures qu'ils ont faites, afin qu'ils ne s'accoutument pas à écrire obscurément et à se contenter de ce qu'ils n'entendent pas, ce qui leur fait perdre le discernement des ténèbres et de la lumière, prendre le faux pour le vrai, le douteux pour le certain, enfin le mal pour le bien....
Je ne dis rien touchant les synonymes et expressions semblables, touchant l'ordre et l'arrangement des mots, touchant leur signification propre ou métaphorique, touchant leurs liaisons et combinaisons, touchant les figures et les transitions, touchant le tour du discours, la manière de le rompre, de le reprendre et de continuer; il faut réserver tout cela à l'usage », et quand ils seront plus avancés en esprit et en jugement; il vaut mieux dire ces choses aux écoliers que les exiger d'eux, puisque, quelques règles qu'on leur donne, elles ne préviennent pas tant les fautes avant qu'on les ait faites, qu'elles ne servent à les corriger quand on les a faites.
« Userait à souhaiter qu'on ne fit point apprendre par
1. C'est évidemment dans la lecture d'un passage, dans l'explication d'un texte, que tous ces détails doivent être saisis, bien pins ulilement que dans une nomenclature sèche et aride.
cœur les livres entiers des auteurs, mais seulement les plus beaux endroits ; car il ne faut charger la mémoire des enfants, qui a sa mesure, que de ce qu'il y a de plus excellent dans les livres ; il faut néanmoins l'exercer beaucoup.... »
(Guyot, Billets de Cicèron, 1668. Préface.)
Vues générales pour bien élever un prince l.
.... La qualité la plus essentielle à un précepteur que l'on destine à un prince est une certaine qualité qui n'a point de nom, et que l'on n'attache point à une certaine profession; ce n'est pas simplement être habile dans l'histoire, clans les mathématiques, dans les langues, dans la politique, dans la philosophie, dans les cérémonies, dans les intérêts des princes; on peut suppléer à tout cela. Il n'est pas nécessaire que celui qui est chargé de l'instruction d'un prince lui montre tout, il suffit qu'il lui montre l'usage de tout. Il faut même par nécessité qu'il se fasse soulager, et que, pendant qu'il se prépare à certaines choses, il soit seulement témoin de ce qui lui est enseigné par d'autres. Mais on ne supplée point à cette qualité essentielle qui le rend capable de cet emploi, on ne l'emprunte point d'autrui; on ne s'y prépare point. La nature la commence, on l'acquiert par un long exercice et par une infinité de réflexions. Et ainsi ceux qui ne l'ont pas qui sont un peu avancés en âge sont incapables de l'avoir jamais.
1. C'est un signe des temps, et il est tout à l'honneur de notre époque, que l'on puisse proposer sans exagération aux instituteurs du peuple les conseils donnés par Nicole pour l'éducation d'un prince. Il y a peu à faire pour les approprier aux besoins de l'enseignement primaire, à la préparation du personnel dans les écoles normales, comme à la bonne direction des études élémentaires.