AVERTISSEMENT
Quoique ce règlement des enfants ne soit pas une idée, mais qu'il ait été dressé sur ce qui s'est pratiqué à Port-Royal des Champs pendant plusieurs années, il faut néanmoins avouer que, pour l'extérieur, il ne serait pas toujours facile ni même utile de le mettre en usage dans toute cette exactitude. Car il se peut faire, et que tous les enfants ne soient pas capables d'un si grand silence et d'une vie si tendue sans tomber dans l'abattement et dans l'ennui, ce qu'il faut éviter sur toutes choses, et que toutes les maîtresses ne puissent pas les entretenir dans une si exacte discipline, en gagnant en même temps leur affection et leur cœur, ce qui est tout à fait nécessaire pour réussir dans leur éducation. C'est donc à la prudence à tempérer toutes ces choses, et à allier, selon la parole d'un pape, une force qui retienne les enfants sans les rebuter, et une douceur qui les gagne sans les amollir : SU rigor, sed non exasperans; sit amor, sed non omoUiens.
A Monsieur Singlin, ce 15 avril 1657.
Je vous demande très humblement pardon si j'ai différé si longtemps à vous rendre compte de la manière dont j'agis avec les enfants *. Ce qui m'a empêchée de le
1. Jacqueline Pascal, sœur cadette de Pascal, née en 1625, quitta le monde, où elle avait de bonne heure brillé par son
faire dès la première parole que vous m'en avez dite a été que je croyais que vous me demandiez que je misse par écrit la manière dont il les fallait conduire : ce que je ne jugeais pas pouvoir entreprendre sans une très grande témérité, ayant si peu de lumière pour un emploi si difficile. Car je vous puis assurer qu'il n'y a que la seule obéissance qui soit capable de m'y faire faire la moindre chose, et que, si je n'y gâte pas tout, cela se peut attribuer à l'efficace1 des paroles de notre mère qui me dit, en m'en donnant le soin, que je ne me misse en peine de rien, et que Dieu seul ferait tout : ce qui apaisa tellement le trouble dans lequel mon impuissance m'avait mise que je demeurai pleine de confiance et avec un aussi grand repos que si Dieu môme m'avait fait celte promesse ; et j'avoue à ma confusion que, quand je me regarde moi-même et que j'entre dans le découragement, comme vous savez que je fais assez souvent, ces seules paroles, Dieu fera tout, prononcées avec confiance, rendent la paix à mon âme. Mais ce qui m'a été de peine, c'est que vous m'avez dit depuis que vous ne me demandiez pas que j'écrivisse comme il les fallait conduire, mais seulement comme je les conduisais, afin de remarquer les fautes que j'y commets, qui ne détruisent pas seulement ce que Dieu y fait par moi, mais apportent même de grands obstacles aux grâces qu'il met dans ces âmes....
esprit el un certain talent poétique, pour entrer en 16o2 à Port- Royal, où elle prit le nom de sœur Sainte-Euphémie. De 1681 à 1659 elle fut chargée de L'éducation des enfants, et c'est à ce titre qu'elle a rédigé le règlement ci-joint. On l'envoya ensuite à Port-Royal des Champs, en qualité de sous-prieure, diriger les novices. Elle mourut en 1661, de douleur et de remords d'avoir signé le formulaire, malgré sa conscience, pour obéir à l'autorité d'Arnauld. M. Cousin a consacré à cette femme distinguée un volume plein d'intérêt.
i. « 11 y a des prédicateurs et des écrivains qui usent du mot efficacité, dit le P. Bouhours; il n'est point français, il faut dire efficace \ le même mot est adjectif et substantif tout ensemble. » [Remarques nouvelles sur la langue française, p. 183.
I. Dans quel esprit nous devons rendre service aux enfants. Union des maîtresses. Quelques avis généraux pour leur conduite, principalement envers les petits enfants.
1. Je crois donc que, pour servir utilement les enfants, nous ne devons jamais leur parler ni agir pour leur bien sans regarder Dieu et lui demander sa sainte grâce, désirant prendre en lui tout ce qui leur est nécessaire pour les instruire en sa crainte.
2. Nous devons avoir beaucoup de charité et de tendresse pour elles, ne les négligeant en quoi que ce soit pour l'intérieur et l'extérieur, leur faisant paraître, en toutes sortes d'occasions, que nous n'avons aucunes bornes pour leur service, et que nous le faisons avec affection et de tout notre cœur, parce qu'elles sont enfants de Dieu, et que nous nous sentons obligées de ne rien épargner pour les rendre dignes de cette sainte qualité.
3. Il est très nécessaire que nous nous donnions toutes à elles sans aucune réserve, et que, sans une nécessité inévitable, nous ne sortions point de leur quartier, pour être toujours présentes dans la chambre où elles travaillent, si ce n'est que nous soyons occupées à leur parler ou à les visiter quand elles sont malades, ou employées à d'autres besoins qui les regardent.
4. On ne doit point avoir de peine d'y perdre tout l'office, si ce n'est quand les plus grandes y assistent. Il est de telle importance de garder toujours les enfants que nous devons préférer cette obligation à toutes les autres !, quand l'obéissance nous en charge, et bien plus à nos satisfactions particulières, quand elles regarderaient même les choses spirituelles. La charité avec laquelle on leur rendra tous les services qui leur seront
1. Pour plus de sûreté, Mme de Maintenon fera prononcer aux dames de Saint-Cyr, outre les vœux ordinaires de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, un quatrième vœu, tout spécial, celui de se consacrer à l'éducation des demoiselles de Saiut-Cyr.
utiles couvrira non seulement beaucoup de nos défauts, mais nous tiendra lieu de beaucoup de choses que nous croirons nous devoir être utiles pour notre perfection.
5. On aura une sœur sur qui on se reposera, sans nullement se décharger de son obligation. Il faut, s'il se peut, que cette sœur qui nous sera donnée soit attachée le plus qu'elle pourra à la chambre. C'est pourquoi il serait à souhaiter d'en avoir deux qui fussent portées d'un même zèle et d'un même esprit pour les enfants, et qui, le plus souvent, fussent ensemble dans la chambre, en présence même de la première maîtresse, afin que, voyant le respect avec lequel les enfants se tiennent devant elle, elles aient droit l'une et l'autre de leur demander en son absence le même respect que celui qu'elles ont en sa présence.
6. Nous devons faire en sorte que les enfants remarquent un grand rapport et une parfaite union et confiance avec la sœur qui nous est donnée pour compagne. C'est pourquoi il ne la faut point dédire de ce qu'elle aura fait ou ordonné quand ce qu'elle aurait ordonné ne serait pas bien, afin que les enfants ne remarquent jamais aucune contrariété, mais se réserver à l'en avertir dans le particulier. Car il est important et presque nécessaire, pour bien conduire les enfants, que la sœur qui est donnée pour aide soit en disposition de trouver bon tout ce qu'on lui dit. Que, si cela n'était pas, il en faudrait avertir la supérieure. Que, si ce qu'elle aurait de contraire à nous choquait seulement notre humeur et ne faisait point de tort aux enfants, il faudrait demander à Dieu la grâce de nous réjouir de ce que nous aurions une occasion d'être contrariées.
7. Il faut prier beaucoup Dieu qu'il donne aux enfants un grand respect pour les sœurs qui sont avec nous. Nous devons aussi leur donner une grande autorité, mais particulièrement à celle qui est après nous. C'est pourquoi il est bon de témoigner aux enfants, et même leur dire dans les occasions, qu'elle a grande charité pour elles, qu'elle les aime, et que c'est nous qui l'obli-
geons de nous rendre compte de tout ce qui se passe à la chambre, lui dire à elle-même devant les enfants qu'elle est obligée, par devoir et par charité, de nous dire non seulement toutes leurs fautes de conséquence, mais môme leurs plus légers défauts, afin de les aider à ■s'en corriger.
8. Nous prenons quelque sorte de confiance aux sœurs qui nous aident, pour leur dire les inclinations des enfants, surtout celles des petites, et celles aussi des grandes qui pourraient causer quelque dérèglement, afin qu'elles puissent mieux les veiller. Il ne faut pas pourtant être si facile à leur dire les choses que les enfants nous disent dans le particulier, si nous n'y reconnaissons une nécessité pour leur bien, de crainte que, sans y penser, elles ne leur en fassent connaître quelque chose. Je vois qu'il est d'une grande importance que les enfants nous voient secrètes, encore que ce qu'elles nous disent ne fussent pas des choses de grande importance pour lors, parce qu'il peut arriver qu'elles en auront d'importantes dans un autre temps, surtout quand elles avancent en âge, lesquelles elles auraient peine à nous dire si elles avaient reconnu que nous ne leur eussions pas été fidèles dans les petites choses.
9. Comme il est fort important que nous ayons une grande union et parfaite intelligence avec les sœurs qui nous sont données pour aider, il l'est encore plus que ces sœurs n'agissent que par l'ordre qu'elles trouveront et verront établi, et qu'elles soient tellement conformes à tous les sentiments de la première, qu'elles ne parlent que par sa bouche et ne voient que par ses yeux, afin que les enfants ne puissent rien remarquer qui ne soit parfaitement conforme entre elles l, que si les sœurs
1. Mme de Maintenoa insiste également sur celte importante recommandation : « Il faudrait, pour réussir dans votre gouvernement, n'avoir toutes que les mêmes idées, les mômes maximes, ou du moins, si vous en avez de différentes, être assez humbles pour renoncer à vos sentiments, et suivre ceux de vos supérieurs, soutenant ce qui est établi par eux malgré votre propre juge
trouveraient à redire à la conduite delà première maîtresse, elles devraient lui dire, si elles avaient assez de confiance en elle; fit qu'elles en eussent permission des supérieures. Si Dieu oe leur donne pas cette confiance, elles doivent en avertir la mère, de peur que, sans le vouloir, elles n'en témoignent quelque chose devant les enfants.
10. Quand on est deux religieuses dans la chambre aux heures que l'office sonne, on le peut dire l'une après l'autre, afin qu'il y en ait une qui jette la vue sur les enfants; mais elle ne dira rien des fautes qu'elle leur verra faire, si elles n'étaient importantes, jusqu'à ce que sa compagne ait fini son office, afin de leur donner un très grand respect quand elles voient qu'on prie Dieu. Mais, aussitôt que l'office est dit, qui est assez court quand on le dit bas, il les faut punir selon la grandeur de la faute, et avec plus de sévérité que quand on ne prie pas Dieu.
11. Quand on est seule, il ne faut point faire de difficulté de jeter la vue sur elles, mais il ne leur faut rien dire que l'on n'ait entièrement achevé son office. Nous avons vu par expérience le profit que cela leur fait, et, quand on est exacte à ne leur point parler ni à les reprendre pendant la prière l, cela les rend elles-mêmes
mont.... Défaites-vous des projets particuliers que l'amoar-propre fait faire pour se dédommager de la nécessité où l'on se trouve de s'accommoder au sentimeut d'une officière. On se laisse le plaisir de désavouer en soi-même sa conduite, de se dire : Si je suis jamais à celle charge, je m'y prendrai bien d'une autre façon, je ferai ceci ou cela, je serai ou plus douce ou plus ferme. Jamais, encore une fois, votre gouvernement ne s'établira avec cette diversité de conduite. Il vaudrait mieux ne pas faire tout à fait si bien et qu'on fit toujours de même, que de faire sentir ce haut et ce bas dans la manière d "élever vos demoiselles et d'exercer vos charges. » [Entretiens, 1703.)
1. Aucun détail, peut-être, ne prouve mieux la sincérité et la profondeur du sentiment religieux qui animait le monastère de Port-Royal. Le connétable Anne de Montmorency avait moins de scrupules : « Il ne manquoit jamais à ses dévotions, nv à ses prières, dit Brantôme; car tous les matins il ne failloit de dire et
bien plus respectueuses lorsqu'elles prient, et bien plus craintives de nous interrompre. Nous ne saurions trop inspirer à la jeunesse le respect pour Dieu, tant par notre exemple que par nos paroles. C'est pourquoi nous serons très exactes à dire notre office aux heures que l'on le dit au chœur, en quittant tout ce que nous faisons au second coup de l'office, et ne nous laissant jamais emporter à achever quelque chose par attache. Ce n'est pas que, s'il se présentait un besoin nécessaire de rendre quelque service aux enfants, nous ne le dussions préférer à notre office; mais il est bon que les enfants et notre propre conscience soient convaincues que nous n'agissons que pour Dieu, notre exemple étant la plus grande instruction que nous leur puissions donner. Car le diable leur donne de la mémoire pour les faire ressouvenir de nos moindres défauts, et il la leur ôte pour empêcher qu'elles ne se souviennent du peu de bien que nous faisons.
12. C'est pourquoi nous ne saurions trop prier Dieu, trop nous humilier et trop veiller sur nous-mêmes pour nous acquitter de ce que nous devons aux enfants, puisque l'obéissance nous y engage; et je vois que c'est l'une des plus importantes obéissances de la maison, et nous ne saurions trop trembler J en nous en acquittant, quoiqu'il ne faille pas être pusillanimes, mais mettre toute notre confiance en Dieu, et le forcer, par nos
entretenir ses patenostres, fust qu'il ne bougeast du logis, ou fust qu'il montast à cheval et allast par les champs, aux armées; parmi lesquelles on disoit qu'il se falloit garder des patenostres de M. le Connestable; car en les disant et marmottant, lorsque les occasions se présentoient, comme force desbordements et désordres y arrivent maintenant, il disoit: « Allez-moy pendre un « tel ; attachez celuy-là à cest arbre, faites passer cestuy-là par les « piques à ceste heure;... Brûlez-moy ce village », et ainsi tels ou semblables mots de justice et de police de guerre profforoit selon les occurrences sans desbaucher nullement de ses pater,' jusqu'à ce qu'il les eust parachevés. »
t. On se rappelle le mot de Saint-Cyran : « une tempête de l'esprit ».
gémissements, à nous accorder ce que nous ne méritons pas par nous-mêmes, mais ce que nous lui demandons par le sang de son Fils répandu pour ces âmes innocentes qu'il nous a mises entre les mains. Car nous devons toujours regarder ces petites âmes comme de sacrés dépôts qu'il nous a confiés, et dont il nous fera rendre compte; c'est pourquoi il faut moins parler à elles qu'à Dieu pour elles.
13. Et comme nous sommes obligées d'être toujours parmi elles, il se faut comporter en sorte qu'elles ne puissent pas remarquer d'inégalité dans notre humeur1, en les traitant quelquefois avec trop de mollesse, et d'autres fois sévèrement. Ce sont deux défauts qui se suivent, d'ordinaire; car, quand on se laisse emporter à leur faire tant de petites caresses et flatteries, leur laissant la liberté de s'épandre autant que leur humeur et inclination les y porte, il faut infailliblement que la répréhension suive, et c'est ce qui fait l'inégalité, qui est beaucoup plus pénible aux enfants que de les maintenir toujours dans leur devoir.
14. Il ne nous faut jamais trop familiariser avec elles, ni leur témoigner une trop grande confiance, encore qu'elles fussent grandes; mais il faut leur témoigner une vraie charité et une très grande douceur dans tout ce qu'elles auront besoin, et même les prévenir.
15. Il les faut traiter fort civilement et ne leur parler qu'avec respect, et leur céder en tout ce que l'on peut. Cela les gagne beaucoup, il est bon d'user quelquefois de condescendance dans des choses qui, de soi, seraient indifférentes, afin de leur gagner le cœur.
1G. Quand il est nécessaire de les reprendre de leurs légèretés et mauvaise grâce, il ne faut jamais les contre-
1. « L'unique foin des enfants est de trouver l'endroit faible de leurs maîtres, comme de ceux à qui ils sont soumis; dès <|u'ils ont pu les entamer, ils gagnent le dessus et prennent sur eux un ascendant qu'ils ne perdent plus. Ce qui nous fait déchoir une première fois de cette supériorité à leur é^ard est toujours ce qui nous empêche de les recouvrer. » (La iiruyère.)
faire ni les pousser en les rudoyant, quoiqu'elles fussent de mauvaise humeur; au contraire, il faut leur parler avec très grande douceur et leur dire de bonnes raisons pour les convaincre; ce qui empêchera qu'elles ne s'aigrissent, et fera qu'elles recevront bien ce qu'on leur dit.
17. Il faut beaucoup prier Dieu qu'il rende les enfants simples, et y travailler de son côté en les éloignant de tous détours et finesses; mais il faut faire cela même si simplement, qu'on ne les rende pas fines en les exhortant à être simples1. C'est pourquoi je crois qu'il ne faut pas leur faire paraître qu'elles ont tant de finesse. Car quelquefois, à force de leur dire qu'il ne faut pas qu'elles soient fines, on fait qu'elles le deviennent, et qu'elles se servent de tout ce qui leur a été dit dans le temps qu'elles ne l'étaient pas, dans un autre temps où elles ont besoin d'user de finesse pour cacher quelques fautes qu'elles ne veulent pas que l'on sache.
18. C'est pourquoi il faut veiller parfaitement les enfants, ne les laissant jamais seules en quelque lieu que ce soit, saines ni malades, sans leur montrer que l'on le fait si exactement, afin de ne pas les nourrir dans un esprit défiant et qui soit continuellement sur ses gardes. Car cela les accoutume à faire de petites malices en cachette, particulièrement les petites. Ainsi je crois qu'il faut que notre garde continuelle soit faite avec
1. Ce sage conseil rappelle ce piquant passage d'une lettre de Mme de Main tenon à Mme de Fontaine, 20 septembre 1691, lors de la réforme de Saint-Cyr : « Priez Dieu et faites prier pour qu'il change leurs cœurs (des demoiselles), et qu'il nous donne à toutes l'humilité; mais, madame, il ne faut pas beaucoup en discourir avec elles. Tout, à Saint-Cyr, se tourne en discours; on y parle souvent de la simplicité, on cherche à la bien définir, à la bien comprendre, à discerner ce qui est simple et ce qui ne Test pas; puis dans la pratique on se divertit à dire : Par simplicité je prends la meilleure place; par simplicité je vais me louer; par simplicité je veux ce qu'il y a de plus loin de moi sur la table. Eu vérité, c'est se jouer de tout, et tourner en raillerie ce qu'il y a de plus sérieux. »
douceur et une certaine confiance qui leur fasse plutôt croire qu'on les aime, el que ce n'est que pour les accompagner qu'on est avec elles. Cela fait qu'elles aiment cette veille plutôt qu'elles ne la craignent.
19. Pour les petites enfants, il faut encore plus que toutes les autres les accoutumer et nourrir1, s'il se peut, comme de petites colombes. Il leur faut dire peu de paroles quand elles ont fait une faute notable et qui mérite châtiment; mais, quand on est parfaitement assuré, il les faut châtier sans leur dire une seule parole, ni pourquoi on les châtie, qu'après l'avoir fait. Encore est-il bon de leur demander, avant que de leur rien dire, si elles ne savent pas pourquoi elles ont été châtiées; car d'ordinaire elles ne manquent pas de l'avoir reconnu. Ce châtiment, fait promptement et sans paroles, les empêche de faire des mensonges pour trouver des excuses sur leurs fautes, à quoi les petites enfants sont fort sujettes; et je trouve qu'elles se corrigent bien mieux de leurs défauts, parce qu'elles craignent d'être surprises.
'il). Je crois aussi que dans tous les défauts plus légers on les doit peu avertir; car insensiblement elles s'accoutument à toujours entendre parler. C'est pourquoi, de trois ou quatre fautes l'une, il ne faut pas faire semblant de les voir; mais, après les avoir considérées quelque temps, il faut les surprendre, et leur en faire faire satisfaction tout sur l'heure. Cela les corrige bien plus (pie beaucoup de paroles.
•VM. Quand il y en a de petites entièrement obstinées et libelles, il faut trois ou quatre fois les obliger aux mêmes petites satisfactions. Cela les dompte entièrement, quand elles voient qu'on ne se lasse pas. Mais, quand on le fait un jour et qu'on leur pardonne l'autre, ou qu'on tes néglige, cela ne fait aucune impression sur leur esprit, et il se trouve qu'il faut en venir à des moyens plus forts (jiic ceux que l'on aurait employés avec quelque sorte de continuation.