‹ L'Éducation à Port-RoyalChapitre 6 sur 59 · ORIGINE DES PETITES ÉCOLES · texte numérisé non relu

ORIGINE DES PETITES ÉCOLES

cilement ce que j'ai fait pour Dieu, que parce que M. Bignon m'avait donné deux mille francs pour les employer à ce que je voudrais, mais que j'avais résolu d'employer au bâtiment susdit, afin que les enfants eussent part à la charité de leur père. Car j'ai bien de la peine que ceux qui me choisissent pour être l'instrument de quelque bonne œuvre ne s'en ressentent pas les premiers. J'attendais néanmoins cela d'une telle sorte, que si les enfants se trouvaient indociles et peu susceptibles de la discipline dans laquelle je les voulais faire vivre dans cette maison, il fût en ma puissance de les renvoyer, sans que ceux de qui je les aurais pris, non pas même M. Bignon, m'en sussent mauvais gré.... Cette fonction d'instruire les enfants est de soi si pénible, que je n'ai presque jamais vu d'homme sage qui ne s'en soit plaint et lassé, pour le peu de temps qu'il y ait travaillé; et ceux qui ont été les plus religieux dans l'ordre de Saint-Benoît ont trouvé cette pénitence lo plus dure de toutes. Vous en pouvez lire l'exemple dans la vie de saint Arsène l, et, pour moi, j'ai toujours estimé cette occupation si fâcheuse 2, que je n'y ai jamais employé personne à qui Dieu n'ait fait ce don; ou, si je me suis trompé dans le choix que j'en ai fait, que je ne l'aie retiré aussitôt que j'ai reconnu qu'il ne l'avait point. Je croirais beaucoup faire, quand je ne les avancerais pas beaucoup pour le latin jusqu'à douze ans, de leur faire passer le premier âge dans l'enclos

pressé d'en venir à l'éxecution, exigea, comme un tribut qui était dû à leur amitié mutuelle, que le saint abbé se chargeât défaire élever chrétiennement Jérôme et Thierri Bignon, ses fils. Ce fut à leur occasion que les Petites Écoles furent commencées au dehors de Port-Royal, par .MM. Lancelot et de Saci, pendant que l'on devait au dedans du monastère Marie Bignon, leur sœur. » {Supplément au Nécrologe, p. 398.)

1. Arsène (350-445), gouverneur des enfants de Thcodose le Grand, dont il quitta la cour pour passer le reste de sa vie dans un désert d'Egypte.

■2. Il l'appelle « une tempête de l'esprit », à cause de la responsabilité religieuse.

d'une maison ou d'un monastère aux champs, en leur permettant tous les passe-temps de leur âge *, et ne leur faisant voir que l'exemple d'une bonne vie, de ceux qui seraient avec moi....

Extrait d'une lettre de M. de Saint-Cyran écrite du bois de Vincennes. (Supplément au Nècrologe, p. 4G.)

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De la charité de M. de Saint-Cyran envers les enfants.

...Il considérait que de ce premier âge dépendait toute la suite de la vie, et que, pourvu que la jeunesse fût bien élevée, on pourrait espérer que les charges seraient remplies de plus dignes officiers, et l'Eglise d'âmes plus vertueuses, et que la République 2 et les familles particulières en tireraient des avantages qui ne se peuvent exprimer. De sorte qu'on pouvait dire de cette bonne œuvre, qui est aujourd'hui si négligée et si abandonnée : Porro unum est necessarium, qu'elle est en un sens Y unique nécessaire, puisque, si on en était bien venu à bout, on remédierait à la plupart des autres désordres; au lieu que, manquant dans ce principe, c'est une suite nécessaire que tout le reste de la vie s'en ressente.

Aussi M. de Saint-Cyran disait que, quelque vertu

1. Cette sage préoccupation de ne pas surmener l'enfance inspirera à Rousseau sa théorie de Y éducation négative jusqu'à ce même âge de douze ans. « Vous êtes alarmé, dit-il, de voir l'enfant consumer ses premières années à ne rien faire? Comment! N'est-ce rien que d'être heureux? N'est-ce rien que de sauter, jouer, courir toute la journée? De sa vie il ne sera si occupé. » Saint- Cyran, qui lui permet tous les passe-temps du jeune âge, a bien soin de l'entourer de bons exemples.

2. C'est-à-dire l'État. Ce sens ressort très nettement de la. distinction que fait, au xvie siècle, Etienne Pasquier de « trois manières de républiques, la royale, la seigneuriale, la populaire » [Lettres, liv. XIX, lettre 7).

qu'eussent d'ailleurs les pères et les mères, ce seul point était capable de les damner, s'ils ne s'acquittaient pas de ce qu'ils doivent pour procurer à leurs enfants une bonne éducation l, qui est aujourd'hui plus rare et plus difficile à trouver qu'on ne pense. Il ne pouvait assez admirer l'aveuglement où sont la plupart des parents, qui ne voient pas que, quand il ne s'agirait point en cela de l'éternité, leur intérêt particulier les devrait porter à se bien acquitter de cette obligation, puisqu'il n'arrive que trop souvent que ceux qu'ils croient avoir mis au monde pour le soutien et l'honneur de leur famille en deviennent l'opprobre et la ruine, faute d'une bonne éducation. Il ne pouvait comprendre comment, lorsqu'il est question de mettre des enfants dans les charges, dans les emplois et dans le monde, on s'incommode comme s'il y allait du tout pour le tout, quoique souvent on ne leur procure par là que des moyens de se perdre; au lieu que, quand il faut les faire bien élever, pour la décharge de sa propre conscience et l'établissement solide de leur véritable bien, on n'en peut trouver les moyens, et on plaint jusqu'à la moindre dépense. Et certes on fait bien voir en cela qu'on ne peut être vrai chrétien, puisque non seulement c'est bâtir sa maison sur le sable mouvant que d'agir de la sorte, mais que c'est même se précipiter avec ceux qui la composent, et qui devraient la maintenir, dans le fleuve qui vient donner contre. Il déplorait le malheur de notre siècle, où le démon avait trouvé un moyen bien plus facile que n'avait fait autrefois ce Pharaon de l'Egypte, qui n'était que sa ligure, de perdre les enfants de l'Eglise; cette plaie étant d'autant plus effroyable qu'il se sert souvent de la négligence, ou de l'avarice, ou des autres pas-

1. On lit dans une lettre adressée par Saint-Cyran à une personne de qualité : « Comme ils courent au baptême, ils doivent courir à l'éducation, et tout ce que l'on fait pour les enfants sans cela attire la malédiction de Dieu sur le père et sur la mère, qui sont les anges gardiens visibles » {Lettres chrétiennes et spirituellea de Saint-Cyran, 1685, t. II, p. 32g;.

sions des parents pour les faire périr, au lieu que les Israélites ressentaient au moins leur malheur, et faisaient tout ce qu'ils pouvaient pour sauver leurs enfants de la fureur du tyran.

Il admirait le Fils de Dieu, qui, dans les plus hautes fonctions de son ministère, n'avait pas voulu qu'on empêchât les enfants d'approcher de lui; qui les embrassait et les bénissait; qui nous a recommandé si fort de ne les pas mépriser ou négliger, et qui a enfin parlé d'eux en des termes si avantageux et si étonnants qu'ils sont capables d'étourdir ceux qui en scandalisent les plus petits. Aussi M. de Saint-Cyran témoignait-il toujours aux enfants une bonté qui allait jusqu'à une espèce de respect, pour honorer en eux l'innocence et le Saint- Esprit qui y habite. Il les bénissait et leur faisait le signe de la croix sur le front, et, quand ils en étaient capables, il leur disait toujours quelque bonne parole, qui était comme une semence de quelque vérité qu'il jetait en passant et dans la vue de Dieu, afin qu'elle germât en son temps. Une fois qu'il nous vint voir, il entra dans la chambré des enfants, et, comme il avait toujours l'air gai et un cœur porté au bien, il leur dit en les caressant : « Hé bien, que faites-vous? car il ne faut pas perdre de temps, et ce que vous ne remplissez pas, le Diable le prend pour lui.... » Ils lui montrèrent leur Virgile, qu'ils étudiaient, et il leur dit : « Voyez-vous- tous ces beaux vers-là? Virgile, en les faisant, s'est damné, parce qu'il les a faits par vanité et pour la gloire. Mais vous, il faut que vous vous sauviez en les apprenant, parce que vous le devez faire par obéissance et pour vous rendre capables de servir Dieu. »

Un petit garçon dont il s'était chargé pendant sa prison et à qui il continua de faire charité depuis, étant venu à se dérégler, cela lui causa tant de douleur qu'il me dit que toutes les peines de sa prison ne lui avaient rien été auprès de cette affliction. Depuis sa liberté il voulut qu'il l'allât voir tous les jours, et, dans quelque occupation qu'il fût, il le recevait et quittait tout, même

son grand ouvrage, pour lui dire quelque bonne parole ou pour tâcher de le ramener à Dieu. Cependant il n'a pas réussi; et ce serait une histoire l digne d'être écrite au long, pour faire voir combien les jugements de Dieu sont impénétrables, et comme les prières des saints ne suffisent pas pour empêcher la perte de ceux que Dieu a abandonnés. Ce petit garçon ayant commencé par dérober à M. Singlin 2 une vieille calotte, qu'il vendit deux liards pour avoir de quoi jouer, et prenant ensuite tout ce qu'il pouvait friponner, il s'avança tellement à grands pas dans le précipice, qu'il prit jusqu'à des cuillers d'argent, tomba dans toutes sortes de désordres, et devint ensuite un déterminé, comme sa mère me le dit une fois elle-même....

M. de Saint-Cyran estimait tellement la charité de ceux qui s'employaient à élever chrétiennement des enfants, qu'il disait qu'il n'y a point d'occupation plus digne d'un chrétien dans l'Eglise ; qu'après la charité dont il est dit : majorem hac dilectionem nemo habet 3 (saint Jean, XV, 13), qui nous met dans la disposition de mourir pour nos frères, celle-ci était la plus grande ; que c'était le moyen abrégé pour retracer dans son esprit et pour expier les manquements de sa jeunesse; qu'à la mort une des plus grandes consolations que nous pouvions avoir était si nous avions contribué à la bonne éduca-

1. « Car rien, dit Lancelot, qui avait été chargé par Saint- Cyran de l'éducation de cet enfant et se partageait le travail avec M. de Saci, ne montre plus évidemment que l'on ne fait pas tout le bien que l'on s'imagine, lorsqu'on se charge de quelque enfant, si on ne s'y applique sérieusement, et si on n'en prend tout le soin qui serait nécessaire. On fait alors comme une nourrice qui se contenterait de donner sa mamelle à son nourrisson à certaines heures, et qui, le reste du temps, l'abandonnerait à tout ce qui lui pourrait arriver. Ce pauvre enfant donc, n'étant pas assez veillé, se dérégla. » (Mém. de Saint-Cyran, t. I, p. 133.)

■2. Singlin, confesseur des religieuses de Port-Royal pendant vingt-six ans. puis supérieur des deux maisons des champs et du faubourg Saint-Jacques pendant huit ans, mort en 1664.

:;. a Personne n'a un plus grand amour que celui de donner sa vie pour ses amis. »

tion de quelque enfant; et qu'enfin cet emploi suffit seul pour sanctifier une âme, pourvu qu'on s'en acquitte avec charité et patience. Il disait que nous devions être non seulement les anges, mais en quelque façon les dieux des enfants qui nous étaient commis, parce que notre soin principal devait être de les appliquer toujours au bien avec douceur et charité, comme il faut que Dieu nous y applique et nous le fasse faire. Il réduisait ordinairement ce qu'il fallait faire auprès des enfants à ces trois choses : parler peu, beaucoup tolérer, et prier encore davantage.

Il voulait qu'on les supportât beaucoup dans leurs fautes et dans leurs faiblesses, afin d'engager par là Dieu à nous faire miséricorde dans les nôtres, et peutêtre ensuite à fortifier ces jeunes plantes quand ils sauraient quelle patience nous aurions exercée à leur égard. Il ajoutait qu'on devait encore avoir plus de charité et de compassion pour ceux qu'on voyait plus imparfaits et plus tardifs.... Une pouvait souffrir qu'on eût envers eux un air trop sévère et une conduite trop impérieuse, qui tînt quelque chose du mépris, ou qui fut capable de leur abattre l'esprit et de les rendre pusillanimes l, ce qui nous est expressément défendu par le Prince des Apôtres.

Au contraire, il voulait qu'on leur témoignât une honnête familiarité, qui allât à les gagner par une douceur réglée et un amour véritablement paternel ; qui nous portât à user de beaucoup de condescendance envers eux, puisque, s'ils n'avaient confiance en nous et ne reconnaissaient pas que nous eussions de la bonté pour eux, il était impossible de rien faire 2. D'où vient que, dans sa

1. La recommandation est excellente; mais comment se concilie-t-elle avec le précepte d'anéantir la volonté propre? La mère Agnès écrit, le 30 avril 1652, à Mlle Perdreau : « Lisez, dans Y Amour de Dieu du bienheureux évêque de Genève, ce qu'il dit du trépas de la volonté ».

2. « Les conduisant avec vigilance et douceur, dit Saint-Cyran dans une lettre à une personne de qualité, et quelquefois même

prison, il se rabaissait souvent jusqu'à jouer, avec des enfants de sept ou huit ans, à la balle sur une table. 11 ne voulait pas qu'on se portât aisément à les châtier de verges, si ce n'est clans les grandes fautes, et encore après avoir usé de toutes les corrections par degrés. Car il voulait qu'on souffrît d'abord leurs fautes, afin de s'éprouver soi-même devant Dieu et ne rien faire par promptitude, et aussi afin de prier Dieu pour eux avant que do les reprendre; ensuite il voulait qu'on les avertît seulement par quelques signes, puis par des paroles, et après qu'on usât de quelques réprimandes, qu'on employât les menaces, qu'on les privât pour un temps de quelque chose qui leur fût cher, ou de quelque divertissement, même de leur goûter, ou d'une partie de leur déjeuner, et enfin qu'on n'en vînt au châtiment des verges qu'à l'extrémité et dans les fautes considérables, surtout dans ceux que l'on voyait capables d'être gagnés par douceur et par raison. Il voulait pourtant qu'on usât de ce châtiment envers ceux qui étaient naturellement légers ou emportés, qui étaient sujets à mentir et à s'éclater de rire dans les occasions les plus sérieuses l. Enfin il ne voulait point, non plus que saint Benoît, qu'on leur pardonnât les fautes qu'ils commettaient à l'église.

les priant au lieu de leur commander, et s'accommodant un peu à leur humeur pour un temps, afin de les rendre capables de n'avoir plus besoin à l'avenir de cette condescendance.... Il faut seulement prendre garde d'user de cette condescendance avec beaucoup de circonspection et de détachement..., se souvenant toujours qu'il n'en faut pas demeurer là, et que, si on est contraint de s'abaisser avec eux, ce n'est que pour les pouvoir élever avec soi et les retirer peu à peu de leur bassesse, et non pour contenter ses propres inclinations en suivant les leurs, et s'entretenir avec eux dans la complaisance molle de la nature. » [Lettres chrétiennes et spirituelles, 1685, t. Il, p. 32(1.)

1. M. Varin fait cette remarque malicieuse : « Saint-Cyran ne

fouettait les enfants que pour de grandes fautes, mais il mettait

au nombre des grandes fautes les éclats de rire » [La vérité sur

les Arnauld, t. II, p. 185). Le critique n'aurait pas dû omettre

mois importants : « dans les occasions les plus sérieuses ».

Mais il disait qu'user des châtiments sans avoir beaucoup prié auparavant, c'était agir en juif, et ne savoir pas que tout dépendait de la bénédiction de Dieu, et de sa grâce, qu'il fallait tâcher d'attirer sur eux par notre patience à les souffrir. Il ajoutait que, quelquefois même, nous devions nous punir et nous châtier pour eux, tant parce que nous devions toujours craindre d'avoir part à leurs fautes ou par notre promptitude, ou par notre négligence, que parce que ce devoir était une obligation générale à tous ceux qui se voient chargés de la conduite des autres1. Il disait qu'il fallait opposer une veille continuelle à celle du démon, qui cherche toujours une entrée dans ces petites âmes. Il recommandait aussi de soutenir par ses prières celles des enfants dont on avait soin, suppléant ainsi à l'attention qu'on ne pouvait espérer d'eux.

Il avait soin d'avertir que, pour bien conduire les enfants, il fallait plus prier que crier 2, et plus parler d'eux à Dieu que leur parler de Dieu; car il n'aimait pas qu'on leur tînt de grands discours de piété, ni qu'on les lassât d'instructions. Il voulait qu'on ne leur parlât presque que dans les rencontres et les occasions que Dieu faisait naître, selon le mouvement qu'il nous donnait, et les dispositions qu'il nous faisait remarquer en eux à le bien recevoir, parce que les mouvements de donner dépendent de Dieu aussi bien que les dons, et. que ce

1. Très sage précepte, dans lequel il ne faut pas supposer un raffinement de spiritualité. C'est une très judicieuse et très exacte appréciation de la responsabilité qui remonte souvent au maître dans les fautes de ses élèves. Leur inattention, par exemple, ne s'explique-t-elle pas bien des fois par des faits qui ne leur sont pas le moins du monde personnels? La leçon non préparée n'est pas intéressante; elle est trop longue, elle n'est pas assez à leur portée, etc.

2. Rapprochement de mots fort piquant. Que de jeunes maîtres, dans l'ardeur inconsidérée de leurs débuts, auraient profit à le méditer! Ce n'est pas seulement l'hygiène qui le recommande pour le sage ménagement des forces; c'est surtout la pédagogie, qui enseigne que l'autorité du maître n'a pas de plus sûr fondement que le calme et l'empire sur soi-même.

que nous leur disions de la sorte faisait un tout autre effet que ce que nous pourrions dire de nous-mêmes.

Enfin il croyait que le principal de la bonne éducation des enfants était le bon exemple qu'on leur pouvait donner \ et le règlement entier 2 de la maison où ils étaient élevés. « Souvenez-vous, disait autrefois un Père de l'Eglise parlant de l'éducation d'une petite lille, vous qui avez mis au monde une vierge, de l'instruire plus par des exemples que par des paroles.... Il faut qu'elle n'entende autre chose que ce qui a rapport à la orainte de Dieu. Eloignez d'elle cette liberté criminelle que se donnent les enfants; que les filles et les domestiques qui l'accompagnent ne fréquentent point le monde, de peur qu'elles n'apprennent à leurs élèves encore plus de mal qu'elles n'en auraient appris. » Et c'est ce que M. de Saint-Cyran recommandait qu'on fît, aussi bien pour les petits garçons que pour les petites filles, voulant aussi qu'on eût grand soin de retrancher les commerces et les occasions du dehors où ils eussent pu recevoir quelque impression peu avantageuse; et il avait coutume de dire que la communication avec le monde communiquait un air contagieux, qui ne faisait pas moins de tort aux âmes que la peste en fait aux corps. 11 ne voulait pas non plus qu'on leur laissât de l'argent. Et, un jour, qu'il envoyait des confitures à une petite fille, il donnait cet avertissement à une personne qui avait soin de quelques enfants: Ne les accoutumez point aux douceurs de la terre, qui font perdre le goût de celles de Dieu.

Il ne pouvait souffrir qu'on fit le capital, dans l'éducation des enfants, des sciences et de l'étude, comme on

1. On sent que Saint-Cyran entend ici par bon exemple surtout l;i pratique de la religion, mais il est facile de donner ace conseil une interprétation plus large et plus générale. La pédagogie n'a p ts île plus important précepte. Les maîtres de Port-Itoyal, Saintes ran à leur tétc, avaient le droit de placer au premier rang des maximes celle qu'ils ont si bien pratiquée : Vexemple.

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