L'HONORABLE M. FLYNN
PÉEMIKR MIMSTRK
Prononcé à l'Assemblée Législative le 1 janvier 1897.
M. l'Orateur,
Il peut paraître étrange qu'une législation aussi importante n'arrive qu'à la veille de la prorogation. Je ferai remarquer cependant que ces résolutions sont inscrites sur les ordres du jour depuis le 23 décembre dernier et qu'elles ont alors été distribuées aux honorables membres de cette chambre. Puis cette mesure a été annoncée dans le discours du trône, et j'en avais même donné une idée
générale dans les discours que j'ai eu l'honneur de prononcer à différents endroits de cette province. Elle a été discutée aussi d'une façon incidente aucours du débat sur l'adresse, et, plus dernièrement, dans le discours du budget, mon honorable collègue le trésorier y a fait allusion. Si la discussion de ce projet de loi n'a pas été demandée plus tôt, c'est parce que, en qualité de chef du gouvernement, ayant été chargé de plusieurs mesures importantes, j'ai dû les proposer chacune à leur tour et ensuite donner à mes honorables collègues le temps de présenter les leurs.
Mais si cette mesure vient tard, monsieur l'Orateur, employant le langage dont se servent quelquefois les anglais, je puis dire en ceci : the last but not the ledst. (Applaudissements.) Non, ce n'est pas la moindre. De toutes les mesures que le gouvernement a présentées durant cette session, je le dis en toute sincérité, c'est à celle-ci que je tiens le plus ; je la considère comme la première question, comme la plus importante question qui soit sous la juridiction des provinces. L'éducation, M. l'Orateur, est-il un plus grand bienfait pour l'homme, et pour un pays. Aussi, ce n'est pas ^aiis raison
que nous l'avons inscrite en tête de notre drapeau, et, je le déclare sans hésiter, c'est de tout notre programme la partie la plus chère au cœur du gouvernement. (Applaudissements.)
Principe de la loi
L'on pourra peut-être dire que cette mesure n'est pas la plus parfaite. Ce n'est pas notre prétention, aucune oeuvre humaine n'est parfaite ; mais, telle qu'elle est, elle renferme une idée, elle contient un principe auquel nous tenons plus qu'à tout autre chose : l'encouragement à donner à l'éducation dans notre province. Quelle est la teneur générale de ces résolutions? En deux mots, voici : Nous proposons de distraire de l'immense domaine de la Province, une étendue d'un milion cinq cent mille acres que nous consacrons à la création d'un fonds capital qui, à 4% d'intérêt, devra rapporter $60,000 par année. Et (J'ici à ce que ce fonds produise S60,000 de revenu annuel nous demandons pour le trésorier l'autorisation de payer une somme annuelle de S50,000 destinée à encourager l'éducation. Aussitôt que cette réserve produira la somme
voulue, l'obligation du trésorier cessera, mais il devra combler le déficit chaque fois que le dit fonds ne rapportera pas $60,000, et il lui sera permis de se rembourser à même le revenu du dit fonds chaque fois que ce revenu dépassera la somme de $60,000.
Ressource»* insuffisantes
J'aborderai dans un instant le sujet principal de ces résolutions, celui de l'encouragement à l'éducation. Pour le moment j'exprime l'espoir que la chambre, sans distinction de partis, ne verra pas d'un mauvais œil notre projet de distraire du domaine de la Couronne une certaine étendue de terre dans le but de venir eu aide à l'éducation.
Par la décision récente qui fixe les limites de la frontière nord de la province de Québec, le domaine de la Couronne couvre aujourd'hui une étendue de 200 millions d'acres de terres. Je ctois qu'il n'est que raisonnable de prendre à même cet immense domaine une certaine étendue dont les revenus devront servir à développer le p'iu'j riche capital que nous ayons, l'intelligence du peuple de cette province. (Applaudissements.) Nous ne pouvons pas
faire de notre territoire un usage'pUis utile et plus fructueux que celui-là.
Jusqu'à présent, M. l'Orateur, les ressources que nous avons consacrées à aider l'éducation ont été limitées, et elles le sont encore. Tout le monde admet cela, mais un état des sommes payées jusqu'à aujourd'hui le démontrera davantage.
En 189G, nous avons payé pour encouragement à l'éducation 8392,700. Dans le budget de 1897-98, nous avons démandé $394,760; à cela, il faut ajouter S25.000 que mon honorable collègue le commissaire de l'agriculture demande pour les écoles d'agriculture, ce qui fait un total de $419,700. C'est une amélioration, mais ce n'est pas encore assez pour atteindre le but que nous nous proposons. Et voilà pourquoi nous venons vous demander d'ajouter $50,000, ce 'qui portera à S409.700, le budget général de l'éducation en ce qui concerne le gouvernement.
M. l'Orateur, la position se trouvera améliorée considérablement. Laissez moi vous dire cependant que si j'éprouve un regret, c'est de ne pas pouvoir faire encore plus pour cotte cause sacrée de l'éducation (Écoutez ! Écoutez !
— io —
Oui, M. l'Orateur, j'aurais désiré pouvoir demander à cette chambre, non pas $50,000 mais $100,000 pour l'éducation. Mais j'espère que le jour viendra, et que ce jour n'est pas loin, où le gouvernement sera en position de demander cette somme additionnelle de S50,000 pour aider davantage à la diffusion de l'éducation, —ou plutôt $40,000, car lorsque le fonds des terres rapportera $60,000 il ne nous restera plus que $40,000 à nous procurer pour porter au total de $100,000 la somme i[^^G j'aurais désiré demander immédiatement. ^Applaudissemeiits.) El quand nous aurons ces $100,000 à notre disposition, nous trouverons bien le moyen de les employer utilement.
A quoi l'argent sera employé
Maintenant, à quelles fins emploierons-nous la somme que nous demandons ? La troisième lésolnlion l'indique clairement :
« Le revenu du dit fonds sera employé, sous la direction du lieutenant-gouverneur en conseil, par le surintendant de l'instruction publique, à « développer l'instruction élémentaire, « dans les municipalités pauvres, aider les « écoles dont sont appelées à bénéficier les
« classes ouvrières dans les cités et les villes, «à améliorer la condition des instituteurs « des écoles élémentaires et des écoles modèles, « fournir gratuitement des livres de classe, et « généralement, à répandre, d'une manière plus « efficace l'instruction élémentaire dans toute « la province, le tout dans la mesure qu'il « plaira au lieutenant-gouverneur en conseil « d'ordonner, et conformément aux règlements « qu'il pourra juger à propos de faire. »
.Te toucherai tour à tour ces différents sujets, afin d'indiquer, si non dans ses détails, au moins dans ses grandes lignes quelle sera la politique du gouvernement sur cette question.
Au premier rang de ceux qui devront être encouragés, nous plaçons les instituteurs, et les institutrices. Et c'est aussi la première question qui se présente dans la discussion de ces résolutions. Car si les instituteurs et les institutrices sont suffisamment payés, s'ils n'ont pas besoin d'être encouragés, cette loi n'a pas sa raison d'être. Pour ma part, je crois que poser cette question c'est la résoudre. Tout le monde admet que nos instituteurs et nos institutrices ne sont pas suffisamment rémunérés. Jl n'y a qu'à jeter un coup d'œil sur les rap-
ports du surintendant de l'instruction publique pour se convaincre que le personnel laïque enseignant ne reçoit pas une rémunération en rapport avec l'importance de ses fonctions. Je vais donner quelques statistiques pour appuyer mon argument, mais en les donnant je fais la distinction entre les écoles catholiques et les écoles protestantes ; et parmi les écoles catholiques je fais aussi la distinction entre les écoles élémentaires et les écoles modèles.
Pour les écoles élémentaires, la moyenne des salaires des instituteurs est de $213.00 et la moyenne des salaires des institutrices est de $104. Pour les écoles modèles, la moyenne des salaires des instituteurs est de $491.00 et la moyenne des salaires des institutrices, est de $130.
Voyons maintenant les salaires payés aux instituteurs protestants. Dans les écoles élémentaires protestantes, les instituteurs sont payés en moyenne $000.00 et les institutrices $182.00. Dans les écoles modèles protestantes les instituteurs sont payés $835.00 et les institutrices $302.00.
Comme on le voit la différei^ce entre les salaires payés aux instituteurs et institutrices catho-
ligues et les salaires payés aux institutrices et instituteurs protestants est considérable.
Prise dans son ensemble, sans distinction de croyance, la moyenne des salaires payés aux instituteurs dans la province de Québec, est de $149.70. Je constate avec plaisir que cette moyenne tend à augmenter. Elle n'était auparavant que de $142.70, soit une augmentation de $5. Ce n'est pas grand chose si vous voulez, mais c'est un commencement dans la bonne voie, et je souhaite que l'exemple donné par la province ait pour résultat d'encourager les municipalités à rivaliser avec nous. (Ecoutez ! Ecoutez !
Dans Ontario, les instituteurs sont plus favorisés. La moyenne des salaires payés aux instituteurs dans les écoles modèles est de $421 et aux institutrices de S300. La différence est encore considérable, comme vous le voyez.
J'ai pensé que l'on serait peut-être curieux de savoir quel est le nombre des instituteurs dens la province de Québec, etj'ai fait recueillir des statistiques à cette fin. Il y a dans la province de Québec 5,504 instituteurs et institutrices laïques brevetés, et G04 non brevetés soit un total de G, 190 personnes qui enseignent
dans nos écoles modèles et élémentaires. Ajoutez à cela 325 instituteurs laïques dans les collèges, etc., 3,465 professeurs religieux, enseignant dans les collèges et les couvents, et vous arrivez à un grand total de 9,980 personnes qui représentent notre corps enseignant dans la province.
Comment encourager les instituteurs
II s'agit maintenant de savoir par quel moyen le gouvernement viendra en aide aux instituteurs et aux institutrices.
Voici ce qui nous a été proposé par le surintendant de l'Instruction publique et MM. les inspecteurs :
« Afin de stimuler le zèle des membres laïques du corps enseignant, une gratification pourrait être offerte à ceux qui seraient reconnus comme ayant rempli leurs devoirs avec le plus d'intelligence et de zèle.
«Disons que le montant qui serait affecté à ces gratifications représenterait $2.50 par école sous le contrôle des commissaires et des syndics catholiques et protestants, ce qui donnerait une somme d'environ $14,000 pour toutes les écoles de la Province.
«Cette somme pourrait être repartie comme suit:
1° Cinq pour cent (1 sur 20) des instituteurs ou institutrices les mieux notés recevraient une gratification de $30 ;
2" Cinq pour cent (1 sur 20) des instituteurs ou institutrices venant ensuite auraient une gratification de $20.
«Ces gratifications seraient accordées aux maîtres et aux maîtresses diplômés qui auraient enseigné tontes les matières du programme d'études approuvé, qui se seraient conformés fidèlement aux règlements des comités du Conseil de l'Instruction Publique et qui auraient obtenu les meilleurs résultats, et ce, sans tenir compte du degré de l'école ni de la classe du diplôme du titulaire.
«Exemple : Disons qu'un inspecteur ait 165 écoles sous son contrôle, ce qui donnerait, à $2.50 par école, une somme de $412.50 à distribuer aux instituteurs et aux institutrices de son district d'inspection. Comme il y a huit fois vingt écoles, il donnera d'abord des gratifications de $30 aux huit instituteurs ou institutrices les plus méritants, soit $240, et des gratifications de $20 aux huit instituteurs ou
institutrices qui, après ceux-là, auront le mieux rempli leurs devoirs, soit $160.
n Ces seize gratifications représentent, en conséquence, une somme de 400 piastres. Les $12.50 restant sur la somme de S412.50 produite par les 82.50 par école attribuées à ces gratifications, pourraient être alors ajoutées à la gratification de l'instituteur ou de l'institutrice le plus méritant de tout le distiict d'inpection.
Ainsi, un inslituteur ou une instulrice diplômé sur dix se trouverait récompensé de son zèle pour l'enseignement. "
Voilà le moyeu qui nous a été proposé comme le meilleur pour provoquer l'émulation et arriver le plus rapidement à la perfection si désirable dans l'enseignement. En accordant une gratification à tout le monde on s'exposerait à encourager ceux qui ne le méritent pas, ce qui serait une injustice envers ceux qui le méritent. Dans tous les cas, une chose est bien certaine, c'e.sl q..'une somme de $14,000 piastres sera consacrée à venir en aide aux instituteurs et surtout aux institutrices. Je dis aux institutrices, car la presque totalité de notre corps enseignant se compose d'iustitu-
trices. Los inslitutrices catholiques sont au nombre de 4,130 et les instulrices protestantes, de 1,032. De sorte que l'opposition ne pourra pas nous accuser de faire de la corruption et de vouloir acheter des votes en proposant d'accorder ce bonus. Il n'y a guère d'instituteurs dans notre province- Cela parait étrange, mais l'explication est facile : le salaire qu'on leur paie ne leur permet pas de s'établir à moins de faire vœu perpétuel de célibat. Un instituteur dans la province de Québec ne peut, avec le salaire qui lui est payé, figurer suivant sa position dans le monde. Nous viendrons surtout en aide au.\ femmes et aux jeunes filles qui se consacrent à la cause si noble de l'éducation. Nous viendrons en aide k la partie la plus intéressante de notre population, et comme cette chambre se compose de membres qui sont tous galants, j'ai la confiance que notre projet sera accepté avec faveur et même avec enthousiasme. (Applaudissements.)
Ce point établit clairement le premier objet du gouvernement en proposant cette loi : venir en aide à l'éducation et à ceux qui se livrent à l'enseignement.
Aide aux mnuicipalités pauvres
Deuxièmement, nous proposons de venir en aide au municipalités pauvres. Dix raille piastres sont déjà affectées à cette fin. Le surintendant de l'instruction Publique, dans son rapport, se plaint que cette somme est insuffisante et il demande qu'elle soit doublée. Je crois qu'il a raison et que cette somme devrait êti-e doublée, et même triplée, si la chose était possible, actuellement. De tout temps, Ton n'a cessé de représenter aux diverses administrations dont j'ai été membre la nécessité de venir en aide aux municipalités pauvres en ce qui concerne l'éducation, et je crois que cette demande est juste et de nature à favoriser le résultat que nous désirons obtenir. Dix mille piastres seront donc probablement ajoutées au montant déjà consacré pour venir en aide à ces municipalités.
Il restera nue balance de 24,000 sur les S50.- 000 ou $60,000 devant provenir du fonds des terres affectées aux écoles. L'intention est d'appliquer cet argent à encourager l'éducation parmi la classe ouvrière. Nous avons déjà des écoles du soir qui sont établies en différents endroits de la province. Celte année, nous
avons augmenté l'aide à ces écoles. Une somme de $2,500 par année pour cinq ans a été accordée à l'école.installée au Monument National à Montréal pour lui permettre de donner des cours spéciaux et plus complets sur toutes les braiiches techniques qui peuvent développer les connaissances ouvrières. Il y a encore quelque chose à faire dans ce sens et nous verrons à ce que rien ne soit négligé sous ce rapport.
Les livres de classe
Ensuite vient la question des livres de classe. Celte question est très intéressante et on la discute depuis assez longtemps dans la province. Il y a beaucoup d'endroits pauvres où l'achat des livres de classe, surtout pour les familles nombreuses qui sont la grande majorité partout, est une dépense trop lourde pour le mince budget des parents. Il faudra trouver le moyen de fournir les livres dans ces municipalités ou encore d'en procurer l'usage aux enfants fréquentant ces écoles. Ce sera notre politique. On a demandé que cela s'applique à toute la province. Notre budget [ne nous le permet pas. Dans ce cas ce n'est pas 50,000
piastres, ce n'est pas 100,000 piastres, qui sufiBraient. II faudrait un crédit beaucoup plus considérable que celui que nous pouvons demander. A cette question se rattache celle de l'uniformité des livres. Il n'y a pas de doute que la diversité des livres, en pratique, nécessite souvent des dépenses additionelles assez considérables, mais la tendance actuelle est de simplifier l'enseignement et nous croyons que l'action du surintendant, sur ce sujet, suffira à l'application du système le plus propre à rencontrer les besoins généraux de l'enseignement et les vues de notre population. Notre but n'est pas d'enlever des privilèges qui existent déjà et dont l'exercice a toujours été entourée de la plus grande prudence et de la plus grande sagesse. Nous ferons sous ce rapport ce que l'intérêt du public et l'intérêt de la cause que nous voulons servir exigent, nous travaillerons à concilier autant que possible ces deux intérêts afin d'assurer davantage le résultat que nous cherchons à obtenir.
Le professeur est tout
M. l'Orateur, notre but étant défini, et les moyens que nous nous proposons de prendre
pour y arriver étant indiqués, il me sera bien permis d'ajouter quelques mots sur l'éducation en général dans notre province. Et, d'abord, j'appuie surtout sur la position des instituteurs et des institutrices parce que je suis convaincu que le premier objet de nos efïorls doit être d'assurer d'excellents maitres à nos enfants. J'attache la plus grande importance à ce sujet Le professeur est tout dans l'école. On peut dire : tel professeur, tel élève. Si vous n'avez pas un bon professeur, un professeur dévoué, aimant sa profession, en comprenant lu responsabilité et les résultats, vous n'aurez que des élèves médiocres. Même avec des élèves de talent, si le professeur ne posède pas toutes les qualités voulues, le résultat sera maigre. Les élèves pourront peut-être avoir un succès momentané, mais, sortis de l'école, règle générale, ils ne réussiront pas d'une façon permanente. Au contraire, un professeur peut changer la nature la plus ingrate en un homme utile pour la société. Il en est de la nature intelligente comme de la nature matérielle : de même que celle-ci se transforme sous l'action du travail de l'homme, de ^lôme aussi la nature intelligente peut être changée et transformée sou5
l'action du professeur (Appls.) M. l'Orateur, les paroles que je vais citer sont bien connues et elles sont vraies: «Dieu est l'ouvrier le plus puissant, le plus habile, le plus nécessaire de l'éducation ». Je souscris à ces paroles dans toute la sincérité de mon cœur, mais c'est avec la même sincérité que je dis : «Après Dieu, le professeur est l'ouvrier le plus puissant, le plus habile et le plus nécessaire à l'éducation » (Appls. répétés). Sans de bons professeurs, nous ne pouvons pas réussir.
Je tiens donc avant tout à la compétence des professeurs. Et j'exprime de nouveau mon regret de ne pouvoir faire davantage pour nos instituteurs et nos institutrices ! Mais, ici, M. l'Orateur, ii me sera bien permis de faire un pas de plus dans l'énoncé de la politique du gouvernement et de dire que dans un avenir aussi rapproché que possible nous espérons pouvoir compléter ce que nous commençons aujourd'hui. Aussitôt que nos ressources financières nous le permettront, nous désirons aider encore davantage à l'éducation afin que la province de Québec que nous aimons tant n'ait rien à envier aux provinces qui l'environnent et même aux autres pays.
C'est notre désir le plus ardent, parce qiid nous considérons cette question comme la première et la plus importante pour le bonheur de notre population. (Applaudissements.)
Un mot sur l'enseignement technique. Nous avons déjà encouragé cet enseignement en donnant §2,500 par année pour cinq ans pour les cours du Monument National, ce qui porte à S12,500 notre subvention à cette école, S3,0U0 par année au Conseil des Arts et Manufactures, et 25,000 piastres celte année pour les écoles d'agriculture. On nous demande aussi de venir en aide à l'école polytechnique de Montréal et l'on nous dit que celte école ne peut occuper plus longtemps la bâtisse qui lui sert actuellement de local. Nous répondons aux besoins les plus urgents, mais nous-comprenons la responsabilité qui nous incombe dans des cas comme celui-là et nous verrons ce qu'il y a à faire à ce sujet pour le plus grand bien général.
Maintenant, M. l'orateur, comment cet argent sera-l-il distribué ? Je l'éponds sans hésiter que nous repartirons cet argent équitablement. Nous n'oublions pas qu'il y a ici une population catholique et une population pro-
testante, et nous croyons qu'elles peuvent se fier au gouvernement de cette province. (Ecoutez! Ecoutez !) Justice sera acccordée à chacune d'elles (Applaudissements).
Je m'attends à une objection et je vais au devant de celte queslion. Répondez-vous, nous dira-t-ou peut-être, répondez-vous à l'attente du public, par cette loi ? N'y a-t-il pas d'autres réformes à faire et ne parcourez-vous pas des sentiers déjà battus ? Eh bien, il est aussi bon que nous nous enteudions tout de suite sur ce sujet.
Le système actuel est bon
Devons nous, M. l'Orateur, toucher au système ou au principe même de notre éducation ? Nous ne le croyons pas, nous croyons au contraire que ce principe est bon. Notre mission n'est pas de briser et de détruire, notre mission est d'édifier (Appls.) Mais, acceptant ce système comme bon en lui-même, nous voulons l'aider, nous voulons le développer, nous voulons le favoriser, nous voulons l'encourager, nous voulons lui donner les moyens de se perfectionner (Appls. répétés.) Voilà notre but véritable. Dans notre marche vers ce but, M. l'Ora-
teur, nous rencontrons trois opinions. L'une dit que tout est bien, que tout est bon et qu'il n'y a rien à faire ; l'autre répond que tout est mal et qu'il n'y a de remède possible que dans l'abolition du système actuel. Entre ces deux opinions diamétralement opposées se place la troisième, qui accepte le fait accompli mais qui reconnait en même temps la nécessité de suppléer à ce qui manque et qui demande un plus grand développement, une plus grande perfection. Nous acceptons cette dernière comme plus près de la vérité. M. l'Orateur, loin de moi la pensée de vouloir loucher à des questions brûlantes qui font le sujet de contreverses ici et à l'étraugei- et qui causent un tort incalculable à l'avenir du pays; mais je sens qu'il est de mon devoir de dire que sur ce sol si fécond pour le bien de la province de Québec, il n'y a pas de place pour l'école sans Dieu (Appls. répétés). Notre peuple ne voudrait pas de l'école sans enseignement religieu.x. Et quand je dis notrepeuple, je parle au nom de toute la province, sans distinction de races ou de croyances, car je sais que, dans la province (^e Québec, catholi(jues et protestant§ s'enlendeiU parfaitemeut sur ce point j
tous admettent la nécessité de l'enseignement religieux dans l'école. (Ecoutez! Ecoutez!) Cela n'est que juste, d'ailleurs. Le principe contraire est inadmissible, non seulement au point de vue des catholiques, mais aussi au point de vue des protestants, car le christianisme qui est le fondement de nos lois et de nos institutions en général, est reconnu par tons. Qu'est-ce que Téducation ? C'est le développement, le perfectionnement des facultés de la nature humaine. .Or la nature humaine est tout harmonie, et pour que l'éducalion soit complète et frnctneuse, il faut nécessairement qu'elle réponde aux grandes règles qui composent cette harmonie. L'éducation de l'homme doit donc être intellectuelle, morale et physique : intellectuelle pour ouvrir son intelligence, morale pour parler à son âme et physique pour répondre aux besoins de son corps en développant ses forces et en suivant généralement tout ce qui se rattache aux lois de l'hygiène (Appls. répétés). Voilà quelle doit être l'éducation de l'homme pour développer chez lui les facultés que la Providence lui a données. Ce n'est qu'en prenant ces principes pour base de l'enseignement que l'on peut espérer
atteindre le résultat que tout législateur doit avoir en vue, c'est-à-dire faire de bons citoyens, utiles à leurs semblables et utiles à leur pays. Mais nous ne pouvons pas arriver à ce résultat seuls. Un illustre légiste a dit : « l'Etat assiste la famille et ne la supplante pas. » Nous prenons ce principe pour guide et nous continuerons de le faire connaître, aimer et respecter dans cette province comme il l'a été dans le passé.
Mes paroles feront sans doute le sujet d'un débat dans la presse, et elles donneront probablement lieu de revenir sur des discussions déjà commencées depuis quelque temps.
Eh bien, M. l'Orateur, sans vouloir faire allusion à ce qui a élé dit dans le public à ce sujet, je prendrai la permission de dire que, généralement, quand on traite ces questions, on ne se soucie pas assez de rendre justice à ceux qui sont chargés de diriger l'éducation dans notre province. Et comme en définitive on jette la responsabilité de tout ce qui arrive sur le gouvernement, je profiterai de cette occasion pour en dire un mot. Il y a là un défaut qui provient, je crois, de ce que l'on envisage ces questions avec trop de parti pris. Ce n'est pas
le moyen de rendre justice à qui justice est due. L'on ne regarde qu'un seul côté de la médaille, l'on ne cherche que les points faibles, et quand on les a trouvés on s'empresse de le crier bien haut. Ce n'est pas ainsi que je comprends le devoir d'un canadien, d'un patriolo, et, pour descendre dans une arène encore plus retrécie, je dirai que je ne comprends pas ainsi le devoir d'un citoyen. C'est là l'œuvre d'un homme toujours disposé avoir tout en noir. Jugées à ce point de vue, M. l'Orateur, bien peu de choses trouveraient grâce devant la critique. J'aime mieux me laisser guider par la bonne foi, j'aime mieux voir les deux côtés de la médaille. Si vous êtes animés de ces dispositions, je le dis sans crainte : étudiez notre système d'éducation tel qu'il existe et, à côté de quelques défauts, vous y trouverez d'immenses avantages et de nombreux bienfaits dont la population de notre province recueille déjà les fruits (Appl.) Oui, M. l'Orateur, notre système d'éducation a produit infiniment de bien.
Les statistiques que l'on a citées pour établir le contraire ou au moins pour diminuer les résultats obtenus, ne nous rendent pas justice.
En Piipposant que les chifiFres donnés soient exacts, je dis encore qu'elles ne nous rendent pas justice parce qu'elles ne tiennent pas compte des circonstances de temps, de lieux, de mœurs, d'institutions et aussi des conditions financières de notre population.
Différences de temps. — A vrai dire, M.l'Orateur, notre système d'éducation ne date que de 50 ans. Est-il juste de dire que dans ce court espace de temps, nous n'avons pas fait de progrès. Ceux qui discutent cette question sont obligés d'admettre qu'il y a eu des progrès importants. Depuis 10 ans surtout l'éducaiion s'est répandue beaucoup dans notre province. Mais l'on dit que le progrès n'a pas été le même partout et que dans certains endroits la condition intellectuelle de notre peuple ne s'est ancunement améliorée. Eh bien, c'est ici que l'on devrait tenir compte des différences de lienx. La province de Québec couvre une immense étendue de terrain comprenant des régions considérables où la population est très éparse, comme sur la côte nord, dans la Gaspésie, dans la vallée de la Gatineau, dans le nord de Montréal, dans la région du St-Maurice. Pour la population de ces régions
l'accès aux écoles est une chose importante à considérer. Il est impossible d'exiger d'elle que ses enfants fréquentent l'école aussi assidûment que dans les autres endroits où l'accès est plus facile. Bien souvent les enfants ont plusieurs milles à faire pour se rendre aux classes. Dans la saison d'été cela se comprend, et cependant il faut admettre que c'est une distance encore assez considérable à parcourir pour les plus jeunes. Mais dans la saison rigoureuse de l'hiver peut-on exiger de ces enfants une assiduité aussi fidèle que pour leurs camarades mieux favorisés sous ce rapport.
Ontario et Québec
Ontario est ordinairement le point de comparaison à côté duquel on place Québec.
Même défaut dans cette comparaison : on ne tient pas assez compte de la différence des lieux. Ontario a 24 villes dont la population est de plus de 5,000 âmes, tandis que Québec n'a que 11 villes dont la population dépasse 5,000 âmes-
Vous voyez immédiatement la différence qui pourrait exister dans l'assistance aux écoles. Car il va de soi que là où la population est plus dense les écoles sont plus nombreuses et par conséquent plus à la portée de tous les enfants.
Dans les onze villes de la province de Québec il y a une population de 308,224 âmes tandis que les 24 villes de la province d'Ontario comptent une population de 486,163 âmes ou une diiïérence en plus pour Ontario de 177,919 âmes. Tl ne serait donc pas étonnant de voir l'assistance plus nombreuse et plus assidue aux écoles de la province sœur qu'aux écoles de la province de Québec. Ici, nos enfants ont souvent plusieurs milles à parcourir, comme je le disais il y a un instant, et leur manque d'assiduité en certains cas s'explique par la force des circons. tances. Eh bien, M. l'Orateur, malgré ce désavantage, je ne crains pas de faire la comparaison avec Ontario. (Ecoutez ! Ecoutez !)
Prenons d'abord la province de Québec. Il y a dans notre province 328,420 enfants de 5 à 16 ans, et le total des élèves inscrits aux écoles, est de 303,619. Or, savez-vous quelle est la moyenne de l'assistance dans nos écoles ? La moyenne est de 230,419 ou de 76 pour cent.
Ontario, maintenant. Et pour que l'on ne m'accuse pas de partialité à l'égard de la province de Québec, je puise mes renseignements pour la province sœur dans le rapport du ministre de l'éducation pour Ontario, année 1895,
page 14. La population scolaire d'Ontario est de 593,840. Sur ce nombre il y a 480,979 enfants de 5 à 21 ans ; j'attire l'attention sur ces chiffres qui sont la base des statistiques scolaires d'Ontario et qui favorisent l'assistance plus considérable aux écoles. Maintenant le nombre total des élèves inscrit est de 483,203. Or l'assistance moyenne dans Ontario n'est que 268,334, ce qui forme un percentage de cinquante-six pour cent ; soit vingt pour cent moindre que dans la province de Québec. (Applaudissements.) Ces chiffres que je viens de donner pour la province d'Ontario ne comprennent pas les élèves des High Schools, au nombre de 23,523, dont l'assistance moyenne n'est que de 14,463, ni les élèves des écoles Normales, au nombre de 1,178. Ces statistiques se passent de commentaires, elles démontrent éloquemment que malgré les difficultés qu'ils ont à surmonter nos pauvres enfants rivalisent de zèle avec ceux des autres provinces pour suivre leurs classes.
ï^coles protestantes et écoles catholiques
Si l'on veut plus de détails encore, monsieur l'Orateur, je comparerai l'assistance aux écoles
prolestanteà et aux écoles catholiques dans notre propre province. La moyenne de l'assis- •tance aux écoles élémentaires catholiques est de 71 pour cent et celle des écoles protestantes 'est de 74 pour cent. Pour les écoles modèles 'catholiques nous sommes à la tète avec une assistance moyenne de 83 pour cent et les protestants figurent pour une moyenne de 79 pour cent. Je ne mentionne pas ces faits pour exciter la jalousie, mais simplement pour donner à chacun ce qui lui est dû. D'ailleurs, il ne peut être ici question de jalousie, puisque, si d'un côté les protestants nous dépassent de quelques points dans les écoles élémentaires, BOUS sommes en avant d'eux de quelques points aussi dans les écoles modèles. On peut dire que sur ce point nous nous entretouchons. La jalousie n'est pas à craindre, il n'y a plutôt qu'une louable émulation dans la plus noble «t la plus sacrée des causes. (Applaudisselaents.) Ces chiffres nous font honneur, et je n'hésite pas à dire qu'ils peuvent subir avantageusement la comparaison avec ceux des autres pays. J'ai tenu à faire celte comparaison afin de démontrer comment l'on est souvent injuste ■en n'étudiant une question qu'à un seul point
de vue. Dans ces chifîres et ces comparaisonsnous avons la preuve que sous le rapport de l'assiduité aux écoles nous avons fait desprogrès sensibles.
Le concours des institutions relig^ieus«s
Je désire aussi attirer Tatlenlion de la chambre sur un autre point, en passant. On nou& dit que la province d'Ontario fait plus que la province de Québec pour l'éducation, et l'on base cet argument sur le montant d'argent donné à cet fin, par le gouvernement et les municipalités, dans la province de Quéûec. Cela n'est pas juste, et voilà où l'on oublie de tenir compte de la différence des mœurs et des institutions.
Le gouvernement et les municipalités de la province de Québec dépensent moins pour l'éducation que la province d'Ontario, oui, mais ici nous avons les communautés religieuses qui suppléent à l'action du gouvernement
Nous avons les couvents et les collèges qui donnent l'éducation à un prix très modique, et dans certains cas presque gratuitement. Si nous n'avions pas ces institutions pour nous
aider dans une très large mesure, nous serions obligés de faire comme dans Ontario. C'est-àdire que la province et les mnnicipalités devraient augmenter leur budget de l'éducation. Mais c'est manquer de justice à l'égard de ces institutions que d'oublier les services éminents qu'elles rendent à notre population dans la sphère de l'enseignement, el, pour ma part, je croirais manquer à mon devoir si je ne leur en exprimais pas ici, au nom du gouvernement, la reconnaissance la plus complète pour tout ce qu'elles ont fait dans ce sens. Sans leur généreux concours el leur dévouement inaltérable, nous serions obligés de donner le triple de ce que nous donnons aujourd'hui pour l'éduca» tion.
Les progrès accomplis
Prenant tous ces faits en considération, M. l'Orateur, peut-on dire qu'il n'y a pas de progrès dans la province de Québec. Je ne discute pas en ce moment le système actuel, je parle seulement des résultats qu'il a donnés • El, je le répète, peut-on dire qu'il n'y a pas de progrès dans la province de Québec? Non. Il y a progrès. Je l'ai constaté moi-même dans
- semés voyagas à travers la province, el le suriatendanl le constate lui aussi dans son rapport. Lisez la page 16 de ce volume et vous verrez qu'il y a progrès dans le nombre des élèves, dans le percentage de l'assistance, dans l'augmenlalion des traitements, dans le nombre des instituteurs brevetés. Il n'y a plus que 680 instituteurs qui ne sont pas brevetés. Il y a progrès aussi dans une autre direction. Je constate avec plaisir que dans plusieurs rnaisons d'éducation de cette province et mô>me dans plusieurs écoles, l'on ajoute au programme des études, l'enseignement des travaux manuels qui sont d'une si grande utilité domestique. Cet enseignement est le complément du premier. Il mettra nos enfants en état de comprendre davantage la nécessité du travail bien ordonné et bien exécuté.
Reconnaissance.
J'arrive maintenant à la partie la plusagréacle de ma tâche. C'est un devoir pour moi, et ce devoir m'est doux, de dire un mot d'éloge à l'adresse de tous ceux qui s'occupent d'éducation dans notre province.
Il est injuste de refuser tout mérite à ceux gui se sont occupés officiellement de l'éducation. Notre système n'est établi sur une base définifeive que depuis 50 ans, et durant l'espace de temps qui nous sépare de cette époque ceux qui ont été chargés de remplir des fonctions officielles se rattachant à l'éducation, ont rendu des services inappréciables. Le Dr. Meilleur, plus tard M. Chauveau, ancien premier ministre de notre province, et M. Ouimet qui occupe maintenant un siège dans une autre chambre, ont tour à tour présidé avec dignité aux fonctions de suri*ntendant de l'Instruction Publique dans cette province. L^ur mission, toujours délicate, fut parfois entourée de circonstances difficiles. Ils eurent à affronter bien des préjugés et à combattre des mouvements hostiles. Ils ont passé à travers tout cela et ils nous ont don.ié une œuvre qui nous fait honneur. Je ne mentionne que les nom.^ de ceux qui sont disparus pour ne pas m'e.xposer à blesser la modestie de ceux qui exercentactuellement ces hautes fonctions. En dehors du monde officiel, il y a aussi tous ceux qui se consacrent à l'enseignement supérieur. Notre enseignement supérieur, notre enseignement classique est
égal à celui des autres parties de la Puissance, et je pourrais dire môme que l'éviucation classiq^ue et universitaire en notre Province est shpérieure sous plusieurs rapports à celle des autres provinces du Canada, C'est à ces foyers de la science que se sont formés tous les hommes de cette province qui ont figuré dans la .politique, dans. le clergé, à la tribune du Parlement, dans la chaire religieuse, sur le banc au barreau, enfin dans toutes les sphèresde l'activité humaine. El, dites-moi, noli-e province n'at-elle pas toujours figuré avantageusement à coté des autres provinces, sous ce rapport ? Je n'ai pas besoin de donner de noms, la galerie des grands hommes de la Province de Québec est toujours présente à l'esprit de ses enfants. Nous avons eu et nous avons encore nos grands évoques, nos grands orateurs, nos grands législateurs, nos juges remarquables par leur science, leur intégrité et leur caractère, comme nous avons aussi nos avocats remarquables. Tous ces hommes sont sortis de nos collèges ou de nos séminaire.^, soyons en fiers. (Applaudissements.) ^ Reconnaissance donc à ces maisons d'enseignement, à ces professeurs si dévoués qui
dépensent leur vie sans rémunération aucune dans l'œuvre toujours admirable de la formation de la jeunesse.
A côté de cet enseignement supérieur, dans une sphère plus humble mais bien importante aussi, nous avons nos instituteurs et nos institutrices qui pour une maigre pitance de $100, $150 ou $200 par année, consacrent leur vie à la tâche si difficile de l'enseignement. Leur mission est humble mais elle est noble aussi ; leur rôle n'a rien de l'éclat qui couronne quelque fois celui du haut enseignement, mais il est grand tout de même.
C'est à ces pauvres maîtres et maîtresses d'écoles que nos populations doivent de connaître les premiers rudiments de l'instruction qui leur permettent de développer, d'enrichir et dagrandir le cercle de leurs connaissances. Le temps est arrivé de reconnaître davantage le travail, les efforts et les sacrifices de cette classe importante de notre société dont le rôle n'est pas assez apprécié. (Applaudissements). Comment, M. l'Orateur, nous donnons $500 à $600 à un commis dans une banque ou une maison de commerce ordinaire, nous payons $400 par année au plus humble
de nos messagers- pour un travail pûremenS matériel, et quelle est la responsabilité de ces employés à côté de celle des instituteurs ou institutrices ?
L'instituteur doit non-seulement ouvrir et orner Tintelligence de l'enfant, mais il doit encore et surtout concourir dans la mission du père et de la mère afin que cette parole du légiste se réalise : « l'État assiste la famille et ne la supplante pas » ; c'est-à-dire, afin que l'eafant retrouve au foyer de l'instruction les mêmes enseignements et les mêmes exemples qui doivent servir de base à sa vie pour être plus tard un bon et honnête citoyen. (Appls.) L'instituteur et l'institutrice méritent donc tout notre respect, toute notre reconnaissance, toute notre admiration.
Mais je manquerais encore à mon devoir de premier ministre, si, en parlaiitde l'éducation, j'oubliais de rendre un hommage public à tous ces religieux et religieuses qui passent leur vie à donnera nos enfants le pain béni de l'éducation, sans autre espoir de récompense ici bas, que la satisfaction d'avoir rendu service à la société et d'avoir contribué à l'honneur de la patrie (Appls.) Ah ! M. l'Orateur, arrivé à l'âge
où je suis, j'ai vu de bien grands" spectacles^ dans ma vie, mais jamais je ne me suis senti plus ému que lorsque je rencontre dans les rues de nos grandes villes ou sur les chemins de nos villages ces humbles religieux et religieuses, escortés d'une procession d'enfants confiés à leurs soins délicats. Et pourquoi ? Estce tout simplement parce que sur ces joyeuses el riantes figures je reconnaismon sang ou celui de m^^s amis ? Un peu pour cela sans doute, mais beaucoup pour autre chose aussi. Est-ce encore parce que dans cette jeunesse je vois l'avenir de la société et que natuiellement JQ« me demande ce que sera cet avenir, ce que sera cette société ? Sans doute il y a là de quoi impressionner l'esprit de tout homme public. Mais ce qui me frappe el m'éœeut. davantage c'est le grand tableau de tous ces humbles religieux et religieuses accomplissant loin des agitations du monde, dans l'humilité la plus complète, sous le regard de Dieu, le plus beau, le plus grand, le plus saint et le plus noble travail: le développement, le perfectionnement de l'intelligence et du cœur humains. (Appls répètes) Ce qui me frappe dans la personne de ces humbles professeurs, c'est l'abnéga-
tion, la patience, l'attention délicate, c'est le dévouement'pour tous ceux que nous leur confions. C'est plus que cela encore, c'est l'exemple vivant dn travail et du devoir. (Appls,)
Allez où vous voudrez dans notre b^nne province de Québec et vous rencontrerez partout ces ouvriers de l'intelligence occupés à instruire notre jeunesse, à former la société de demain. Vous verrez les humbles filles de la Sagesse, les Sœurs de la Charité, les Frères St-Viateurs, les Sœurs de la Providence, les Sœurs de la Congrégation, les Frères de la Doctrine Chiétienne, les Sœurs de Jésus Marie, les Petites Sœurs des pauvres, etc., et enfin ici dans cette cité de Québec, son berceau, comment pourrai-je oublier cette grande et sainte maison, si souvent éprouvée, mais toujours courageuse et dévouée, je veux parler des Ursulinps. Hier, M. l'Orateur, nous avions le chagrin d'apprendre l'épreuve nouvelle qui venait de les frapper à Roberval où elles ont perdu tout ce qu'elles avaient et plusieurs d'entre elles, la vie même. L'émotion a été grande lorsque la nouvelle de cette catastrophe a été annoncée ici et la sympathie a été profonde et ,générale. Je veux y joindre publiquement
■celle du gouvernement de cette province. Si €6 témoignage penl être un adoucissement à leur malheur, qu'elles l'acceptent avec uotré admiration pour le courage dont elles font preuve encore dans cette pénible circonstance. (Applaudissements sur tous les bancs de la chambre.)
Conclusion
J'aurais cru manquer à mon devoir, si en proposant à la chambre d'adopîer les résolutions que nous lui avons soumises, je n'avais pas en même temps démontré les pi ogres déjà accomplis, malgré la difficulté de la tâche et si je n'avais pas également rendu ce témoignage de reconnaissance à tous ceux «jui ont pris part à l'enseignement dans notre province. J'espère qu'à l'avenir on sera plus juste pour notre système d'éducation, imparfait peut-être dans son application mais certainement bon dans son principe. Soyons donc assez francs pour reconnaître ce qui est bon, même quand nous trouvons quelque défaut à côté du bien accompli. C'est l'attitude que nous prenons pour notre part.
Ayant décidé de venir en aide à l'éducation, dans notre province, uous nous trouvions en
face d'un grand arbre déjà profondément enraciné dans notre sol, poussant des rameaux vigoureux dont le feuillage commence à verdir. Devions-nous déraciner cet arbre dont les fruits sont bons et qui peut donner davantage ? Nous n'avons pas voulu prendre la responsabilité de détruire. Nous n'avons pas voulu déraciner le viel arbre dont les rameaux ont déjà donné une ombre si bienfaisante au peuple de notre province, mais nous lui apportons un suc nouveau, et, désormais, ses racines, plongeant encore plus profondément dans le sol, y puisseront un regain de vie, qui, s'épandant dans tous ses rameaux, les rendra plus forts et plus puissants ; et ses feuilles croîtront, elles verdiront complètement, protégeant mieux lesfruitsqui, acquérant eux aussi plus de force, plus derichesse, plus de maturité, seront recherché» davantage par notre population. (Applaudissements répétés.)
La jeunesse surtout viendra y cueillir l'instruction, car c'est pour elle que nous travaillons. Nous savons que les enfants d'aujourd'hui seront les hommes de demain, les pères ek mères de demain, les citoyens de l'avenir. Et nous voulons que la société de demain soit
forte, vigoureuse et bien armée pour le combat qu'elle aura à livrer elle aussi dans le champ du travail où toutes les classes de .la société seul appelées à lutter.
Pour cela il faut former la jeunesse à la vie qui l'attend plus lard en lui inculquant les connaissances utiles et indispensables aux différents états qu'elle embrassera. Car notre but doit être moins de faire des hommes savants que des hommes de bien, des hommes de devoir, des hommes aimant Dieu, leur prochain et la pairie. (Âpp. répétés, et tous les députés vont féliciter l'orateur.)