LA SOCIÉTÉ MODERNE
l'art religieux.
Art religieux : ces deux mots ainsi associés expriment la réunion des deux ordres de sentiments qui font de l'homme un être privilégié entre toutes les créatures qui s'agitent et que Dieu mène sur cette terre ; à une condition toutefois, c'est que nous tomberons d'accord sur le sens qu'il faut donner à ces deux mots : art religieux.
Par malheur, en ce siècle, le frottement d'une civilisation vieillissante a émoussé le relief de cette association d'idées, amoindri et considérablement diminué sa première signification.
Comment, en effet, nous représentons-nous un tableau ditde sainteté ? — Dès quecette; forme d'art apparaît à notre mémoire, ne voyons- nous pas aussitôt une de ces grandes toiles (qui se font d'ailleurs de plus en plus rares à nos expositions), où l'artiste a groupé tant bien que mal une collection de personnages convenus, de grands bonshommes à l'expression banale, drapés de rouge et de bleu, dessinés avec plus ou moins de correction, peints sans le moindre sens de l'harmonie par des hommes qui sont quelquefois d'habiles praticiens, mais rarement des artistes profondément émus et pénétrés de l'idée religieuse ?
Un tel état de choses est désolant. Mais il n'est qu'un résultat. La source du mal est ailleurs. C'est à cette source qu'il nous faut remonter.
Si nous nous arrêtions uniquement aux manifestations les plus répandues de Fart dit « religieux » contemporain, nous aurions tout simplement à constater que l'art religieux a vécu. Grâce à Dieu, nous avons aussi des témoignages de nature à nous rassurer. Mais, quand même, le passé suffirait à nous répondre de l'avenir. Aussi longtemps que le sentiment religieux durera en ce monde, il y aura un art religieux. Or, ce sentiment ayant fait son entrée dans l'humanité avec l'homme même, il y a tout lieu de croire qu'il n'en sortira qu'avec lui.
Quel que soit le dogme,qu'entend-on par religion ?
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— La conscience que l'homme a de la Divinité et l'hommage qu'il lui rend. Bouddhiste, israélite, mahométan, chrétien, philosophe , déiste , à quelque secte qu'il appartienne, dès qu'il conçoit l'idée de Dieu, l'homme résume dans cette idée tout ce qui exige de lui respect, vénération, adoration, toutes ses conceptions du grand, du bon, du beau, du glorieux.
Le but essentiel de l'art religieux sera donc de manifester aux sens, et par les sens àl'esprit,l'idée absolue que la créature humaine se fait de la divinité. En conséquence, l'artiste cherchera quels sont les modes d'activité correspondant aux moyens propres de son art par lesquels il pourra exprimer cette majesté divine.
Architecte, il bâtira au Dieu son temple. — Statuaire, s'efforçant de réaliser l'idéal le plus élevé de la plus belle forme qu'il connaisse, il éveillera en nous par son œuvre l'idée la plus complète de la beauté et, par la beauté, de la force sereine et de la toute-puissance. — Peintre, il transportera sur les murs du temple, dessinateur dans les Livres saints, l'image des actes par lesquels le Dieu s'est révélé ; il traduira les légendes que la tradition orale ou écrite a conservées. — Musicien... Le musicien, dont Fart est entre tous les arts le plus dégagé des liens de la matière, élèvera notre âme au sein de la spiritualité la plus haute par la gravité
pénétrante de ses accents, par le concert de toutes les voix de la foule, depuis le soprano des enfants jusqu'au mezzo-soprano si tendre des femmes, du médium des hommes jusqu'aux basses profondes des vieillards, concert où tous les âges sont représentés et, guidés par le musicien, entraînés dans un même et sublime élan de prière.
On conçoit que dans les arts enchaînés plus que ne l'est la musique à la matière et à l'espace, les formes de l'art religieux diffèrent selon les religions. La grandeur et la majesté,en chacune d'elles, doivent s'entourer de formes accessoires trop spéciales pour être acceptées indifféremment par tous les cultes. C'est particulièrement dans les œuvres peintes et dessinées que cet antagonisme s'accusera, puisque le pinceau doit reproduire des faits déterminés et précis. En sculpture, l'antagonisme sera moins sensible. Telle statue antique suscitera chez le chrétien aussi bien que chez le philosophe, comme aussi elle l'avait suscitée chez les contemporains de l'artiste, l'idée de perfection. Or, la perfection étant partout, ayant été dans tous les temps l'attribut essentiel de la Divinité, le marbre antique, un Jupiter, bien que non conforme aux dogmes chrétiens, n'en sollicitera pas moins en nous, chrétiens, le sentiment religieux.
De même, certaines œuvres qui paraissent appartenir spécialement au catholicisme, le Moïse,
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par exemple, ou Ylsaïe de la Sixtine, ces figures sublimes en leur imposante majesté, portant tous les caractères de la force maîtresse d'elle-même, de la méditation austère et puissante sans effort, eh ! bien, de telles œuvres, de telles interprétations des personnages de l'Ancien Testament sollicitent également et à coup sûr ridée religieuse chez le philosophe, comme elles le font chez le chrétien.
Il y a donc un art religieux indépendant des formes mêmes des religions.
Quelques tableaux au Salon de 1874 confirmaient hautement la vérité de cette affirmation nullement paradoxale.
Je dis que le Sarpédon de M. Henri Lévy, sujet homérique, est une œuvre d'art religieux. Deux génies ailés, à la façon des anges du paradis chrétien, la Mort et le Sommeil, dit le texte, — nous pouvons aussi bien supposer la Foi et la Charité, — apportent au pied du trône du dieu le corps d'un jeune héros frappé à mort sur le champ de bataille. Ce corps blanc d'éphèbe peut symboliser, au point de vue pittoresque, l'âme même du héros. Le dieu qui se penche, tendre, indulgent, miséricordieux, sur le pieux fardeau que soutiennent les génies : que m'importe que ce soit Jupiter I et l'enfant, Sarpédon, fils de Jupiter ! C'est la Divinité clémente que je vois là et qui me touche profondément.
Même émotion religieuse en face de La vestale Tuccia, de M. Hector Leroux. Accusée du crime irrémissible, elle descend au bord du Tibre, un crible à la main, le plonge dans le fleuve, se redresse, tend ses mains chargées vers le ciel, et en présence de ses compagnes et de l'habituelle population du port, dans la claire lumière du matin: « Puissante divinité,dit-elle,si j'ai toujours approché tes autels avec des mains pures, accorde-moi de remplir ce crible de l'eau du Tibre et de la porter jusqu'à ton temple. » Et le miracle s'accomplit.
Sarpédon, Taccia, voilà donc deux œuvres de sujet païen et cependant d'un grand caractère religieux.
Pourtant,l'art religieux n'étant, à le bien prendre, qu'une sorte d'exégèse , une explication sensible de l'idée de Dieu, il est évident que les artistes de tous les temps ont dû introduire dans leurs ouvrages, outre leur interprétation personnelle plus ou moins profonde, les commentaires familiers à leur époque sur la perfection absolue.
Mais les sentiments d'amour, de reconnaissance et cet idéal même de perfection qui sont si étroitement unis, confondus dans la conception moderne de la Divinité, ne se rencontrent point aux premiers âges du monde. Les témoignages qui nous restent des époques anté-historiques affirment, au contraire, que le dieu auquel les premiers peuples
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rendaient hommage est un dieu de terreur, redouté beaucoup plus qu'adoré.
Primus in orbe deos fecit timpr.
Si misérable alors, l'homme, et si chétif, sans défense contre l'immensité des forces naturelles dont il ne connaît ni le principe, ni les lois, qui l'écrasent et lui font cruellement sentir son infériorité ; l'homme attribue nécessairement à ces forces brutales la conscience et l'intelligence des ravages qu'elles exercent et des maux qu'elles lui font subir. La pluie,le vent,laneige,la sécheresse, les chaleurs torrides,les flammes du volcan, celles des incendies, les torrents débordés qui l'inondent, les avalanches qui l'écrasent, les animaux de proie qui lui font la guerre, sont à ses yeux la personnification de l'Esprit méchant, d'êtres supérieurs, malfaisants, acharnés à sa perte.
Par contre, le soleil, les brises tièdes, la rosée , les eaux courantes, les forêts pleines d'ombres, les végétations printanières, le blé, le riz, les bêtes nourricières, leur lait, le beurre, sont les formes de génies amis de l'homme.
Le premier sentiment du divin est donc celui de la terreur, de la prière, de la supplication craintive s'adressant aux puissances aveugles de la nature. Par cela même, la première mythologie et, par suite, les premières formes d'art chez tous les peuples sont naturalistes.
134 i/ÉDUCATION DE L,' ARTISTE.
Il faut un long développement de civilisation, il faut que la science et l'industrie humaines aient atteint un certain degré d'avancement, il faut surtout une certaine forme de génie dans chaque race, un germe de croyance peut-être inné, à coup sûr devenu instinctif par hérédité, ou alors une révélation, pour que l'homme conçoive l'idée d'un Dieu supérieur aux éléments et surtout d'un Dieu de bonté.
L'homme réduit à ses propres forces, après quatre mille ans, n'était pas arrivé à cette conception. (Socrate n'avait proclamé que le Dieu rationnel qui fit les choses avec ordre.) Il n'y serait peutêtre jamais parvenu si un homme, Dieu lui-même, n'avait enfin parlé à l'humanité d'un Dieu d'amour et ne lui avait enseigné à dire : Notre père f
Par là seul s'imposa le christianisme à toutes les âmes altérées de charité. Prenons note de ce point.
C'est au nom de ce sentiment de charité, de tendresse immense introduite dans le sentiment religieux à l'expiration du monde antique, que je ne puis, à aucun titre, accepter comme œuvres d'art religieux le Bon Samaritain de M. Morot (1880) et la Madeleine de M. Henner (1874). Oui, ce sont des œuvres savantes, sévères, graves, philosophiques, mais humaines, et sans une étincelle d'idéal chrétien. (J'ajoute que ce sont, au point de vue du
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métier, des morceaux de maître.) Peinture rationaliste que cela ; religieuse, point du tout.
Si nous parcourions l'histoire du sentiment religieux dans l'humanité en le suivant pas à pas dans ses manifestations esthétiques, nous verrions partout la foi créer un symbolisme caractéristique : partout — phénomène digne de remarque — excepté chez le peuple qui eut la notion la plus haute de la divinité.
Les Hébreux, en effet, n'eurent point d'art national. On se rappelle les prohibitions de PÉternel à son peuple: « Tu ne feras point d'images... Vous ne ferez ni dieux d'argent, ni dieux d'or... » Des Assyriens, des Phéniciens, non des Hébreux, au temps de Salomon, construisent et décorent le temple de Jérusalem.
Cette absence de manifestations hébraïques du sentiment religieux par les moyens de l'art tient d'ailleurs aux motifs les plus élevés, et qui font la supériorité de la religion des anciens Hébreux sur les religions antiques. Par Abraham, par Moïse,par Job, par tous les prophètes, le judaïsme jeta dans le monde la croyance à l'infaillibilité de la conscience humaine éclairée par la révélation. L'idée religieuse reposant uniquement sur la personnalité morale, chez ce petit peuple entouré d'un monde d'idolâtres, échappait de toute nécessité à l'interprétation, à la représentation plastique.
L'art grec, au contraire, dit toute la religion de la Grèce. La Grèce a fait de l'homme un Dieu. De là cet art si parfait dans sa plasticité, et qui, par une totale subversion du sens philosophique des choses, est devenu dans les académies un type imposé à l'art moderne. Aussi d'un modèle d'art religieux et d'art héroïque avons-nous fait un art de volupté. Voyez notre statuaire tout entière au Salon. Je ne note pas quatre exceptions.
Pour nous, Dieu s'est fait homme. Voilà qui a tout changé dans le monde et, par conséquent, dans l'esthétique religieuse. Personne n'ignore quelles magnificences d'art a inspirées l'idéal nouveau, cet idéal moderne, infini, d'une inépuisable fécondité, même en ce siècle, après dix-huit siècles. J'en prends à témoin l'admirable frise peinte par Hippolyte Flandrin dans l'église de Saint- Vincent de Paul. On peut dire qu'il y a fixé une des plus hautes formules pittoresques du spiritualisme catholique.
Pourtant, il faut le dire aussi, cette belle page ne doit toute sa valeur, qui est immense, qu'à la foi profonde qui animait le cœur et conduisait la main de l'artiste. Elle est devenue le type partout imité de la peinture d'églises. Ce type, dégagé du sentiment religieux, est désormais une lettre morte, une convention vulgaire, fade, banale,sans esprit et sans vie. On a adopté les procédés si in-
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complets de Flandrin, on lui a emprunté sa convention qu'il avait lui-même empruntée à M. Ingres, qui l'avait empruntée à l'École romaine. Ce qu'on n'a pas hérité de Flandrin, c'est sa foi ardente qui transfigurait la pénurie de ses moyens d'art purement académiques et la pauvreté de ses types.
La science académique permet de faire des figures dites religieuses auxquelles on n'aura rien à reprocher matériellement, qui se tiendront comme il convient dans un lieu sacré,témoin le Saint Jean, de M. Gabanel ; mais des œuvres touchantes, émouvantes, éloquentes dans le sens mystique ? Non.
Voyez, s'il faut des preuves, le Saint Laurent et la Pêche miraculeuse de M. Lehoux. Voilà, certes, un effort considérable au point de vue de l'étude. Au point de vue religieux, le résultat est nul. On a donné à ce jeune homme, non sans peine par suite d'incidents dont je ne veux pas parler à cette place, un prix exceptionnel. Qu'on l'ait donné à l'élève peintre : soit ! à l'artiste religieux, ce serait un contre-sens.
Mais que penser de l'extraordinaire aberration d'un autre artiste qui, ayant à peindre la sublime ligure du Christ en croix pour la Cour d'assises de Paris, copie fidèlement, avec un talent d'ailleurs hors de conteste et d'autant plus mal appliqué, un modèle emprunté au type humain le plus bas et le
plus grossier. J'ai dit ailleurs que le crucifié de M. Bonnat était non pas Jésus, mais le mauvais larron, je ne m'en dédis pas. Il est impossible de trouver, dans l'histoire de Fart, d'interprétation plus choquante de la grande victime... à moins que M. Bonnat n'ait voulu montrer le Fils de l'homme chargé de tous les péchés du monde. En ce cas, il aurait pleinement réussi. Mais non. C'est une excuse trop subtile. M. Bonnat a cédé à l'impulsion de son tempérament rude, servilement réaliste, étroitement rationaliste. M. Henner, celui-ci naïvement, et M. Bonnat, ce dernier brutalement, sont dignes . de célébrer les dieux de MM. Renan et Littré ; celui de l'Évangile, à aucun titre. En pays théocratique, leurs œuvres seraient condamnées au bûcher, et ce serait logique.
Nous sommes si pauvres en tableaux religieux que nous devons citer la Fuite en Egypte, de M. Vetter, qui fournit matière à quelques observations générales. Cette Fuite en Egypte, dans ses très-petites dimensions, est une excellente chose. Elle ne sort pas, il est vrai, comme conception, des routines de Fimagerie de Saint-Sulpice. Mais la minutieuse perfection du rendu, la belle simplicité des lignes, la noblesse des attitudes, la figure de l'ange immatériel, la grande lumière qui enveloppe toute la composition lui impriment un caractère essentiellement religieux. Le but est atteint.
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J'ai dit que le tableau de M. Vetter est conçu dans les traditions de l'imagerie de catéchisme. Est-ce une critique ? Ici se trouve soulevée une question capitale dans cet ordre d'idées, celle des types et des costumes qu'il convient d'adopter pour la représentation des personnages sacrés. La question est celle-ci : Faut-il continuer la tradition que nous désignerons suffisamment en l'appelant la tradition académique ? ou faut il, s'inspirant des découvertes chaque jour plus étenduesde la science archéologique, se tenir aussi près que possible de la réalité démontrée ou présumée ? Il me paraît impossible de se prononcer sans réserve et exclusivement en faveur de l'une ou de l'autre de ces deux directions. Il y a lieu d'en faire le partage,et voici comment je le conçois.
Tous les personnages de l'Ancien et du Nouveau Testament doivent être représentés dans leurs types et leurs costumes traditionnels. Pour la représentation des innombrables épisodes empruntés à la vie des Saints, l'artiste a le droit, au contraire, et le devoir de se tenir au plus près des textes. — Si le texte est historique, il observera la plus scrupuleuse réalité, celle du milieu, de la race, du climat, du costume. Si le texte est d'une époque très-postérieure aux événements retracés, il se conformera aux termes mêmes de la légende, seul moyen d'en pénétrer l'esprit. Sur ce dernier point pleine
licence doit être accordée à l'intelligence, aux recherches archaïques de l'artiste vraiment chrétien.
Mais le maintien de la tradition me paraît impérieusement commandé dans la figuration des Apôtres, de la Vierge et du Christ. Nulle image n'est plus difficile à représenter dignement que celle de Jésus-Christ. — Je ne parle pas de l'image du Père. A mes yeux, c'est une erreur que de la tenter. Dieu le père, en effet, n'est point comme le Jupiter antique qui pouvait, sans que l'idée symbolique en souffrît, revêtir la forme humaine. Les attributs du Dieu chrétien le dérobent à tout essai d'anthropomorphisme. Représenter Dieu le père sous les traits d'un vieillard, quelque majesté que Part apporte à cette représentation, c'est le limiter, l'amoindrir dans le temps et dans l'étendue ; c'est poser des bornes à l'infini, c'est-à-dire supprimer le caractère essentiel et uniquement spirituel de sa divinité. Michel-Ange y a échoué : rappelez-vous le Dieu de la Création de la femme.
Le Christ, au contraire, à la fois Dieu et Homme, entre nécessairement dans le cercle de la figuration pittoresque. Mais, — et c'est là ce qui justifie la convention, — le Christ qui est Dieu échappe comme homme à l'accentuation trop caractéristique de l'individualité. Il n'est pas un homme, il est le fils de l'Homme. Il appartient à l'humanité tout entière. C'est pourquoi il ne doit réunir que
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les traits généraux de l'espèce et de manière à laisser transparaître la personnalité divine qui lui est inhérente.
Pour les Prophètes, les Apôtres et la Vierge, la rigueur de la convention repose sur ce fait : il est indispensable de présenter aux foules des images immédiatement reconnues parce qu'elles leur sont familières. D'ailleurs, quel costume adopterait-on? Il est à peu près établi que le plus vraisemblable est celui que portent encore aujourd'hui les tribus arabes. De bon compte, habillerez-vous le Christ en Bédouin ? Non. Il y a là un mélange du divin et de l'actuel qui nous choque profondément. On l'a dit très-finement : « Costumer la Bible, c'est la détruire \ » Et puis où s'arrêter dans cette voie ? Où est le vrai? L'artiste se forge volontairement des difficultés insolubles dès qu'il se propose dans cet ordre de réaliser la vérité historique absolue. A ce point de vue spécial, la vérité réaliste échappe à tout homme, à tout art, même aux plus grands génies ; en outre, chose grave, dans son incertitude elle donne une prise trop large à la discussion en des sujets qui doivent rester indiscutables et indiscutés.
Pour la légende.des saints, c'est tout autre chose. Autant il est de nécessité que les figures des deux