Darwin : Onvrarje cité. chap. ni
tif vivant à létat isolé a-t-il pu s'en dispenser, nétant pas assez intelligent pour en saisir la nécessité et l'importance; et pourquoi l'homme de l'avenir, arrivé au dernier degré de l'évolution intellectuelle, pourra-t-il s'en affranchir, n'ayant plus d'autre objectif que de vivre pour les autres, et d'acquérir des vertus sociales? C'est donc que ces devoirs personnels n'en sont point, et qu en dernière analyse, il n'y a que des devoirs sociaux.
Mais alors toute la morale se ramènera à des pratiques extérieiu'es capables d'assurer le plus grand bonheur social? Que deviendra la vie intériem^e, la droiture d'intention, la loyauté de pensée, la lutte à domicile contre des passions intimes dont le retentissement social est nul, tout cet ensemble de devoirs personnels qui sollicitent sans discontinuer l'attention et l'activité de la conscience riiorale? Et les devoirs envers Dieu, dont il n'est pas question dans la morale évolutionniste?
Et s'il arrive que ces devoirs personnels soient en contradiction avec les exigences sociales, qui résoudra le conflit?
D'ailleurs cette morale n a pas pour elle l'expérience. Pratiquement l'altruisme n'est pas à la base de notre activité morale, mais
bien Tégoïsme, et s'il est possible de faire sortir l'altruisme d'un égoïsme J3ien entendu (1), en revanche, on ne voit pas comment l'altruisme ait pu arriver et arrive jamais à supprimer l'égoïsme latent, celui qui se retrouve à la racine de toutes nos pensées, et de tous nos actes, et dont la disparition est subordonnée à celle inême du moi individuel. Il est facile de comprendre qu'on puisse et qu'on doive aimetr les autres comme soimême, l'expérience le montre tous les jours; mais il l'est moins de saisir que le fait d'aimer d'abord les autres, parvienne, pour le plus grand bien de l'humanité, à anéantir un jour V amour de soi. La nature nous incline à aimer les autres comme no us-même; mais l'amour exclusif des autres, au dëlri-^ ment de l'amour de soi, me paraît être contre nature.
On nous affii'me aussi que le jugement moral, par lequel nous distinguons le bien du mal, comme le sentiment moai qui raccompagne, sont des produits de l'hérédité. Cela revient à dire que nous sommes nécessités à juger de la bonté et de la malice de