Educatlo7i du caractère ; cliap. Ego'isme et altruisme
nos actes, sans pouvoir réagir contre de pareils jugements, sans même en pouvoir analyser la valenr objective; et poussés irrésistiblement à agir en conséquence: d'où le déterminisme moral.
J'accorde que l'iiérédité a nne grande influence dans le domaine moral. Nous naissons tous avec des aptitudes physiologiques à la vertu, ou au vice, selon la natm-e morale des ancêtres plus ou moins immédiats dont dépend notre existence. Je reviendrai peutêtre sur ce point, quand je traiterai de l'éducation subjective de la conscience morale. Mais nous ne naissons cependant pas avec des jugements tout faits sur le bien et sui' le mal. Lorsqu'il nous arrive de juger de la bonté ou de la niiilice de nos actes, nous avons conscience de n'être point victimes d'un préjugé héréditaire, puisque nous jugeons en co'nnaissance de cause, d'après l'iaiialyse des ternies en présence.
Soutenir le contraire, c'est aller contre l'expérience; c'est nier que la conscience individuelle ait le pouvoir de réformer des jugements imposés pai* la conscience collective; c'est prétendre impossible l'éducation morale de la conscience. Ayant déjà fait justice
de cette théorie en parlant de réducation du caractère, je n'y reviens pas (1).
Aussi bien, essaye-ton de nous donner le change, en faisant appel à Y éducation, comme œuvre complémentaire de r/zérérfz7é, dans la genèse des idées morales. Il est vrai, diton, que nos jugements moraux ne se dêclanchenl pas toujours mécaniquement, ni à Vaveugle, en présence d'un acte à accomplir. Ils portent réellement sur la valeur morale de cet acte en lui-même. Mais c'est en vertu de V association des idées. Nous sommes victimes d'une illusion d'optique. Sous Tinfluence de réducation première, ou d'une éducation ancestrale, deux idées s'associent l'une à l'autre. Elles auraient parfaitement pu s'associer autrement, si notre éducation eût été tout autre. Nous croyons avoir la liberté de nos jugements, là où, en réalité, nous sommes le plus déterminés. Ca^r ces .associations d'idées ont été rendues indissolubles par l'habitude.
Je reviendrai également plus tard sur 1 importance de l'éducation et de l'habitude en matière morale. Mais le fait que nous arri-
L Éducation du caractère : P* Partie.
yons à distinguer un préjugé d'un jugement personnel, et que nous jugeons de la valeur objective de notre jugement, ruine par la base la théorie de 1 association des idées. D'ailleurs cette théorie est h^qDothétique, et ne prouve rien. Elle recule la difficulté sans la résoudre. Pourquoi telles idées s'associent-elles de préférence à d'autres? En vertu, nous dit-on, de la loi de contiguïté et de celle de ressemblance.
C'est dire qu'elles s'associent parce qu'elles s'associent. Alors à quoi bon recourir au mystère pour expliquer des choses simples, ou à une tautologie pour nier l'évidence? (ï)
L'hérédité et l'éducation exercent une influence énorme en matière d'éducation morale. Personne ne songe à le nier. Mais elles n'expliquent pas l'origine, ni la nature de la conscience morale. Au contraire, elles en supppriment la valeiu'.
A en croire les partisans du sens moral inné, la conscience est infaillible cx)mme l'instinct, elle rend des oracles qui correspondent toujours à la vérité. Mais non seulement
L Draghicesco : Le problème de la conscience. Paris, Alcan, 1907 : p. 43sqq.
cette théorie manque de base psychologique, elle est également réfutée par les faits. En réalité, la conscience est souvent ignorante, erronée, perplexe, contredite.
Par contre, si on explique la conscience tout entière par Vévolution, V hérédité, Véducation, la coutume, elle perd toute valeur, ji étant variable à 1 infini comme ces éléments i constitutifs. Les lois de l'association des idées, renforcées, et comme fixées par Vhabitude, n'y peuvent rien. Car l'habitude ne change pas la nature des associations qu'elle fixe. Celles-ci étant contingentes, la conscience qu'elles engendreat participe de leur contingence, et un esprit averti ne saurait se faille d'illusion sur l'obligation qu'elle impose.