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L'IMPÉRATIF RATIONNEL ET LES FAITS DE CONSCIENCE

Nous avons A^u qu'il existe des phénomènes de conscience irréductibles aux phénomènes phj^siques, biologiques, ou psycliologiques. On les reconnaît aux deux caractères suivants: ils sont à la fois obligatoires et désirables. C'est toujours sous la double forme de devoir et de bien qu'ils se présentent à nous. Mis en présence du fait de conscience.^ nous formulons à son endroit des jugements de moralité et nous éprouvons des sentiments moraux. Quelle est la valeur de ces jugements, et des sentiments qui en dérivent? Ainsi se pose le problème moral. Deux solutions lui ont été données: l'une scientifique, l'autre soi-disant rationnelle. La première, sous ses aspects multiples, rompt en visière à la morale traditionnelle; elle substitue la

science à la conscience. La seconde — la morale rationnelle — est im retour déguisé à la tradition que, sous sa forme kantienne, elle s'efforce cependant de combatti*e et de supplanter. Ces deux solutions extrêmes du problème moral n'en sont point. Morale scientifique et morale kantienne aboutissent à l'établissement d'une morale autoritaire qui révolte la conscience au lieu de l'apaiser. La vraie solution est entre ces extrêmes. Nous allons essaver de la découvrir.

L'impératif rationnel.

On reconnaît im arbre à ses fruits, a dit le Christ. La morale scientifique, dont la yaleur théorique est nulle, a déjà pratiquement porté ses fruits. A ce point de vue. elle est on ne peut plus démoralisatrice. La morale traditionnelle, que la morale évangélique n'a fait que consacrer et surélever, basait la responsabilité, non sur l'acte extérieur, mais sur la pensée et l'intention qui l'ont inspiré: « Ce qui sort de l'homme le » souille... Car du cœur des hommes sortent

» les mauvaises pensées... Tous les maux » proviemient du dedans et souillent l'hom- » me. » Il ne s'agit pas d'être juste extérieurement, devant les hommes: « Dieu connaît

vos cœurs, et ce qui est grand aux yeux des

hommes, est en abomination devant Dieu. » . L'ancienne loi disait: « Tu ne commettras

pas d'adultère; moi. je vous dis que qui- » conque regarde une femme pour la convoi- >, ter. a déjà commis l'adultère dans son >. cœur. »

Pas plus que les pharisiens de 1 ancienne loi, mais pom- d'autres raisons soi-disant scientifiques, certains savants d'aujourd'hui ne veulent plus admettre cette moralité de l'intention. Ils prétendent, par la plume de l'un d'entre eux et des plus en vue, « que » cette morale est la négation brutalement » absurde de la morale pratique; et au sur- » plus que Kant lui-même est, à bien des T, égards, le théoricien responsable de ce pa- V radoxe d'origine chrétienne (1). »

Scientifiquement parlant, en effet, lintention ne signifie rien. Elle échappe à nos prises. D'un acte moral, la science ne connaît

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