FoxSEGRivE : Morale et Société, p
égaux devant la loi morale, et ses exigences ne pèsent pas du même poids sur le fort et sur le faible. Tous les hommes ne pratiquent pas avec la même facilité la tempérance, ou toute autre vertu. L'inégalité naturelle est à la base de Vactivité morale comme de Vactivité sociale.
D'où vient surtout que des conflits éclatent entre la loi morale et les lois sociales? L expérience nous montre que cela tient à deux causes: ou à un excès de « particularisme » qui fait négliger aux individus "le l)ut social de leur vie personnelle; ou à un excès de «socialisme» qui leur fait perdre de vue le but personnel de la vie sociale. Le culte outré du moi, ou le culte outré de la loi, ont de tout temps engendré entre les individus et la société des conflits dont la solution dépend d'une plus sage intelligence des rapports de la loi morale avec la loi sociale.
Notre époque semble bien détenir le record de ces conflits. Jamais le culte du moi, ni celui de la loi, n ont eu autant de partisans, et, chose curieuse, les mêmes individus qui prônent à outrance les prétendus droits de la liberté individuelle, lorsque leur bonheur
personnel, ou simplement leurs aises sont en jeu, se hâtent d'entonner une hymne triomphale à la loi souveraine, lorsque les autres seulement sont obligés de subir sa tyrannie. Où trouver un remède salutaire à de pareils conflits? L'idéal serait d'arriver à rétablir 1 équilibre entre les droits légitimes de rindi^ddu et ceux non moins légitimes de la société. C'est là une affaire d'éducation de la conscience, conscience de Tindividu pour qu'il ne perde pas de vue le but social de sa vie personnelle et ne sacrifie pas les di^oits sacrés de tous aux exigences injustifiées d'un seul; conscience de la société et de ceux qui la gouvernent, pour qu'ils n'oublient pas le but personnel , de la vie sociale, et qu'en aucun cas ils n'immolent sur l'autel de la loi les droits primordiaux de la personne humaine.
La solution de ces conflits ne sera jamais définitive. Mais enfin il dépend de nous qu'ils diminuent, et que les conséquences individuelles ou sociales en soient moins douloureuses. Quant au conflit qui nait de la seule généralité de la loi sociale et de son application différente aux différents individus, il est naturellement insoluble, à
moins qu'on ne dise qu'il porte sa solution en lui-même. C'est en effet un conflit analogue à celui qui résulte en nous de la lutte de la raison contre les passions. On ne s'en tire qu'au prix du sacrifice. Mais on y gagne un surcroît « d'énergie supérieure. ^>