‹ L'éducation de la démocratie (volume 2)Chapitre 25 sur 85 · I.'kOLC. \>E I. V IIKUOCIIATIK. I ^î · texte numérisé non relu

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n'exclure de la culture supérieure aucun de ceux qui peuvent eu tirer un réel profit. Mais c'est afîaire d'organisation sociale, non déprogrammes scolaires. Ce qui serait aristocratique aussi, dans le pire sens du mot, c'est que certains lettrés en vinssent à mépriser ceux qui auraient reçu une autre forme de culture qu'eux-mêmes. Mais ceci non plus ne relève pas des programmes : le remède à ce mal est dans l'état général des mœurs et de l'esprit public. Quant au reproche d'être suranné, tout enseignement qui porte sur le passé y est exposé au même titre que celui du grec et du latin. Le xvii" siècle aussi, à bien des égards, est suranné. Ou plutôt, ce qui peut sembler suranné dans ces études, c'est peut-être l'esprit qui les anime; mais il faut changer cet esprit. Si l'on étudie le xvn' siècle comme l'exemple toujours vivant d'un idéal immuable, on fait une œuvre qui a un caractère suranné. Si l'on se place, pour l'étudier et le goûter, à un point de vue franchement historique, rien au contraire n'est plus moderne. Mais c'est justement ce qu'il faut faire aussi en étudiant l'antiquité gréco-latine.

Comment le problème doit-il donc, à mon sens, être posé? Et quelle est, en délinilive, la thèse

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exacte que j'entends soutenir? Elle peut se résumer dans les termes suivants :

1'' L'enseignement gréco-latin n'est pas la l'orme uni(|ue et sacro-sainte de la culture dite « secondaire ». Je conçois sans peine un enseignement vraiment secondaire sans grec ni latin, comme Test actuellement l'enseignement des jeunes filles.

'1" Mais j'estime que pour des f/arçons, d'esprit moins sou|)le cl moins lin, il y a grand avantage, surtout ^' ils doivent consacrer la plus grande partie de leur rie à des travaux intellectuels^ à recevoir d'abord la forte préparation des études gréco-latines, qui donneront à leurs travaux ultérieurs des fondements plus solides et plus résistants.

3" La nK'thode à suivre, (railleurs, devra être déterminée par la conception du but àalleindro, qui n'est pas de former des lettrés aimables, mais des intelligences robustes, capables de produire de rirlies moissons d'idées et d'actes, grâce au labour profond qu'elles auront reçu.

C est dans cette mesure et dans cet esprit que je crois à lulilili'; d'un enseignement gréco-latin. Essayons de voir en quoi il peutèlrc utile et à quelles rond il ions.

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Les adversaires les plus résolus des études classiques ne sauraient cependant méconnaître un point capital : c'est que l'antiquité n'est pas une chose lointaine et morte, étrangère à notre humanité présente, mais qu'elle constitue pour une large part noire fond intellectuel et moral. l<]lle est une partie considérable de nous-mêmes. Entre elle et nous il y a non pas des relations accidentelles, mais une véritable filiation; d'abord par l'hérédité obscure des idées et des langues qui s'est poursuivie à travers le Moyen âge, ensuite par la rénovation éclatante de la li'adilion antique au xvi' siècle. Xolre littérature, notre [thilosophie, notre morale privée et publique sont tout imprégnées de classicisme. Nous avons l'antiquité, pour ainsi dire, dans le sang et dans les moelles. Il n'en est pas de la civilisai ion gréco-latine comme des civilisations del'Oricnt, (|ui n'ont agi sui' nous que d'une manière indirecte, ou comme des grandes civilisations modernes, dont le développement a été parallèle au neMrc et don! rinllucnce sur nous a été intermittente. Ici, la continuité est directe et ininterrompue.

LES EUDES CUKCO-LATINKS KT LV m'iMOClWlIK IDT

l'ji lilU-raliiro, noire idt'al de composition liarinonieuse, de clarté raisonnaljle, est tout classique. Nos genres littéraires seul, pour la jdupart, les genres méuic de ranli(iuil('. Dans le détail des idées et du style, nos grands écrivains sont les dis(i[)les directs des anciens. Qu'on imagine un liabelais, un Montaigne, un riorneille, un Racine, un Molière, un Bossuel, séparés de la tradition gréco-romaine : il est impossible d'eu concevoir même l'idée, i'^ii philosophie et en science, nous ne sommes pas moins des classiques. L'idée de la science est née en Grèce. Notre géométrie est grecque d'origine. Notre conception d'un onlre régulier du monde, notre idée de loi rationnelle et scientilniue. nous viennent des premiers luuiens. La [)lu|)art de nos systèmes ont leurs prototypes et leurs ébauches dans le monde grec. Notre idéal de rhounTHe homme est encore, à très peu |)rès. ndui de Socrate. Notre morale civique nous vient pour Ic"^ trois quarts d'Athènes et de Home. Lt plus l'csitrit moderne s'all'ranchil du Moyen âge en se (lévelo|tp;iiil dans le sens de la démocratie et de la science, plus il se trouve rapproché de ses origines gré'iD-romaines. Car nous sommes, à beau- «'oup d'éL,Mrd<. \A\\< près de nos loinlains ancèti'es (•lassi(pi»'s (|Uf' ne l'étaient nf»s |)ères du wif siècle.

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Chacun de nos progrès, dans l'ordre de la science ou de la politique, bien loin de nous éloigner de noire vraie tradition, nous y ramène. La grande voie rationnelle et humaine que les anciens avaient frayée nous apparaît de plus en plus comme la route nécessaire de l'humanité en marche, et nous ne cessons d'y avancer.

Etudier la pensée antique, ce n'est donc pas faire œuvre de curieux et de dilettantes : c'est vraiment remonter à nos origines; c'est prendre le fleuve à sa source, ce qui est le seul moyen de le bien connaître et de ne pas se tromper sur sa direction. Ignorer cette partie de nos origines, ce serait nous ignorer nous-mêmes. L'oubli volontaire de notre passé, d'un passé si vivant et si présent, serait une véritable mutilation de notre intelligence. Autant vaudrait fermer nos regards à tout ce qui dépasse l'horizon delà génération présente, et déclarer, par exemple, que les Français du xx'' siècle n'ont pas besoin do savoir ce qui s'est passé en France au xvii" et an xviif siècle. C'est là que devraient en venir les adversaires des études classiques, s'ils osaient être conséquents.

Ces vérités sont tellement évidentes que très peu de personnes osent déclarer sans réserves que toute

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