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Le contrôle chiffré donnerait pour toutes ces figures les formules suivantes qui les feraient réaliser dans leur complète exactitude : 1 . .4/ 1 / 1 .3/ 1 -
Par expérience, j'ai constaté que la pratique du chiffrage faisait gagner un temps considérable dans les études du solfège et procurait aux élèves une précision et une sûreté rythmiques les mettant vite en mesure d'aborder avec fruit la pratique de la musique d'ensemble, l'orchestre ou l'accompagnement, et enfin, chose qui nous intéresse particulièrement ici, leur apportant des images précises et expressives se gravant dans la mémoire rythmique d'une façon ferme et durable.
LA MÉMOIRE NUMÉRATIVE
Nous avons dit que Emile Faguet appelait la mémoire numérative « la mémoire en soi ». Au fond, à la bien considérer, elle est à la fois auditive et visuelle. Naturellement, s'il s'agit de retenir des nombres compliqués et nombreux, cette mémoire demande un exercice de préparation et d'entraînement. M. G. Art propose, par exemple, le calcul mental : connaître très bien la table de multiplication jusqu'à 20 au moins, la table d'addition spontanée de i à 99 ;
Mais ne nous effrayons pas ; ces exigences — qui n'ont toutefois rien de draconien, ne sont pas imposées pour la musique. Nous n'y avons jamais que des petits nombres à retenir, nombres qui ne dépassent jamais deux chiffres et ne subissent aucune modification l'un par l'autre.
En général, les chefs d'orchestre seront les premiers à faire fréquemment appel à la mémoire numérative, notamment pour la direction de certains passages très rapides avec multiples répétitions de formules semblables, qu'on ne peut diriger convenablement que par cœur. Des passages de cette espèce se trouveront, pour citer un exemple entre cent, dans les Danses du Prince Igor de Borodine (final
à un temps à partir du ré mineur) où les dessins d'accompagnement, sortes de ritournelles, s'entremêlent, en nombres différents, avec les motifs principaux qui comportent de nombreuses entrées à indiquer à l'orchestre. Le conducteur ne pouvant à la fois avoir l'œil sur la partition et sur l'orchestre, n'obtiendra une exécution vivante et franche que s'il peut diriger, dans maints endroits, <( dégagé de l'obligation de lire ». Très souvent il devra donc constater et retenir que là il y a une formule qui dure huit mesures et ensuite un dessin qui en occupe seize, puis un autre, etc., etc..
Voyez l'introduction du Final de la Symphonie Espagnole de Lalo, avec cette accumulation de redites : pour le chef et pour le soliste, ne faut-il pas compter et... retenir ? Et le Final encore de la Symphonie sur un thème montagnard de Vincent d'Indy, n'exiget-il pas souvent toute une arithmétique, rudimentaire il est vrai, mais arithmétique tout de même, pour le chef qui veut « tenir son monde » ?
Et qu'on ne croie pas que ce sont là des cas exceptionnels, car il y a peu d 'œuvres, mênie classiques, surtout si le chef veut diriger de mémoire, dans lesquelles la mémoire des nombres n'intervient pas I
Les chefs de chœurs, qui ont à faire à des amateurs et ne peuvent que rarement se dispenser de marquer les entrées, devront souvent diriger de mémoire et certains passages, à entrées très serrées, de mouvement vif, se classeront au mieux par le souvenir des nombres.
La mémoire numérative rendra souvent service, également, aux artistes lyriques qui ne doivent pas toujours
compter sur le chef d'orchestre pour les (( faire partir » et qui ont souvent à compter, soit un certain nombre de lemps, soit un certain nombre de mesures, soit un nombre déterminé de répétitions du même motif, avec ou sans variantes, etc..
Dans la construction architecturale de l'œuvre même, il est souvent utile de faire appel à la mémoire numérative qui fixera le nombre de fois qu'un motif, d'une durée d'autant de mesures, devra être répété avant qu'intervienne une autre combinaison, parfois numérative à nouveau, qui ramènera le premier motif, ou un nouveau, peut-être, qui aura reçu son numéro d'ordre.
Certains praticiens, dans l'analyse thématique d'une œuvre, se servent de lettres. Le premier thème reçoit l'étiquette <t Thème A », et ses divers fragments <( fragment a, fragment a', fragment a" », etc.. C'est un procédé tout à fait assimilable aux chiffres, cela revenant à dire « Thème i » « fragment I , fragment i', fragment i" », ou, encore « fragment F, 12, F », etc.. Toute cette représentation est conventionnelle et individuelle. L'essentiel est qu'elle existe pour pouvoir opérer une analyse et fixer un plan ordonné. Dans une pièce courte, elle prend peu d'importance parfois ; dans une pièce développée, elle peut atteindre l'aspect d'une série d'équations compliquées. Il y a donc lieu de ne pas la négliger et de nous assimiler la mémoire des nombres d'une façon aussi claire et représentative que possible.
Pour les cas difficiles et lorsqu'il s'agira de retenir pour longtemps, il sera à conseiller de faire un plan écrit, en divisant l'œuvre selon ses parties logiques (comme nous le
verrons au chapitre de la mémoire analytique), de lire ce plan à haute voix un certain nombre de fois, de la pratiquer en jouant, ou en dirigeant un ensemble imaginaire, en énonçant chaque fois les indications dû plan se rapportant au passage commencé.
Terminons nos remarques au sujet de la mémoire numérative en signalant que les chiffres des doigtés, ceux des positions pour les instrumentistes à cordes s'adressent aussi à la mémoire numérative.