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tre nature animale, n'ont pas connu la joie des triomphes eins et incontestés.

Mais qu'on le remarc[ue de nouveau, l'œuvre dont nous çons les grandes lignes n'est point aussi difficile que ïuvre de sanctification de soi, car autre chose est de lutcontre sa paresse et ses passions, autre chose de cher- 3r à extirper de soi, absolument, Tégoïsme. Même réduit à ces termes le combat est long et difficile. les ignorants, ni les présomptueux n'y peuvent vaincre. f a toute une tactique à suivre qu'il faut connaître et long labeur qu'il faut accepter. Entrer dans l'arène is connaître les lois de la psychologie, ou sans suivre les iseils de qui les connaît, c'est vouloir vaincre aux échecs, is connaître la marche des pièces, un adversaire exercé, is, diront les partisans d'un libre arbitre chimérique, si is ne pouvez rien créer, si par un fiât volontaire vous pouvez donner à tel motif ou mobile une force qu'il n'a î naturellement, vous n'êtes pas libre ! — Si fait, nous nmes libres, et nous ne désirons pas être libres autrent : au lieu de prétendre, comme vous le faites, donner m motif de là force par une simpfe volition (?), par un e mystérieux, bizarre, contraire à toutes les lois scienques, nous prétendons, nous, la lui donner par une in- [igente application de la loi d'association. Nous ne comndons à la nature humaine qu'en lui obéissant. La seule •antie de notre liberté ce sont les lois de la psychoie, qui sont aussi le seul instrument possible de notre 'anchissement. Il n'y a de liberté pour nous qu'au sein déterminisme.

^ous voici abordant le point précis du débat. On nous : si vous n'acceptez point que la volonté puisse , san^

aucunement le désirer^ uniquement par sa libre initiative, assurer la prépondérance à un motif sans force sur de puissants mobiles, vous présupposez le désir. Votre étudiant, s'il ne désire, pas travailler, ne ^travaillera jamais. Vous voici revenu à une prédestination, et à une prédestination plus cruelle que la prédestination calviniste, car le calviniste prédestiné à Tenfer ne sait pas qu'il lui est prédestiné, et l'espérance du ciel ne le quitte jamais. — Mais votre étudiant, par un examen de conscience approfondi, peut savoir qu'il n'a pas le désir, pas la grâce, que, partant, tout effort est inutile : il doit laisser à la porte toute espérance.

Voilà la question posée aussi nette que possible. J'ai ou je n'ai pas le désir du mieux — si je ne l'ai pas, tout effort est vain — or comme le désir ne dépend pas de moi, que la grâce soufiQe où elle veut, nous voici acculés au fatalisme, bien plus à la prédestination î — Très bien; mais en accordant ceci, nous accordons moins qu'il ne semble. Notez que le désir du mieux, si faible quHl soit, nous suffit, parce que nous pensons qu'en employant les moyens de culture convenables, on peut le développer, le raffermir et"* le transformer en une solide et durable résolution. — Mais ce désir, si faible que vous le postuliez, il vous le faut ! s'il ne préexiste pas, vous ne pouvez rien !

— Nous l'admettons pleinement : nous croyons d'abord que les partisans mêmes de la liberté par le fiât nous accorderont qu'il n'y a guère h faire fond sur une décision de s'améliorer qui ne repose sur aucun désir de s'améliorer î Accomplir à contre-cœur une œuvre de longue haleine, ne pas aimer ce qu'on cherche à réaliser, c'est s'ôter toute chance de succès. Il faut pour réussir, l'amour

a tâche. — Mais, encore une fois, cet amour, ce désir, e étudiant Ta ou ne Ta pas. S'il ne l'a pas, le voilà iamné sans rémission. — Nous accordons ce dilemme, is-nous dit. Oui, le désir est nécessaire ; pas de désir Vanchissement, pas de liberté! Mais les douloureux ,s de cette prédestination n'atteignent qu'une catégorie ens, que les partisans du libre arbitre le plus absolu nidèrent, eux aussi, comme de malheureux prédes-

1 effet, le groupe de nos prédestinés coïncide avec le ipe de ces infortunés aliénés atteints de folie morale, 5 admettons, sans pouvoir le démontrer, et uniquet parce que jamais nous n'avons rencontré de cas itifs, que si Ton demande à un homme quelconque non int d'aliénation, s'il préfère la carrière glorieuse d'un \eur à celle d'un ivrogne avili, cet homme répondra Evidemment c'est là un postulat, c'est notre postulat, i qui le contestera ?

ai a connu des hommes absolument insensibles à la ideur du génie, à la beauté, à la grandeur morale ? ne pareille brute existe ou a existé, j'avoue que son me laisse froid. Et si mon postulat est certain, et il , pour la grande majorité des hommes humains^ cela suffit. Car dès qu'un homme préfère à l'ignoble aviment des plus repoussants spécimens de l'espèce aine la grandeur d*un Socrate, d'un Regulus, d'un ;ent de Paul, cette préférence, si faible soit-elle, suffît, préférer implique aimer ^ désirer. Ce désir, quelque \i qu'on le suppose, peut être protégé, affermi. Il gransi on le cultive et il se transformera par le jeu habijnt manié des lois psychologiques, en une résolution

virile. C'est ainsi que d'une graine, repas d'une fourmi, sort un chêne puissant qui défie les ouragans.

Par conséquent, d'être acculés à cette prédestination, cela ne nous trouble en rien, puisqu'en dehors d'un groupe d'aliénés que sacrifient même les partisans du libre arbitre par le fiât, et peut-être d'un groupe de quelques douzaines de brutes irréductibles, nous sommes tous prédestinés de la bonne manière. La morale n'a donc nullement besoin de lier son sort à des théories aussi hasardeuses — et nous le répétons aussi décourageantes que celle du libre arbitre. La morale rCa besoin que de la liberté, ce qui est très différent. Et cette liberté n'est possible que dans et par le déterminisme. Il suffît pour assurer notre liberté que notre imagination soit capable de concevoir un plan de vie à réaliser. Notre connaissance et notre pratique des lois de la psychologie nous permettra, par des diversions, par des alliances, d'assurer la prépondérance du plan choisi et de faire travailler à nos projets le temps qui est la grande puissance d'affranchissement de l'idée en nous.

Notre conception de la liberté n'est peut-être point aussi séduisante pour notre paresse que la théorie du libre arbitre. Mais elle a sur cette dernière l'avantage d'être adéquate à la réalité de notre nature psychologique et morale, et de ne pas nous exposer au ridicule d'une affirmation orgueilleuse de notre absolue liberté, constamment contredite par une vassalité trop réelle à nos ennemis du dedans. Encore si ce conflit n'était qu'amusant pour le psychologue observateur, il n'y aurait que demi-mal ; mais il ne tarde point à produire le découragement chez les mieux intentionnés. De plus, à coup sûr, cette théorie du libre arbitre a éloi- Tayot. 3

c'est une perte irréparable — bien des esprits s de Tétude des conditions du vouloir*, tant que la route e^t débarrassée des théories en ' la nature de la volonté, nous pouvons pénétrer notre sujet et étudier de près la psychologie de

icquérir cette conviction, il suffit de savoir dans quel nd est tombée Tœuvre psychologique la plus solide uite l'école de Cousin concernant la volonté. Nous voude cet admirable Tableau de l'activité volontaire pour cience de Véducation, par Debs. Amiens, 1844, 196 pages

mort vers l'âge de trente-quatre ans, croyons-nous. Il y livre des pages d'une pénétration prodigieuse, si l'on

date de l'œuvre. Page 30 et suivantes, je signale une très nette de la théorie reproduite par W. James, que le lie les termes que dans l'ordre mental. b point fait dans cet ordre d'études Tesprit si fîn de [ n'eût été dévoyé par les discussions byzantines à la

sur le libre arbitre! Cette fatale théorie a enrayé penmi-siècle l'étude de la volonté.

la communication de cet ouvrage à Tobligcance de M. Egger, profes- Ité des lettres de Nuncy et connu du monde savant par son beau livre intérieure^ et par une étude récente magistrale sur le jugement.

CflAPITRE PREMIER

Si les éléments de notre vie psychologique étaient simples, rien ne serait plus facile que d'étudier les dangers et les ressources qu'ils présentent dans l'œuvre de maîtrise de soi. Mais ces éléments forment entre eux des alliages, et même des combinaisons qui rendent délicat le travail d'analyse dans le détail.

Il est cependant facile de remarquer que tous les éléments de notre vie intime se réduisent à trois : nos idées, nos états affectifs, nos actions.

Ce mot idée recouvre bien des éléments différents. La distinction la plus profonde que le psychologue, préoccupé des rapports de Fintelligence et de la volonté, puisse effectuer entre nos idées, c'est la distinction des idées centri-

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pètes et des idées centrifuges. Un grand nombre d'idées nous viennent du dehors; elles sont c logées en Tétamine », comme dit Montaigne, véritables hôtes de passage, qui n'ont subi aucun travail d'assimilation et à qui notre mémoire ne sert que d'entrepôt. Les contradictoires y logent côte à côte et tous nous portons en notre tête un ramas de pensées venues de nos lectures, de nos conversations, de nos rêves même : étrangers qui ont profité pour s'introduire en nous de notre paresse d'esprit, et la plupart sous le couvert de l'autorité de quelque écrivain ou de quelque maître.

C'est dans cet arsenal, où il y a du bon et du mauvais, que notre paresse et notre sensualité iront trouver des justifications. Les idées de cette nature, nous en sommes maîtres ; nous pouvons les mettre en ligne, les faire évoluer à notre guise : mais si nous avons tout pouvoir sur elles, elles n'en ont guère sur nous. La plupart sont des mots, guère plus. Et la lutte de mots contre notre paresse et notre sensualité, c'est la lutte du pot de terre contre le pot de fer. M. Fouillée a défendu une thèse généralement fausse en parlant des idées-forces. Il n'a point vu que ce que l'idée a de force executive lui vient presque toujours de son alliance avec les vraies puissances qui sont les états afl^ectifs. A chaque instant l'expérience nous vient convaincre du faible pouvoir de l'idée. Il y a loin de l'assentiment purement formel à la foi efficiente et instigatrice d'actes. Dès que l'intelligence se trouve avoir à lutter seule, sans secours étranger, contre la brutale cohorte des puissances sensuelles, elle est condamnée à l'impuissance. Dans l'état de santé, cet isolement de l'intelligçnce est impossible : mais la maladie nous fournit avec une

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grande netteté la preuve que toi d'actes importants émaue de la seni gence n'ait en soi nulle force, nous mais qu'elle soit impuissante à rem lourdes et massives tendances anime paraît bien certain. M. Ribot * c^ dém( pies saisissants que lorsque la sensibi atteinte, lorsque la joie qui suit la pas, lorsque l'idée reste sèche, froid devient incapable de mouvoir mên signature. Qui de nous, au réveil, ap un repos imparfait ne s'est pas troi blable ? Plongés en une torpeur pr assez nette, toutefois, nous voyons c mais, hélas! nous sentons de reste qu par elle-même. Que nous entendion vante parlementer avec un visiteur nous avions oublié, et la confusion d' ce qui est un sentiment, nous jette hâte. Dans les cas cités par M. Ribol tration de ce contraste entre les effe sentiment. Un des malades dont il faire le moindre mouvement volontai ligence fût intacte, sauta le premîe qu'elle écrasa une femme sur la rou Malheureusement, on croit que le sont des états à part, tandis qu'ils n sèment de la réalité. De même qu'ui prêt à rire des ridicules d'Harpagon,

(1) Maladies de la volonté, p. 38, 39, 43,

pour lui, de même nous refusons de nous voir dans les états nets, tranchés des maladies mentales. Mais toute notre expérience nous a pénétrés de l'impuissance de l'idée. Sans parler des alcooliques qui savent très bien les conséquences qu'aura leur ivrognerie, mais qui ne les sentent qu'à la première attaque d'apoplexie, alors qu'il est trop tard, qu'est-ce que l'imprévoyance sinon la vision des menaces de l'avenir sans le sentiment de ces menaces ? La misère venue : ah ! si j'avais su î dit-on. On savait, mais non pas de cette connaissance sensible, émue, qui, au regard de la volonté, est la seule qui compte

Au-dessous de cette couche superficielle d'idées qui ne pénètrent pas, se trouvent les idées qui peuvent bénéficier de l'appui de sentiments passagers. Par exemple, on vient de passer plusieurs journées dans une demi-paresse, on lit, mais le livre à faire est là, l'effort rebute, malgré les excellentes raisons qu'on se donne à soi-même : brusquement la poste apporte la nouvelle du succès d'un camarade et nous voilà piqués d'émulation, et ce que les plus hautes et les plus solides considérations n'avaient pu produire, une onde émotive d'ordre inférieur, le fait incontinent. Je me souviendrai toujours d'un événement qui me montra avec une éclatante évidence la différence de l'idée et de Témotion. Avant l'aube, au Buet, je me trouvais traverser un névé en pente rapide dont le fond disparaissait dans l'obscurité. Je glissai. Je ne perdis pas un instant la tète. J'avais conscience de ma situation critique et une vue nette du danger. Je parvins tout en pensant que j'allais me tuer, à ralentir, puis à enrayer ma course cent mètres plus bas. Très calme, je traversai très lentement le névé en m'aidant de mon alpenstock et une fois en sûreté dans les

rochers, définitivement sauvé, je fus (peut-être à cause de Tépuisement provoqué par des efforts excessifs) pris d'un tremblement violent. Mon cœur battit, mon corps se couvrit d'une sueur froide, et seulement alors j'éprouvai une peur, une terreur extrême. En un instant la vue du danger devint sentiment du danger.

Plus profond encore que ces idées d'origine externe, adoptées provisoirement par des états affectifs transitoires, se trouvent les idées qui, quoique venues du dehors aussi, se trouvent en harmonie avec des sentiments fondamentaux et qui forment avec eux une alliance si étroite qu'on ne sait si c'est l'idée qui a absorbé le sentiment ou le sentiment ridée. A ce degré elles se confondent avec les idées d'origine interne, issues de notre fonds, et qui sont la traduction en formules nettes de. notre caractère même, de nos tendances profondes. Notre personnalité sentante leur donne une chaude coloration; elles sont en quelque sorte des sentiments. Comme la lave refroidie déjà à la surface se conserve des années durant brûlante à une certaine profondeur, ces idées conservent dans leur métamorphose en intelligence la chaleur de leur origine affective. Ces idées sont à la fois les inspiratrices et les soutiens de toute activité prolongée dans une direction donnée. Toutefois, remarquons-le bien, ces idées ne sont pas tout à fait desidées^: elles sont les substituts nets, précis, commodément maniables des sentiments, c'est-à-dire d'états psychologiques puissants, mais lents, lourds, difficiles à manier. Très différentes elles sont de ces idées de superficie qui constituent < l'homjoie verbal » et qui ne sont souvent même que des mots, des signes vidés des choses signifiées. Leur énergie leur vient en quelque sorte par les

racines. C*est une énergie d'emprunt qu'elles vont puiser dans la source vive des sentiments, des passions, en un mot des états affectifs. Lorsqu'une idée comme celle dont nous parlons naît dans une âme ardente à l'accueillir, par un double et mystérieux phénomène d'endosmose que nous étudierons, l'idée attire à elle les sentiments propres à la féconder; elle s'en nourrit en quelque sorte, s'en fortifle, et d'autre part la netteté de l'idée passe dans les sentiments, leur donne, non la vigueur, mais V orientation. L'idée est pour les sentiments ce qu'est Kaimantation pour les innombrables courants du barreau de fer doux ; elle les dirige dans le même sens, détruit les conflits, et de ce qui n'était qu'amas incohérent, elle forme un courant discipliné, d'une force centuplée. C'est ainsi qu'il suffît parfois en politique de la formule, heureuse d'un homme populaire pour diriger vers une fin bien nette toutes les forces jusque-là anârchiques et contradictoires d'une démocratie. Mais réduites à elles-mêmes, les idées sont sans force contre les brutalités des penchants. A qui n'est-il pas arrivé la nuit d'être saisi par une peur déraisonnée, absurde, de demeurer dans son lit, le cœur battant avec violence, les tempes gonflées par l'afflux du sang, et d'être incapable, la raison n'ayant cependant pas faibli et l'intelligence restant nette, d'apaiser ce ridicule émoi ? A ceux qui n'ont point d'expérience semblable, je conseille de lire à la campagne, par un grand vent d'hiver, après minuit, la Porte murée des contes fantastiques de Hoffmann : ils verront avec évidence combien pèsent peu leur raison, leurs idées nettes contre Témotion de la peur. Sans parler de sentiments aussi forts et quasi instinctifs, on peut constater nettement la différence de puissance réalisatrice de

ridée et des états affectifs en étudiant des sentiments acquis. Que Ton compare la croyance c psittacique » purement intellectuelle de la bourgeoisie des petites villes avec la croyance sentie d'un dominicain. Parce qu'il sent \di vérité religieuse, ce dernier pe^ut lui faire le sacrifice absolu de soi, se priver de tout ce que le monde prise, accepter la pauvreté, les macérations, le régime de vie le plus dur. Le bourgeois chez qui la croyance est d'ordre intellectuel, va à la messe, mais n'a aucune répugnance pour Tégoïsme le plus laid. Il est riche et exploite sans pitié une pauvre domestique qu'il nourrit mal tout en exigeant d'elle un travail exténuant. Qu'on compare encore les velléités de socialisme du boulevardier qui ne se priverait ni d'un plaisir ni même d'une dépense de pure vanité, avec le socialisme senti d'un Tolstoï qui, comblé de tous les biens : noblesse, fortune, génie, vit de la vie du paysan russe. C'est ainsi encore que l'idée que la mort est inévitable demeure abstraite chez la plupart des gens. Et cette idée, après tout si consolante et si reposante, si propre à affaiblir en nous les sentiments ambitieux, Torgueil et l'égoïsme, et à tarir la source de nos soufrances, demeure sans influence sur notre conduite. Comment n'en serait-il pas ainsi puisque chez les condamnés à mort eux-mêmes, cette idée n'est généralement sentie qu'au dernier moment. < Cette pensée était toujours présente à son esprit mais d'une manière vague et générale et il ne pouvait y arrêter son esprit. Ainsi, tandis qu'il frissonnait de terreur et devenait rouge comme le feu en songeant qu'il allait bientôt mourir, il se mettait involontairement à compter les barreaux de la grille du tribunal, il s'étonnait d'en voir un de cassé et se demandait si on le

raccommoderait... ce ne fut que le soir de ce dernier et triste jour que la pensée de sa situation désespérée et de Teffroyable dénouement auquel il touchait, s'offrit à son esprit dans toute son horreur; il n'avait jusqu'alors entrevu que d'une manière vague la possibilité de mourir sitôt*.

Il est d'ailleurs inutile d'accumuler d'autres exemples. Chacun peut en fouillant dans son expérience passée trouver une ample moisson de faits caractéristiques qui le pénétreront fortement de nos conclusions. Non, l'idée par elle-même n'est pas une force. Elle serait une force si elle était seule en la conscience. Mais comme elle s'y trouve en conflit avec des états affectifs, elle est obligée d'emprunter à des sentiments la force qui lui manque pour lutter.

Cette impuissance de l'idée est d'autant plus désolante que nous avons sur elle pleine puissance. Le déterminisme de l'association des états de conscience, habilement utilisé, nous donne dans la région intellectuelle une liberté presque absolue. Ce sont les lois mêmes de l'association qui nous permettent de briser une chaîne d'états associés, d'y introduire des éléments nouveaux, puis de renouer la chaîne. Tandis que je cherchais un exemple concret destiné k € illustrer » cette affirmation théorique, le hasard, fidèle pourvoyeur des gens qui suivent une idée, me le fournit. Le sifflet d'une usine se fait entendre. Ce son, cet

(1) Dickens. Olivier Twist. Hachette, 1883, ch. lii.

état présentatif a brisé sans que je le veuille la trame des idées que je suivais, et a introduit binisquement en ma conscience l'image de la mer, un profil de montagnes corses, puis Tadmirable panorama qu'on découvre des quais de Bastia. C'est que le sifflet avait exactement le même son que le sifflet du paquebot que j'entendis si souvent durant trois années. Eh bien ! notre libération la voilà. : c'est la loi du plus fort. Un état présentatif est, règle générale, plus fort qu'un état représentatif — et si le sifflet entendu peut briser une suite d'idées auxquelles on veut songer, il suffira que nous employions consciemment le même procédé.

Nous pouvons, quand nous le voulons, produire en nous des états présentatifs — introduire pour nous libérer d'as-* sociations très fortes des états présentatifs qui rompront violemment la chaîne. Il y a surtout un état présentatif remarquablement dodle et commode : le mouvement, et parmi les mouvements, les mouvements constituant le langage. On peut prononcer/des mots à haute voix, on peut lire. On peut même, comme le font les religieux en leurs tentations, se fustiger et briser avec violence les associalions qu'on veut briser. L'idée à qui nous voulons assurer la victoire de façon à ce qu'elle soit à son tour le point de départ d'une nouvelle direction de la pensée, nous pouvons ainsi l'imposer par la force.

Ici nous sommes d'ailleurs puissamment aidés dans notre tâche par la grande loi de la mémoire. Tout souvenir a besoin pour se graver profondément d'une répétition fréquente et prolongée. Il a besoin surtout d'une attention vive et sympathique, si je puis ainsi dire. Aussi les substrats cérébraux des chaînes d'idées que nous avons expulsées

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la conscience et que nous maintenons en exil, s'anéent, s'effacent et entraînent dans leur atrophie la disrition des idées correspondantes. Nous sommes donc Itres de nos pensées : nous pouvons arracher les mauses plantes, bien plus même, amener la destruction de portion de terroir qui les portait.

Ui contraire, lorsque nous voulons conserver les assolions présentes et les laisser se développer, nous ^vons bord grand soin d'éloigner les états présentatifs étrans à notre objet et propres à faire irruption dans laconsace; nous recherchons le silence, le calme, nous ferns même les yeux si la trame de nos pensées est fragile, plus, nous appelons à Faide des états présentatifs près à nous servir : nous parlons à haute voix, nous Lvons nos pensées ; l'écriture surtout nous est d'un sers merveilleux dans les longues méditations. Elle souit la pensée et fait complices du mouvement des idées yeux et la main. Chez moi une disposition naturelle ement cultivée par la profession m'empêche de lire s articuler^ de sorte que la pensée est soutenue par trois înes de sensations présentatives, et même par quatre, squ'il est difficile d'articuler sans entendre le mot *. In résumé, c'est parce que nous avons pleine puissance nos muscles, et spécialement sur ceux des organes des 3 ou ceax mis en jeu dans le langage que nous pouvons

On sait que le souvenir d'un mot est très complexe et qu'il se pose de quatre éléments, à savoir : 1* d'une image motrice (mot loncé), 2"* d'une image visuelle (mot imprimé ou manuscrit), une image auditive (mot entendu), 4» d'une image motrice graue (mot écrit). La pensée étant impossible sans langage, il est

que sous toute trame de pensée se développent une ou plurs trames formées des images dont nous venons de parler, id on écrit, les quatre trames d'images peuvent servir de souà la pensée.

nous libérer des servitudes de rassociation des idées. II peut évidemment y avoir des différences tenante la nature de chacun de nous, et en psychologie, actuellement on est coupable de vouloir généraliser son cas puisqu'on découvre chaque jour de nouveaux types qu'oiî confondait jusqu'alors*. Aussi n'afïirmé-je que pour moi que le seul souvenir bien à ma disposition, et toujours le premier évoqué lorsque je veux intervenir dans ma pensée pour en modifier le cours, c'est la préimagination d'un mouvement. Je n'ai de puissance sur ma pensée que parce que je suis maître de mes muscles.

Quoi qu'il en soit, du point de vue de l'éducation de la volonté par soi-même, la conclusion de ce chapitre est assez décourageante. Nous avons toute-puissance sur nos idées, mais, hélas! la puissance de nos idées dans la lutte contre la paresse et la sensualité est presque négligeable : voyons si nous serons plus heureux en étudiant les ressources qu'offrent les états affectifs pour l'œuvre de maîtrise de soi.

(1) Cf. Ribot. Revue philos. : Enquête sur les idées générales. Octobre 1891.

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