VI
Toutefois une objection se présente sans doute obstinément à l'esprit de quelques-uns des lecteurs. Ils ont si souvent entendu répéter qu'il y a antinomie entre Tactivité et la méditation prolongée et que les penseurs sont pour l'ordinaire peu propres à la vie pratique, que l'utilité pour l'action de la réflexion méditative prolongée ne leur paraît point certaine. C'est qu'ils confondent les agités et les hommes d'action vraiment dignes de ce nom. L'agité est le contrairedel'hommed'action.L'agitéabesoind'agirisonactivité se traduit par Faction fréquente, incohérente, aujour le jour. Mais comme tous les succès dans la vie, en politique, etc., ne s'obtiennent que par la continuité des efforts dans une même direction, cette agitation bourdonnante fait beaucoup de bruit, mais de besogne, surtout de bonne besogne, peu ou point. L'activité orientée, sûre d'elle-même, implique la méditation approfondie. Et tous les grands actifs comme Henri IV et Napoléon ont, avant d'agir, longuement réfléchi soit par eux-mêmes, soit par leurs ministres (Sully). Qui ne médite pas, qui n'a toujours présent à la mémoire le but général h poursuivre, qui ne cherche assidûment les meilleurs moyens pour atteindre les fîns partielles, devient nécessairement le jouet des circonstances : l'imprévu le trouble et l'oblige à chaque instant à donner des coups de barre qui finissent par faire perdre la direction générale à suivre. Toutefois, nous le verrons, l'action doit toujours suivre la réflexion méditative : toute seule celle-ci
110 LES MOYENS INTÉaiEDRS
ne suffit point, quoiqu'elle soit la condition nécessaire de toute vie active féconde.
Condition nécessaire, disons-nous, car, tous, nous sommes plus que nous ne le pensons étrangers à nousmêmes. On peut être à bon droit attristé quand on observe qu'il n'y a pas un homme sur mille qui soit une personne : presque tous sont, et dans Tensemble de leur conduite et dans leurs actes particuliers, comme des marionnettes mues parun ensemble de forces prodigieusement plus puissantes que la leur. Ils ne vivent pas plus d'une vie propre que ce morceau de bois que je jette dans le torrent et qui est entraîné sans savoir ni pourquoi, ni comment. Pour reprendre une image célèbre, tous sont mus comme des girouettes conscientes de leurs mouvements et non conscientes du vent qui les meut. L'éducation, les suggestions si fortes du langage, la pression extrêmement puissante de l'opinion des camarades et du monde, les proverbes à l'allure catégorique et enfin les penchants naturels mènent la plupart d'entre nous, et bien rares sont ceux qui, ballottés par tant de courants insoupçonnés, orientent résolument leur marche vers un port choisi d'avance et savent s'arrêter fréquemment pour prendre le point et rectifier leur route.
Même pour ceux qui osent tenter cette reprise d'euxmêmes, combien restreint est le temps de la possession de soi ! Jusqu'à vingt-sept ans on est poussé sans beaucoup réfléchir sur sa destinée, et lorsqu'on commence à vouloir prendre la direction de sa vie, on est engrené dans des rouages qui nous entraînent. Le sommeil prend un tiers de l'existence ; les besognes régulières, s'habiller, manger, digérer, les exigences du monde, les exigences de la fonc-
lion, les malaises, les maladies, laissent bien peu de temps pour la vie supérieure! On va, on va; les jours se succèdent et on est vieux quand on commence à voir clair dans son existence. De là cette prodigieuse puissance de TÉglise catholique, qui sait où elle conduit les gens, et qui, mise par la confession et la direction des âmes au courant des plus profondes vérités de la psychologie pratique, trace une large voie pour le grand troupeau des marionnettes, soutient les faibles qui chancellent, et pousse dans une direction sensiblement uniforme, cette foule qui sans elle fût descendue ou fût demeurée, au point de vue de la moralité, au niveau de l'animal.
Ah! oui, presque tous subissent à un degré incroyable des suggestions venues du dehors I C'est d'abord l'éducation reçue dans la famille, et les familles de philosophes sont rares I Rares par suite les enfants qui reçoivent une éducation rationnelle. |Ceux mêmes qui reçoivent une telle éducation baignent en quelque sorte dans une atmosphère de sottise. L'entourage, les domestiques, les amis, qui subissent puissamment l'influence de l'opinion publique, farciront la mémoire de Tenfant dés formules qui ont cours dans la société. Lors même que la famille pourrait élever des cloisons étanches contre ces préjugés, l'enfant aura des maîtres dont bien peu réfléchissent, et des camarades infestés de l'esprit commun. De plus, vivant parmi ses semblables, Tenfant le mieux élevé devra parler le langage de ses semblables. Or chacun sait que le langage est d'origine populaire. La foule a fait un langage à son image. Elle a déversé en lui sa médiocrité, sa haine pour tout ce qui est vraiment supérieur, son jugement épais et naïf qui s'arrête aux apparences. Aussi retrouve-t-on dans le langage
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des multitudes d*associatioQS d'idées élogieuses pour la fortune, pour le pouvoir, pour les faits de guerre, et méprisants pour la bonté, pour le désintéressement, pour la vie simple, pour le travail intellectuel. Et nous subissons tous à un haut degré cette suggestion du langage. En voulezvous la preuve? Qu'on prononce devant vous le mot € grandeur », il y a cent à parier que le mot évoquera des idées de puissance, d'apparat, avant de vous faire penser à la grandeur morale. Tous évoqueront César, personne Ëpictète. Est-ce de bonheur qu'il s'agit. Voilà que se lèvent dans Tesprit les idées de fortune, de pouvoir, d'applaudissements ! Faites, comme je l'ai faite, rexpériencc sur une quinzaine des mots les plus caractéristiques de tout ce qui fait que la vie vaut pour un penseur la peine d'être vécue, faites croire que vous recherchez au point de vue psychologique les images qui accompagnent le mot, afin que nul ne se doute de la portée morale de cet exercice, et vous serez édifié. Vous en conclurez que le langage est le plus puissant instrument de suggestion que possède, au préjudice des esprits de valeur, l'ignorance sotte et vulgaire.
Or sur cette sottise universelle, chaque camarade de notre étudiant détient une liasse d'obligations qu'il convertira en menue monnaie au fur et à mesure des occasions de dépenses quotidiennes. Les proverbes renferment, sous une forme vive et concise, la sagesse des nations, c'est-à-dire les observations des gens qui ne connaissent pas les règles élémentaires d'une bonne observation, et qui ne soupçonnent point en quoi peut bien consister une expérience probante. Ces proverbes répétés incessamment finissent par prendre une autorité qu'il est de mauvais ton de con-
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LA RÉFLEXION MÉDITATIVE li3
lester. Parle-t-on d'un jeune homme qui sacrifie stupidement tous les plaisirs vraiment dignes de ce nom à la vanité de traîner de brasserie en brasserie quelque femme grossière et capricieuse : « il faut que jeunesse se passe î » dira quelque grave personnage qui veut paraître large en ses idées ; bien heureux s'il n*encourage pas le jeune homme à ccmtinuer, en manifestant le vif regret que le temps de ces folies soit passé pour lui-même.
Eh bien! il faut avoir le courage de le dire : de telles formules consacrées font au jeune homme un tort qu'on ne saurait exagérer, en l'empêchant de réfléchir; de voir la vérité. Et comme, dans tous les pays d'Europe et d'Amérique, nous sommes jetés, au sortir du collège ou du lycée, sans aucune surveillance réelle, sans aucune tutelle morale, dans quelque grande ville ; comme jamais on ne nous a mis en garde contre cette fatale atmosphère de préjugés absurdes qu'on respire dans un milieu d'étudiants, notre conduite incohérente et désastreuse s'explique fort bien. Ces bandes d'étudiants tapageurs, que réprouvent les hommes rangés^ ce sont les idées sans critique qui encombrent les cerveaux de ces « hommes rangés » passées à la substantialité et réalisées objectivement.
Cette suggestion est si forte que ceux qui parviennent à s'en débarrasser à l'âge mûr sont à envier. La faiblesse de la volonté çt la force des penchants inférieurs aidant, beaucoup s'empressent de tenter de légitimer à coup de proverbes leur jeunesse gâtée et leur âge mûr qui continue leur jeunesse. Toutes ces erreurs accumulées par l'éducation, l'exemple, le langage, le milieu, favorisées par les penchants, forment en l'esprit comme un brouillard épais qui dénature la vue des choses. Pour dissiper ce brouillard, Payot. s
il n'y a qu'un moyen : se réfugier souvent dans la solitude méditative ; substituer en soi aux suggestions médiocres de l'entourage les suggestions d'un grand esprit, et laisser dans le calme ces suggestions bienfaisantes pénétrer jusqu'au fond de l'âme. La solitude propice à cette pénétration est facile à l'étudiant : jamais par la suite il ne retrouvera une aussi pleine liberté, et il est vraiment triste qu'on soit si peu maître de soi à l'époque où l'indépendance est entière.
Mais il n'en demeure pas moins vrai que nous pouvons dans cette retraite intérieure, soit par nous-mêmes, soit en nous aidant des réflexions de penseurs, dissiper peu à peu nos illusions. Au lieu déjuger les choses d'après l'estime qu'en font les autres, nous nous accoutumerons à les regarder en elles-mêmes. Nous romprons surtout l'habitude que nous avons de juger de nos plaisirs et de nos impressions d'après l'opinion. Nous verrons comment le vulgaire qui se contente de plaisirs inférieurs, par incapacité des plaisirs supérieurs, non seulement revêt les premiers d'apparences mensongères, réservant pour eux tous les termes élogieux du langage, mais encore enveloppe de mépris et de moqueries les plaisirs supérieurs — et flétrit tout ce qui est digne d'estime. Un philosophe qui réfléchit et ne suit point le courant est un songe-creux, un original, un fou. Celui qui médite est un abstracteur de quintessence qui tombe dans quelque puits en regardant les étoiles. Toutes les épithètes laudatives, les dactyles allègres, sont pour le vice, et les lourds spondées pour la vertu : autant l'un est gracieux, élégant, autant l'autre est austère, rigide, pédantesque. Molière lui-même, avec tout son génie, n'aurait pu nous faire rire du vice. GélimèHe, la coquette sans bonté
LA RÉFLEXION MÉDITATIVJ
ni franchise n'est pas ridicule, c'est Thon toutes les paroles et tous les gestes mai droiture, c'est Alceste, qui a le don d'être un e'tonnement très grand chez les élèv( quand ils apprennent qu'Alceste est un j( gant ; tant le mot de vertu entraîne puiss gestions incluses dans le langage courani fois, est le dépôt conservé de tout ce qi bas. Max Mûller évalue le nombre des m un Anglais cultivé à trois ou quatre milL employés par les grands maîtres à quinz< eh bien, c'est dans le catalogue des m que bien rarement employés dans la cor forment la différence entre le bagage de l'I et du penseur, que se trouve tout ce qui < élevé. Malheureusement il en est de ce s( sionné par la pensée dans le langage c tagnes : le vulgaire peut faire sur les son excursions, mais ce sont les plaines qi pourquoi les associations d'idées vont ce est élevé. « Dès l'enfance nous avons ouï taines choses comme des biens, et d'ai maux. Ceux qui nous en ont parlé nous oi de leurs mouvements et nous sommes i regarder de la même sorte et à y joindre vements et les mêmes passions * » : « o par leur prix véritable, mais par ce prix l'opinion des hommes. »
Encore une fois, c'est dans la réflexi
(1) Nicole. Danger des entretiens
Tétudiant trouvera le remède et saura voir par lui-même. Qu'il se jette dans la vie, comme tous les autres, il le faut bien : sans cela, il n'aurait aucune expérience et ne saurait éviter aucun danger. Mais qu'après Texpérience faite de la vie commune, il rentre en lui-môme, analyse soigneusement ses impressions : il cessera dès lors de se méprendre sur la valeur, sur la grandeur, et surtout sur le rapport des choses avec lui-même : il en élaguera ce qui est d'importation étrangère. Il aura bientôt tiré de la vie de l'étudiant ordinaire la conclusion qui la résume : à savoir qu'elle est généralement le sacrifice de tous les plaisirs durables, des joies hautes et sereines, à la vanité* Vanité de paraître affranchi, d'emplir les brasseries de cris et de tapage, de boire comme un ivrogne, de rentrer à deux heures du matin par forfanterie, de s'afficher partout en compagnie de femmes qu'il verra demain aux bras de successeurs non moins fiers que lui de s'afficher.
Après la compression de l'internat, après la surveillance si inquiète des parents, il est clair qu'il y a dans cette conduite une manifestation éclatante d'indépendance. Mais à quoi bon manifester? le sentiment réel de son indépendance, voilà la grande joie. Le reste n'est que vanité. Il y a une très fausse appréciation du produit net en bonheur de cette vie tapageuse. Et pour ce qui est de la vanité, il est si facile de la satisfaire d'une façon intelligente! Combien la joie d'être apprécié des professeurs, de passer d'excellents examens, de combler les vœux des parents, et d'être sacré grand homme dans sa petite ville, laisse loin derrière elle cette satisfaction vaniteuse de l'étudiant de plaisir, satisfaction à la portée du plus sot des portefaix, ou du commis de magasin qui a touché sa paye.
Que l'étudiant rentre donc en lui-même, et fasse subir une critique pénétrante à tous ces plaisirs qui ne sont que fatigues et déboires dissimulés par une illusion de vanité. Qu'il dissèque, en outre, un à un tous les préjugés, les sophismes qui pullulent contre le travail intellectuel ; qu'il ouvre tout grands les yeux et regarde de près, dans le détail^ quelques-unes de ses journées et les principes qui le guident. Ces réflexions qu'il les aide de lectures bien choisies et laisse de côté tout ce qui ne vient point en aide à sa volonté. Il découvrira ainsi un monde nouveau. Il ne sera plus condaipné à contempler, comme les prisonniers enchaînés dans la caverne de Platon, les ombres des choses : il verra face à face la pure lumière du vrai.
tl se créera* ainsi une atmosphère d'impressions sala» bres et viriles, il sera une personnalité, une intelligence maîtresse d'elle-même, il ne sera point poussé dans les directions les plus contraires par les incitations venues soit de ses tendances aveugles, soit du langage, soit des camarades, du monde et du milieu.
Toutefois il est clair qu'on peut se réfugier dans la solitude la plus profonde et y vivre par la pensée au milieu du monde. La solitude que nous demandons consiste à refuser accès aux mesquines préoccupations, à se contraindre à n'accepter que les objets et les considérations capables d'émouvoir en l'âme les sentiments que l'on veut éprouver. Cette œuvre ne nécessite point une retraite à la Grande-Chartreuse et elle est parfaitement compatible avec les occupations habituelles : il suffit de savoir se réserver à la promenade ou chez soi une c retraite intérieure > et de diriger son attention uniquement, pendant un temps plus ou moins long chaque jour ou chaque
e, sur les motifs susceptibles d'émouvoir des sen- 3 de répulsion ou d*amour.
§ VII
ors, non seulement notre jeune homme échappera -assalité des suggestions vulgaires et aux erreurs uées par la passion ; non seulement sa conduite se a davantage sur la vérité, mais il échappera à de dangers. Maîtrise de soi, en effet, implique reprise jur les mille suggestions du monde extérieur, mais plique aussi et surtout domination de Tintelligence puissances aveugles de la sensibilité. Si Ton jette ird attentif sur la conduite des enfants, de la plupart imes et de la grande majorité des hommes, on est de la tendance que tous ont à agir suivante Timpul- L premier moment et de la très manifeste incapacité ;e trouvent d'adapter leur conduite à des fins un It peu éloignées. A chaque instant ce sont les émoominantes en eux qui les poussent à accomplir tel tel autre. A une onde de vanité succède en leur nce une onde de colère, un élan d'affection, etc. ; actes habituels ou obligatoires éliminés, ce qui , surtout en société, pour principe, le besoin de bonne opinion de soi à des gens dont le critérium r l'ordinaire fort peu élevé. Et le penchant est si se prendre naïvement comme type de ce qui est ue le public considère comme hommes d'action nent les remuants qui ne peuvent demeurer en es agités. Quiconque s'enferme en sa solitude pour ' et penser, encourt le blâme. Cependant tout ce
qui a été fait de grand et de durable dans le monde a été accompli par des méditatifs, par des penseurs. Le travail fructueux de l'humanité a été accompli tranquillement, sans hâte et s^ns fracas par ces rêveurs dont nous parlions et c qui tombent dans un puits en regardant les étoiles >. Les autres, les tapageurs, les hommes politiques, les conquérants, les agités qui encombrent l'histoire de leurs sottises, n'ont, considérés à distance, qu'un rôle bien médiocre dans la marche de l'humanité. Lorsque l'histoire telle qu'on la comprend actuellement et qui n'est guère qu'un ramas d'anecdotes destinées à satisfaire la curiosité un peu niaise du bon public lettré, aura fait place à l'histoire écrite par des penseurs pour des peaseurs, on sera étonné de voir combien Faction des c grands agités » à peu modifié le large courant de la civilisation. Les véritables héros de l'histoire, qui sont les grands inventeurs dans les sciences, dans les arts, dans les lettres, dans la philosophie, dans l'industrie, prendront la place qui leur revient de droit, la première. Un pauvre méditatif comme Ampère, qui n'a jamais su gagner de l'argent, dont sa concierge devait rire aux larmes, a plus fait par ses découvertes pour révolutionner la société et même la guerre moderne, qu'un Bismarck et un de Moltke réunis. Un Georges Ville a plus fait et fera plus dans la suite pour l'agriculture que cinquante ministres de l'agriculture mis bout à bout.
Gomment voulez- vous que l'étudiant résiste à l'opinion générale qui comble d'éloges l'agitation qu'elle confond avec l'action féconde? Gomment voulez-vous qu'il ne considère pas comme une nécessité de se donner au moins à lui-même l'illusion de vivre, c'ect-à-dire de faire du tapage
iconsidérément puisque cela est vivre, suivant acceptée ! Tous nos malheurs viennent de ce 1 d'agir aussitôt, besoin stimulé par les louanges n. Cette agitation, dans la solitude, n'aurait pas !me grand danger, faute de savoir à quoi se Mais, par cette tendance à agir inconsidéréiidiant devient le jouet des circonstances extéarrivée d'un camarade à l'heure du travail, une iiblique, une fête, un événement quelconque it. Car, on peut le remarquer facilement, l'imdémonte » les volontés faibles. Le salut ne se dans la réflexion méditative : la prévision des s extérieurs peut même tenir lieu de l'énergie r l'étudiant peut éliminer l'improviste de son Il peut facilement prévoir les occasions de qui pourront se présenter à lui. Il sait, par que tel camarade cherchera à l'entraîner soit ierie, soit à la promenade — il peut parfaitelarer d'avance les formules de refus — ou si r et simple lui est pénible, il peut préparer un et couper court à toute insistance * ; mais encore i on n'a pas décidé d'avance et fermement qu'on liez soi pour faire tel travail précis et si on u'a é les formules qui couperont court à toutç ten .
'approuvons nullement Tintransigeance de Kant sur le Comment ! il me serait permis de tuer un homme lis en état de légitime défense et le mensonge ne serait s dans ce même cas de légitime défense contre des i'est plus qu'un droit, c'est un devoir de défendre contre ail et sa pensée. C'est bien souvent la seule arme qu'on protéger sans oiTenser gravement autrui. Le mensonge ble, odieux, c'est le mensonge nuisible à quelqu'un, lite avec l'intention de nuire est aussi coupable qu'un :e qui fait l'acte coupable, c'est l'intention malveillante.
tative d'embauchage pour ne rien faire, on a de grandes chances de perdre sa journée. Prévoir, au point de vue psychologique, c'est préimaginer les événements. Celte préimaginatîon, si elle est vive et nette, équivaut à un état de demi- tension tel que la réponse, ou Tacte, s'exécute avec une grande rapidité : si bien qu'entre la pensée de l'acte ou de la réponse à faire et la réalisation objective de cette pensée, il n'y a pas de temps matériel pour que les incitations des événements extérieurs ou les exhortations des camarades puissent s'intercaler; les événements hostiles à notre décision ne font en quelque sorte que provoquer l'exécution automatique des actes conformes à la décision.
Ce n'est que pour les êtres faibles que la vie est faite d'improviste. Pour qui n'a pas de but nettement fixé, ou pour qui ayant ce but fixé ne sait pas maintenir ses regards sur lui, et s'en laisse constamment distraire, pour celuilà, la vie devient incohérente. Au contraire, pour qui s'arrête fréquemment à « relever le point > et à rectifier la direction, rien n'est imprévu ; mais pour cela il faut prendre assez nettement conscience de ce que nous sommes, de nos fautes habituelles, des causes qui d'ordinaire nous font perdre notre temps — et nous tracer en conséquence une ligne de conduite : nous ne devons pas, en quelque sorte, nous perdre de vue.
Nous pourrons ainsi arriver à diminuer de jour en jour la part du hasard dans notre existence. Non seulement nous saurons sans hésitation ce que nous devons dire et faire en telle occurrence extérieure, par exemple, rompre avec tel camarade, changer de chambre, de restaurant, fuir quelque temps à la campagne ; mais nous pourrons
encore instituer un plan complet et détaillé de bataille contre tous les hasards intérieurs.
Ce plan est d'une importance capitale. Lorsqu'il est bien conçu, on sait ce qu'on doit faire qus^nd une suggestion sexuelle s'implante en la pensée et qu'on ne l'en peut chasser ; on sait comment vaincre les accès de sentimentalité vague, comment triompher de la tristesse, du découragement. On a, comme un bon général, mesuré tous les obstacles provenant des qualités de l'ennemi, des difficultés du sol, des défauts de ses propres troupes — mais on a aussi apprécié les chances de succès en tenant compte des défectuosités du commandement ennemi, des avantages de tel pli de terrain, de tel relief du sol et des qualités d'entrain des troupes. Alors on peut aller de l'avant. Ennemis du dehors et du dedans sont connus, connus aussi leftir tactique, leurs points faibles : la victoire finale n'est pas douteuse car on a tout prévu, même la retraite en bon ordre après une défaite partielle.
Ce sont précisément ces, dangers intérieurs et extérieurs qui peuvent assaillir l'étudiant, auxquels nous devons consacrer notre attention. Nous devons étudier la tactique propre à les vaincre. On verra comment on peut utiliser les circonstances extérieures et faire concourir à l'éducation de sa volonté par soi-même, même ce qui d'habitude aide à précipiter notre affaissement moral. Tant il est vrai que la réflexion, l'intelligence, sont de sûres libératrices, et tant est certain avec le temps, le triomphe de ces puissances de lumière contre les lourdes et aveugles puissances sensibles î
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LA RÉFÏ.EXION MÉDITATIVE 123
§V1II
Comme on le voit, la Réflexion méditative est d'une fécondité merveilleuse en résultats : elle donne naissance à de puissants mouvements affectueux, elle transforme en résolutions énergiques les velléités ; elle neutralise Tii^fluënce des suggestions du langage et de la passion ; elle permet de plonger dans Tavenir un regard lucide et de prévoir les dangers d'origine interne, d'éviter que les circonstances externes, le milieu, donnent des secours à notre paresse native. Ces importants avantages sont-ils les seuls que nous puissions attendre de cette puissance bienfaitrice? Non, car outre Taide qu'elle nous procure directement, elle est riche en résultats indirects.
Elle permet de dégager de l'expérience de chaque jour des règles d'abord provisoires, qui vont s,e confirmant, se précisant, et finissent par acquérir l'autorité et la netteté de principes directeurs de la conduite. Ces principes sont formés par le lent dépôt au fond de la pensée de multiples observations de détail : ce dépôt ne s'effectue point chez les étourdis ni chez les agités : aussi ne profitent-ils pas du passé et comme chez les élèves inattentifs, on retrouve toujours chez eux les mêmes solécismes et les mêmes incorrections — mais ici ce sont solécismes et incorrections dans la conduite. Au contraire chez ceux qui réfléchissent, le passé et le présent sont comme une perpétuelle leçon, leçon qui permet de ne plus reproduire à l'avenir les fautes évitables. Et ces leçons se condensent à mesure en des règles qui sont comme l'expérience concentrée et réduite à l'état d'éUxir. Ces règles, formulées en
JLlAi
imes très nettes, aident à discipliner les désirs varia- , les mouvements naturels qui ont des directions diveres, et à faire régner en la vie un ordre constant ir.
îtte force inhérente à tout principe nettement formulé ient de deux causes concourantes, abord il est une règle à peu près absolue en psychoî : c'est que toute idée d'acte à accomplir ou d'acte à as accomplir, si elle est très distincte, a, en Tabsence Lts affectifs hostiles, une puissance de réalisation qui ylique par le fait qu'entre l'idée et l'acte il n'y a pas différence essentielle. Un acte conçu, c'est déjà un
qui commence. La préimagination est comme la pétition générale » de l'acte ; c'est une demi-tension précède la tension finale ; de telle sorte que l'acte Dnçu est rapidement exécuté ; la meute des penchants )as le temps de donner de la voix ; par exemple vous
résolu de rentrer travailler et vous avez prévu que amarade qui vous a déjà prié de l'accompagner au tre, insistera. Vous préparez la réponse et, le voyant le prévenez : « je suis désolé, je comptais t'accompa- , j'ai tel contretemps qui m'oblige absolument à ren- ». Le ton décidé, très ferme avec lequel vous direz
vousôtera à vous-même toute possibilité de retour et rera de même à l'ami toute possibilité d'insister, mme en politique, ce sont les gens d'initiative nette et ie qui entraînent les indécis, les timorés, les raisons, ainsi dans la conscience, ce sont les états nets, iés qui demeurent maîtres de la situation : de sorte n vous fixez jusque dans les détails la conduite que devez suivre, l'accomplissement du programme arrêté
d'avance prévient les suggestions de la paresse, de la vanité.....
Voilà la première cause de puissance pour les principes. Ce n'est point la seule, ni même la plus importante. En effet, pour penser nous ne pouvons traîner après nous tout un encombrant bagage d'images. Nous remplaçons les classes d'objets particuliers par des abréviations commodes, par des signes que nous avons bien en main, et qui ne sont autre chose que les mots. Nous savons que quand nous le voulons, il suffit de maintenir un instant l'attention sur le signe pour voir surgir les images particulières, comme ressuscitent des centaines de rotifères desséchés lorsqu'on laisse tomber sur eux une goutte d'eau. Il en est de même pour nos sentiments. Ce sont choses lourdes et encombrantes, difficilement maniables pour la pensée : aussi les remplace-t-on dans l'usage courant par des mots qui sont des signes courts, maniables, et qui par association, sont éminemment propres à éveiller les sentiments qu'ils représentent. Certains mots sont pour ainsi dire vibrants de l'émotion qu'ils signifient : tels sont les mots honneur, grandeur d'âme, dignité humaine. ,j. félonie,— lâcheté, etc. Eh bien, les principes sont eux aussi, des abréviations concises, énergiques, souverainement propres à éveiller les sentiments complexes plus ou moins puissants qu'ils représentent en la conscience usuelle. Lorsque la méditation a provoqué en l'âme des mouvements affectueux ou des mouvements de répulsion, comme ces mouvements disparaissent bientôt, il est bon de conserver une formule qui les puisse rappeler en cas de besoin et qui les résume en quelque sorte. Cela est d'autant plus utile qu'une formule précise se fixe dans la pensée avec une
que nous nous laissions emporter passivement, sans jamais nous retourner, nous pouvons revenir sur les souvenirs agréables de l'existence, les ruminer, les revivre à nouveau.
En outre, n'est-ce rien que de prendre fortement conscience de sa personnalité ? N'éprouve-t-on point quelque chose de la joie qu'a un bon nageur de lutter cpntre la vague, tantôt la laissant s'enfler et passer sous lui, comme une caresse, tantôt la provoquant et donnant au travers? Si toujours le sentiment de notre puissance dans la lutte victorieuse contre les éléments provoque en nous de profondes émotions agréables, quel intérêt palpitant ne prendrons-nous pas à cette lutte du vouloir contre les puissances brutales de la sensibilité? C'est bien pour avoir peint les joies de la maîtrise de soi, que Corneille est si haut placé dans l'admiration de la postérité, et si ses personnages eussent eu la victoire moins facile, si leur lutte eût été plus longue contre les fatalités de notre nature animale, son théâtre eût été plus profondément humain, et comme il nous offre un très noble idéal. Corneille fût devenu non seulement le premier de nos poètes dramatiques, mais le génie le plus haut et le plus admirable de tous les temps.
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CnAPITRE II
qd'est-ce que méditer et coument méditer
Si la réflexion méditative a une importance si capitale dans notre travail d'affranchissement, il est urgent de rechercher comment on doit méditer, et d'examiner les secours matériels, en quelque sorte, que la connaissance des lois psychologiques et l'expérience peuvent nous procurer dans cet exercice.
Encore une fois, il s'agit pour la réflexion méditative, d'émouvoir en nous de puissants mouvements d'affection ou de haine, de provoquer des résolutions, de poser des règles de conduite, d'échapper au double tourbillon des états de conscience d'origine intérieure et des états de conscience provoqués par le monde extérieur.
La grande règle générale pour réfléchir et méditer d'une façon utile, découle de l'examen même de la nature de la pensée. Nous pensons avec des mots. Comme nous l'avons indiqué précédemment, pour penser nous avons dû nous débarrasser des images réelles, parce qu'elles sont lourdes, encombrantes, d'un maniement pénible. Nous leur avons