CONCLUSION
suffit d'une minorité d'honnêtes gens énergiques pour l'orienter dans le droit chemin. Ce qu'on a pu à Athènes pour la beauté et le talent, à Sparte pour l'abnégation, qui osera prétendre que les sociétés actuelles ne le pourront plus jamais pour une œuvre plus noble encore ?
Mais, ajoute-t-on, nulle œuvre d'amélioration morale profonde n'est possible si elle n'a pour fondement des moyens d'ordre religieux. Ceci encore, nous le croyons, mais nous croyons aussi que la seule vérité religieuse nécessaire, et suffisante, c'est d'admettre que l'uaivers et la vie humaine ne sont pas sans un but moral, et que nul effort pour le bien n'est perdu. Nous avons vu plus haut* que cette thèse a pour elle des présomptions sérieuses, et qu'en dernière analyse, il faut choisir nécessairement entre elle et la thèse contraire, et que quelque choix qu'on fasse, on ne peut le justifier expérimentalement. Choix pour choix, il importe de préférer les présomptions les plus fortes, d'autant plus que l'hypothèse moraliste, outre qu'elle est plus vraisemblable, que même elle a seule un sens pour nous, est en même temps consolante et socialement indispensable. Ce minimum de vérité religieuse peut devenir pour les esprits pensants une source abondante de sentiments religieux puissants. Cette croyance, outre qu'elle ne lèse en rien les religions révélées les peut renfermer comme le genre renferme en puissance les espèces. De plus ce minimum de croyance religieuse ne pouvant guère suffire qu'aux esprits cultivés, le penseur considérera comme alliées pour la même fin les religions chrétiennes, en tant, du moins, qu'elles se renferment dans un
(l) Voir ci-dessus, livre III, ch. I, § IV.
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f4 CONCLUSION
'éducation; elles ne sont insolubles, et d'un danger si Dgoissant, que parce qu'on a négligé, aussi bien à l'école rimaire qu'au collège, de faire précéder leducation moile de son fondement qui est l'éducation de la volonté, n donne de fort belles règles de conduite à des gens u'on n'a pas exercés à se bien conduire, à des gens ^oïstes, irascibles, paresseux, sensuels, souvent, il est rai, désireux de se corriger, mais qui, grâce à cette déistreuse théorie du libre arbitre qui décourage les bonnes Dlontés, n'ont jamais appris que la liberté, la maîtrise B soi doivent être conquises peu à peu. Nul ne leur a enîigné qu'à la condition d'employer les moyens néceslires, la conquête de soi-même est possible jusque dans !S cas les plus désespérés. Nul ne leur a enseigné la ictique qui assure la victoire. Nul ne feur a inculqué ardent désir de partir en guerre pour le bon combat ; ils B savent ni combien cette maîtrise de soi est noble par Ile-même, ni combien elle est riche en conséquences our le bonheur et la haute culture de l'esprit. Si chacun 5 donnait la peine de songer à la nécessité de cette œuvre , à la générosité surabondante avec laquelle les moindres forts en sa faveur sont récompensés, on la mettrait non julement au premier rang des préoccupations person- Blles et publiques, mais tout à fait hors de pair, comme DBuvre capitale, la plus urgente de toutes.