VII
En résumé, l'énergie de la volonté, de la vnlonto per>c véranle, implique la possibilité de longs cfl'orls. Or pas de santé, pas d'cITorts durables. La santé est donc une condi- Lion essentielle de l'énergie morale. Nul n'entre ici s'ii
n'esl gcomèire, disait Platon; nul n'entre ici, dirions-nous volontiers, s'il ne suit les lois de l'hygiène en ce qu'elles Dnt de certain. De même que la volonté est faite de menus efibrts rcite'rés, elle est faite en ses fondements de menus soins hygiéniques : soins concernant la nourriture, l'air qu'on respire, le mouvement du sang. Elle suppose un repos et des exercices physiques bien compris. Nous avons dû, à ce propos, combattre l'exagération à la mode actuellement dans noire plate imitation de l'Angleterre; nous avons poussé le scrupule jusqu'à passer en une revue sommaire les distractions nuisibles et celles qui sont utiles, non sans avoir, chemin faisant, précisé les conditions d'un travail intellectuel fécond : c'est que notre conviction est profonde que l'intelligence, la sensibilité et la volonté dépendent pour une large part de l'état du corps. Si une âme, comme le dit Bossuet, est maîtresse du corps qu'eiie anime, elle ne le demeure pas longtemps si le cor[)s est afTaibli, ruiné. En de telles conditions, nous pouvons tenter un effort héroïque, mais cet effort héroïque ne pourra pas être suivi aussitôt de quelques autres, car un épuisement absolu sera la conséquence du premier. Va dans la vie telle que nous l'a faite la civilisation, les occasions d'héroïsme sont rares, si rares, que ce n'est point pour elles que nous devons nous préparer, mais bien pour les efforts de détail réitérés, répétés chaque jour, à chariue ^eure. Il se trouvera par surcroît qu'une volonté trempée par ces perpétuels efforts sera plus qu'une autre picLe aux actions d'éclat quand l'heure sonnerade les accomplir. Mais ces efforts réitérés, cela s'appelle la constance, l'esprit de suite, et dès qu'il y a persévérance dans l'effort, il faut qu'il y ait persévérance aussi dans l'éclosion des forces. On ne
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pensejamaisàquel point les anciens avaient raison quand ils énonçaient leur fameuse maxime : mena $ana tn corpore sano. Soyûns donc bien portants pour fournir à notr«f volonté les provisions d'énergie physique sans lesquelles tout cfTort, de quelque ordre qu'il soit, demeure caduc et infécond.
CflAPITRE V
COUP d'œil générai.
Nous voici parvenus au terme de la première partie àf Dotre traité.
Nous avons d'abord nettement déterminé la nature des ennemis à combattre dans cette lutte si noble et si féconde contre les puissances inférieures de noire nature. Nous avons compris que les passions n'ont tant d'importance dans celle lutte pour la conquête de soi-même que par l'aide qu'elles fournissent à la grande ennemie : la paresse, force d'inertie qui tend sans cesse à faire retomber l'homme jusqu'au degré d'où il a eu tant de peine à s'élever par des siècles d'efforts. Nous avons compris que, par maîtrise de soi, il fallait se garder d'entendre une volonté intermittente, que la suprême énergie, c'est l'énergie continue, prolongée durant des mois et des années, et que la pierre de touche du vouloir c'est la durée.
Puis, nous avons dû débarrasser notre route de deux théories philosophiques à notre avis aussi décourageantes l'une que l'autre : l'une prétend que nous ne pouvons rien sur notre caractère, qu'il est prédéterminé, inné, que nous sommes ce que nous sommes, que nous ne pouvons rien
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tenter pour notre affranchissement : théorie absurde et qui dénote une telle habitude de penser avec des mots et une telle ignorance des faits élémentaires de la psychologie, qu'on s'étonnerait delà voir soutenue par des philosophe:) de valeur, si on ne connaissait la suggestion puissante exercée par les théories préconçues, suggestion qni donne à l'esprit des œillères qui l'empêchent de Toir les faits les plus manifestes.
L'autre théorie, celle da libre arbitre, n'est ni moi:.a naïve ni moins funeste, en ce qu'elle considère la réforme <lu caractère comme l'œuvre d'un instant et qu'elle a certainement éloigné les moralistes de l'étnde de la psychologie : ce n'est cependant que dans la connaissance approfondie des lois de notre nature qu'on peut trouver les indications qui nous permettront la réforme de notre caractère.
Le terrain déblayé de ces deux théories, nous somme.-* entrés dans l'étude psychologique de notre sujet. Nous avons remarqué le grand pouvoir que nons avons sur nos idée.s, et le faible appui qu'elles peuvent nous donner directement, tandis que nous ne pcavons presque rien directement sur le sentiment tout>puissant sur nous. Mais heureusement, avec l'aide du temps et d'une diplomatie pénétrante, nous pouvons tourner toutes les difllcultés et, par des procédés indirects, arriver à triompher lorsque la défaite semblait certaine. Ces procédés qui nous donnent (a maîtrise de nous-mêmes, nous les avons patiemment étudiés dans les chapitres sur la réflexion méditative, sur l'action, et nous avons dû, pénétrés de l'étroitesse des rapports du physique et du moral, examiner en un chapitre d'hygiène les conditions physiologiques favorables à l'exercice de la volonté.
18S LES MOYENS INTERIEURS
La partie purement théorique de notre œuvre est donc terminée : il nous reste à descendre dans le détail, et à appliquer à la vie de l'étudiant les grandes lois générales étudiées jusqu'ici en elles-mêmes. En d'autres termes, nous devons étudier de prés la nature des dangers précis qui menacent l'autonomie morale de l'étudiant, et la nature des secours qu'il peut trouver, pour y parer, soit en luimême, soit au dehors.
•Nous divisons cette deuxième partie, qui est un traité pratique, en deux livres, les livres IV et V.
Le livre IV comprend deux grandes divisions : l'une consacrée aux ennemis à combattre (pars destruens), l'autre {pars construens), est l'exposition des méditations propres à provoquer chez le jeune homme un vif désir d'une vie énergique uniquement soumise à la volonté.
Le livre V passe en revue les alliés extérieurs que l'éludiaat peut trouver pour l'éducation de sa volonté dans la 80ci(i.té qui l'environne.