‹ L'education de la volonteChapitre 30 sur 42 · LES SOPHISMES DES PARESSEUX · texte numérisé non relu

LES SOPHISMES DES PARESSEUX

•a pensée. Dans ce grand calme, les impressions plus rares gagnent en profondeur. Les idées s'éveillent de proche en proche, elles se groupent suivant leurs affinités; les souvenirs reprennent vie, et la croissance lente, calme et puissante de l'intelligence, est bien supérieure au développement heurté, inégal, ûévreux qu'elle reçoit dans lei grandes villes.

Les nuits y sont des nuits de repos qui laissent des lendemains de pleine énergie, et les heures de récréation qu'on passe dans les bois, au grand air, sont des heures de retrempe. Plus d'irritabilité, plus de fièvre ; M poursuite as» eidue et tranquille d'une idée ju.<;que dans ses plus profondes ramifications devient facile. Les travaux de mémoire, OQ peut les faire, et avec quel fruit ! sans être plié sur sa table de travail, dans les forêts, dans les champs: le sang fouetté par la marche et comme inondé d'oxygène, grave pour toujours dans le cerveau les souvenirs qu'on lui confie en ces moments heureux. Le travail de composition, la méditation, deviennent faciles : les idées courent dans la pensée, se groupent joyeusement ; on rentre se mettre à sa table de travail avec un plan net, une ample moisson d'images et d'idées, et, de plus, avec tous les avantages hygiéniques de l'exercice au grand air pur.

Mais il est inutile d'insister: car ce ne sont jamais l(>a circonstances extérieures qui font le talent. Le développement ne se fait point du dehors au dedans, mais bien du dedans au dehors. Les circonstances du dehors ne sont jamais qu'accessoires : elles aident ou contrarient, et peut-être moins qu'on ne le croit d'habitude. Il ne faut donc point classer les étudiants en étudiants qui habitent Paris et étudiants qui ne l'habitent point : il n'y a que deux grandes

catégories à établir parmi eux : ceux qui agissent sérieusement, les énergiques ; et ceux qui ne savent point agir, les volontés faibles : les premiers, quel que soit le milieu où ils se trouvent, feront, avec peu de moyens, des merveilles et généralement leur énergie commencera par créer les moyens ; les seconds, fussent-ils entourés de bibliothèques et de laboratoires, ne font rien, ne feront jamais rien.

Nous voici parvenus presque au terme du livre quatrième il était nécessaire d'aborderde près la question de la sentimentalité vague, e'tat si dangereux pour la volonté. Nous en avons examiné les causes et les remèdes, puis nousavons dû détruire les naïves illusions qui provoquent de si prodigieuses méprises dans l'évaluation que l'étudiant fait de ses plaisirs. Nous avons dû nous arrêter sur ce triste sujet de la sensualité, sur les diverses formes qu'elle prend et examiner les moyens de lutter contre elles. Enfîn il nous a fallu, chemin faisant, détruire les préjugés, les sophismes à forme d'axiomes que la paresse a suggérés à ceux qui à tout prix refusent de travailler. Il nous reste maintenant à faire l'opération inverse, c'est-à-dire à édifier. Après les méditations destructives que nous venons de donner en exemple, et que chaque étudiant devra compléter par ses expériences et ses réflexions personnelles, doivent venir les méditations fortifiantes, propres à stimuler la volonté, à affermir l'énergie.

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