‹ L'education de la volonteChapitre 31 sur 42 · LES I0IB8 DU TBAVAIL · texte numérisé non relu

LES I0IB8 DU TBAVAIL

SI

11 n'y a pas de pensée plus triste que celle que fait nattre le rapide écoulement de notre existence. Nous sentons t'en aller, irréparablement, les heures, les jours, les années. Nous prenons conscience de ce mouvement qui nous emporte rapidement vers la mort. Ceux qui gaspillent leur temps à des occupations frivoles, qni ne laissent pas d'œuvrcs pour marquer le chemin parcouru, éprouvent quand ils jettent un regard en arrière, une singulière impression : les années qui ne laissent d'autre souvenir que celui des efforts qui les ont fructueusement remplies, paraissent vides. La vie écoulée se réduit à rien dans la conscience, et irrésistiblement naît ce sentiment que le passé n'est qu'un rêve vain.

D'autre part, «{uand la route commence à perdre de son intérêt de nouveauté, quand les dimcultés de l'existence nous ont renseignés sur la limite de nos forces et que la monotonie du présent et de l'avenir apparaît, le mouvement de la vie semble s'accélérer et À cette impressiou que Payot. !•

ï42 LES MÉDITATIONS FORTIFIANTES

le passé n'est qu'un rêve, s'ajoute cette autre, plus pénible, que le présent lui-même en est un. Pour ceux qui ne savent pas conquérir sur les fatalités de la vie organique, sur la paresse, sur les sujétions de la vie sociale et de la fonction, de belles heures de méditation, ce rêve même a quelque chose de douloureusement passif. Ils sont emportés comme des prisonniers, dans un train rapide, et malgré eux.

Le sage est emporté aussi vite qu'eux mais il a réfléchi à l'inutilité de toute résistance, il s'affranchit en acceptant ce qu'il ne peut éviter, et il tâche du moins de donner au trajet l'apparence d'un long trajet. Il y parvient en ne permettant point au passé de disparaître en entier. Il sait que pour ceux dont le passage ne laisse pas de traces, ce sentiment que l'existence est une illusion ténue, sans réalité, devient intolérable. Il sait que ce sentiment est inévitable chez les oisifs, chez les « hommes du monde », chez les hommes politiques ordinaires dont la vie est gâchée par les préoccupations infimes et par l'efiort stérile, chez tous ceux, en un mot, dont le travail ne laisse pas de résultats palpables.

Or on ne peut éviter ce sentiment destructeur de la réalité que si l'on a subordonné son existence entière à quelque grande pensée que l'on réalise peu à peu par ses efforts. On éprouve alors un sentiment contraire, celui de la réalité de la vie. Très vif déjà chez le cultivateur dont chaque efi'ort laisse des traces, c'est chez l'écrivain pénétré de son rôle social, qu'il atteint son plus haut développement. Pour lui, chaque jour ajoute aux résultats tangibles de la veille. Sa vie finit même par s'identifier en partie avec son œuvre, et par lui emprunter quelque chose de sa réalité concrète. Aussi peut-on dire que la vie du travailleur est

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