‹ L'education de la volonteChapitre 32 sur 42 · LES JOIES DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

LES JOIES DU TRAVAIL

antrement profonde et substantielle que celle de l'oisif. La fainéantise quotidienne nous Ole donc le sentiment de notre existence, et lui substitue un rêve vain et méprisable. Seul le labeur joyeux, tranquille et fécond peut donner à la vie toute sa saveur. Ce sentiment si plein qu'on appelle < se sentir vivre », le travail seul peut le régulariser, le rendre habituel ; il décuple la joie de vivre et le paresseux I ignore.

D'autre [larL ^i la vie du travailleur intellectuel n'était pas naturellement féconde en heures délicieunes, si elle n'était pas une source vive d'où jaillissent en abondance les joies de la vie active, il lui resterait d'être le contraire d'une vie oisive. Et par le fait seul que le travailleur échappe aux tracas, aux soucis mesquins, à l'ennui morne, intolérable des oisifs, son existence est enviable entre toutes. « Pendant mon séjour à Maer, ma santé a été mauvaise et j'ai été scandaleusement paresseux : il m'en est resté l'impression que rien n'est aussi intolérable que la paresse '. > « Quand un iîoldat se plaint de la peine qu'il a, ou un laboureur, qu'on les mette à rien faire, » a dit Pascal. En efTel, le paresseux est un c heautontimorume» nos >, un bourreau de soi-même, et l'oisiveté absolue de l'esprit et du corps ne tarde pas à engendrer un lourd, un douloureux ennui. Cet ennui lourd et douloureux, beau* coup de gens riches, débarrassés par la fortune de la salutaire nécessité du travail, et n'ayant pas le courage d'entreprendre quelque tâche durable, ne tardent pas à l'éprouver. Ils sombrent dans le spleen, traînent leur dégoût partout, ou cherchent dans les plaisirs sensueb une

(1) Journal dt Darwin, août 183\).

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