‹ L'education de la volonteChapitre 35 sur 42 · J48 LES MÉDITATIONS FORTIFIANTES · texte numérisé non relu

J48 LES MÉDITATIONS FORTIFIANTES

plus juste que les paroles de Quinet : « Quand la vieillesse est arrivée, je l'ai trouvée incomparablement moins amère que vous ne prétendiez. Les années que vous m'annonciez comme le comble de la misère et de la détresse ont été pour moi plus douces que celles de la jeunesse... Je m'attendais à une cime glacée, déserte, étroite, noyée dans la brume ; j'ai aperçu, au contraire, autour de moi un vaste horizon qui ne s'était encore jamais découvert à mes yeux. Je voyais plus clair en moi-même et en chaque chose... » Et il ajoutait : « Vous affirmez que les sentiments s'émoussent en vivant. Moi je sens très bien que je vivrais un siècle, je ne m'accoutumerais jamais à ce qui me révolte aujourd'hui \ »

Ainsi la vie du travailleur intellectuel est la vie heureus*; par excellence. Elle ne prive d'aucun plaisir réel. Seule elle nous donne pleinement le sentiment de la réalité de notre existence : elle chasse cette impression inévitable et douloureuse pour l'oisif, que la vie est un rêve sans consistance. Elle nous arrache au misérable servage de pensée qui fait de l'inoccupé un hochet que ballottent les circonstances extérieures; elle ne laisse point l'esprit ruminer des préoccupations médiocres ou des pensées basses. A CCS bienfaits indirects, la vie laborieuse en ajoute d'autres : elle trempe la volonté source de tout bonheur durable^ elle nous crée habitants de la cité de lumière peuplée de l'élite de l'humanité, et enfin elle nous prépare une vieillesse heureuse, entourée de déférence et de respect. Par nne voie détournée elle donne avec prodigalité, outre les jouissances supérieures de l'esprit et de l'àme, même les

(i) Uespril nouveau, livre vu, ch. 11. "

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