CHAPITRE PREMIER
l'opinion, LB8 PftOFBSSEDRS. ETC.
Nous avons dû jusqu'ici examiner la question do Véducation de la volonté comme si nous ne disposions que de ressources purement personnelles ; comme si nous étions isolés, sans pouvoir espérer un appui quelconque de la société.
liais il est trop clair qu'abandonnés de la sorte à notre énergie propre, nous ne tarderions pas h. jeter bas nos armes et à nous asseoir découragés par la longueur de la conquête de nous-mêmes : car, si Pélan vers le perfectionnement de notre vouloir doit nécessairement provenir do notre nature morale intime, cet élan a besoin d'être soutenu par de très puissants sentiments sociaux.
En réalité nous ne sommes jamais isolés et réduits à nos propres ressources : notre famille, notre entourage immé-
(liât, les gens de notre village ou de notre petite ville soutiennent nos efforts par leurs applaudissements, par urj redoublement d'affection et de sympathie, sans préjudice, lorsqu'il s'agit de brillants succès, des applaudissements d'un public plus large.
Rien de grand dans le monde ne s'effectue sans efforts prolongés, et nul effort ne peut se soutenir durant des mois et des années sans cette galvanisation de l'énergie par l'opinion publique. Ceux mèmes.qui rejettent ouvertement les opinions reçues trouvent dans la chaude sympathie d'une minorité enthousiaste le courage de braver la majorité. Mais résister seul à une unanimité, et pendant de longues années, c'est œuvre surhumaine dont je ne connais pas d'exemple.
Bain parlant avec Mill de l'énergie, déclarait que les deux sources essentielles en s»nt ou bien une vigueur naturellement surabondante, ou bien un stimulant qui surexcite. Mill répondit : There : stimulation is what poeple never sufficiently allow for\ En effet, c'est un stimulant énergique que l'opinion publique, et lorsque rien ni personne ne la contredit, sa puissance peut devenir prodigieuse. Il est impossible d'en exagérer les effets. A Athènes l'unanimité d'admiration pour la force physique et pour le génie littéraire a fait éclore, malgré la petitesse du territoire, la plus riche moisson d'athlètes, de poètes, de philosophes que jamais pays ait récoltée. A Lacédémone, le désir de l'éloge public produisit une race d'une énergie extraordinaire. On connaît l'histoire somme toute vraisem- ■ blable de cet enfant Spartiate surpris à voler un renard et
(1) John Siuart Milly a Criiicism, by A. Bain. London, Longmana, .1882. p. 1 i'J.