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l'amas des faits entassés. Elle est en raison de l'énergie de l'esprit de recherche et d'aventure, si je puis ainsi dire, constamment contrôlé par une sévère critique. Le nombre des faits n'est rien, leur qualité est tout : c'est ce qu'on oublie trop dans l'enseignement supérieur. On n'y développe nullement la vigueur du jugement, l'esprit de hardiesse à la fois et de prudence : on surcharge les jeunes gens de notions de très inégale valeur, on ne cultive que leur mémoire, de sorte qu'on oublie l'essentiel, qui est, ne craignons pas de le répéter à satiété, l'esprit d'initiative allié au doute méthodique.
Notez que l'examen est singulièrement facilité dans l'êlat de choses actuel, et pour l'élève et pour le maître. Pour le premier, un < bourrage » consciencieux suffit & faire illusion. Quant à l'examinateur, il lui est bien plus facile de constater si l'élève sait ceci, puis encore ceci, cl encore cela, que de porter un jugement sur sa valeur comme esprit. L'examen devient une loterie. Que l'on vérifie ces assertions sur le programme monstrueux de la première année de médecine, sur celui de la licence es sciences naturelles, sur celui de la licence historique, sans parler de celui de la plupart des agrégations, et l'on verra à nu cette fatale tendance à transformer l'enseignement supé> rieur eu culture de In mémoire*.
Eh bien ! il faut que les professeurs le sachent : ce qu'il y a de meilleur dans leur enseignement, ce ne sont point
1) Je défle uo homme de bon sens de lire sans indiftnation Ut liste des questions que l'on pose aux candidats à i'olylechnique et à Saint-Cyr. On voudrait découra(;er tous les esprits de Taicur «l'accéder à ces ècoIeH, qu'on ne s'y prendrait pas autrement. L'école de guerre elle-même substitue au travail rnAéclii des elTorts de mémoire exagérés. Cf. Nouvelle Revue: La mittion sociale de l'officier^ 1- et 15 juillet 1893.
leurs cours. Nécessairement fragmentaires en eux-mêmes, sans lien avec les autres cours, ils ne servent pas à grand'chose, et les plus beaux cours du monde, dès la sortie du lycée (et déjà même avant), ne valent pas quelques heures d'un sincère effort personnel de l'étudiant. Ce qui fait la haute valeur de l'enseignemei^t supérieur, ce sont les travaux pratiques. C'est le contact de l'élève et du maître. D'abord par le fait même qu'il est là, le maître prouve la possibilité du travail. Il est l'exemple vivant, concret, tangible et respecté de ce qu'on peut faire en travaillant. D'autre part, ses conversations, ses encouragements, ses aveux, ses demi-confidences sur la méthode ; plus que tout cela, l'exemple donné au laboratoire ; plus que tout cela encore, l'initiative de l'élève encouragée ; les travaux personnels suscités, les expositions devant les camarades, les comptes rendus nets et simples de livres lus, tout cela exécuté sous le contrôle bienveillant du maître, voilà ce qui constitue l'enseignement fécond. Plus un professeur est brillant, plus il s'enchante soi-même à s'entendre parler, plus il intervient, moins je lui confierais des jeunes gens : il faut qu'il les fasse « trotter devant lui, * comme dit Montaigne*. On n'apprend pas plus l'art du travail, et on ne fait pas plus de véritables progrès en esprit scientifique en écoutant un maître, qu'on ne fait de progrès en gymnastique en assistant à une représentation dans un cirque. Comme on le voit, les deux besoins essentiels de l'étudiant, le besoin d'une direction morale, et celui d'une direction méthodique du travail, ont un remède commun : le contact intime du professeur et de l'élève. Le professeur lui-
(1) Essais, I, XXV.
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même y trouvera sa re'compense, car en suscitant chez ses disciples l'enthousiasme scientifique, il retrempera le sien propre, et d'autre part, il se convaincra facilement que tous les grands mouvements de pensée accomplis dans le monde l'ont été, non par la communication des connaissances, mais par la communication d'un amour ardent pour le vrai ou pour quelque grande cause, et par la communication de belles méthodes de travail: c'est dire, en un mot, que l'influence ne s'obtient que par le contact d'homme à homme, et d'&me à âme. C'est ainsi que Socrate a transmis à Platon une méthode et son enthousiasme pour le vrai. C'est ainsi encore que s'explique qu'en Allemagne tous les grands génies scientifiques soient issus de toul petits centres universitaires', où le professeur et l'élève étaient dans ce contact d'&me & &me dont nous venons de parler.
(1) Cf. Uaeckel. Ua prtuvês du lratuforwtitw%*, ç. t&. Aican.