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LES CAUSES BIOLOGIQUES DES ANOMALIES

Un esprit méthodique et scientifique ne peut être satisfait quand il a simplement reconnu qu'un

écolier est arriéré ou instable. En effet, ces mots « arriérés, instables, asthéniques », comme les termes « idiots, imbéciles » n'ont qu'une valeur objective : ce sont des étiquettes qu'on pose sur un état mental; ce sont des expressions par lesquelles on désigne la manifestation extérieure d'une perturbation nerveuse, ce sont des mots, des désignations, ce ne sont pas des explications (1).

Qu'on nous permette une comparaison.

Si nous disions que telle personne est affectée de boiterie, que celle-ci soit légère ou intense, constatant ainsi une anomalie dans sa façon de marcher, il est vraisemblable qu'on nous demanderait aussitôt quelle est la cause première de cette claudication. En tout cas, l'orthopédiste chargé de la guérir n'hésiterait pas à en rechercher la cause. La claudication est un état objectif, derrière lequel il existe un élat morbide variable. En déclarant qu'un enfant est arriéré, on ne fait donc qu'une constatation de fait ; reste à découvrir la cause de cette claudication de V intelligence.

Il n'y a pas un arriéré, mais des arriérés : malgré de nombreux points communs, l'état mental des arriérés est variable, et cela précisément parce que des causes diverses ont engendré l'état nerveux qui se traduit par un retard de l'intelligence.

En résumé (et c'est ce qu'il faut retenir, car c'est le commencement et la fin de toute action médico-pédagogique), les anomalies mentales ne sont pas des affections définies comme la rougeole ou la

(1) Cf : Éducateur Moderne, 1908, p. 405.

scarlatine ; ce sont des manifestations symptomatiques résultant de causes pathologiques variables et diverses. Si l'on méconnaît ce principe et si on ne veut voir aucune relation entre ces phénomènes et une perturbation maladive du système nerveux, l'éducation spéciale donnera peut-être des résultats ; nous doutons qu'ils durent jusqu'au succès décisif.

Si nous insistons de la sorte sur ce principe élémentaire, c'est qu'on entend parfois encore contester l'importance des corrélations entre le cerveau et la pensée. De semblables opinions ne sont que l'application à la psychologie de l'ancienne conception du dualisme métaphysique, perpétuant cette erreur en vertu de laquelle la psychologie et la physiologie n'ont que des rapports de pure politesse, sans aucune intimité.

Rappelons donc une fois pour toutes que la collaboration du médecin et de l'éducateur est absolument nécessaire, si l'on veut relever ces enfants. Les anormaux d'écoles sont des malades et, comme tels, il faut les soigner médicalement. D'autre part leur affection se traduisant par des troubles mentaux, qui les empêchent de profiter de l'éducation ordinaire et ensuite de s'adapter au milieu social, il convient de leur donner des soins pédagogiques appropriés.

C'est cette double action médicale et pédagogique, qui caractérise le traitement médico-pédagogique. C'est à dessein que ces deux mots sont ainsi rapprochés, car, si, théoriquement, l'action du médecin et celle du pédagogue semblent dissociées, pratiquement, elles se pénètrent constamment. Le médecin et l'éducateur se complètent mutuellement

lorsqu'il s'agit d'éduquer des enfants anormaux : ils doivent marcher de concert, la main dans la main, comme l'écrivait récemment le docteur Régis (de Bordeaux) relevant ainsi une étroitesse d'esprit qui s'est trop souvent manifestée dans ces derniers temps et dont les écoliers sont victimes!

Le médecin doit rechercher la cause première de l'anomalie, pour lui appliquer le traitement convenable. Certes un état qui date de la naissance de l'enfant, une tare qui lui a été transmise héréditairement, ne peuvent pas toujours bénéficier d'un traitement rationnel dix ans après. Mais alors le médecin peut encore se retourner contre d'autres causes, qui, pour être secondaires, sont néanmoins importantes.

Si Ton suit attentivement des écoliers anormaux durant quelques années, on remarque que leur anomalie, loin de rester stationnaire, peut devenir de plus en plus accentuée. Cette évolution, à notre connaissance, est rarement mise en lumière : or l'étude de ces cas démontre qu'en général l'anomalie primitive s'accroît d'année en année sous l'influence de causes diverses: fautes d'hygiène, alimentation défectueuse, excitations de l'ambiance, habitude de boissons alcooliques, erreurs pédagogiques, vagabondage, états morbides surajoutés tels que végétations adénoïdes, dyspepsie, albuminurie, etc. ; toutes affections contre lesquelles le médecin doit et peut intervenir efficacement.

Le rôle du médecin est même parfois préventif. Non seulement les anormaux ont besoin de soins médicaux en même temps que de soins pédago-

giques, mais souvent l'application immédiate des soins médicaux dispensera d'envoyer ces enfants dans les classes spéciales (1).

Cette façon de procéder est doublement utile : elle empêche les enfants légèrement atteints (subnormaux) de verser dans une anomalie plus accentuée; elle met les élèves plus touchés dans les conditions les plus favorables à leur relèvement.

(1) Voir Rapport sur V éducation des pupilles difficiles de V Ass. Publique, p. 30. Melun, Impr. admin., 1908.

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