REGLES D HYGIENE
Il va de soi qu'à l'anormal psychique doivent être appliquées les règles d'hygiène recommandées à tout écolier; les soins de propreté, l'aération des classes, leur éclairage n'ont rien de spécial et il y aurait trop à dire ici pour résumer des notions qui devraient être connues de tous.
Quelques particularités hygiéniques ne doivent cependant pas être ignorées ; étant donné que ce qui caractérise l'anormal, c'est* une fragilité et une vulnérabilité excessives du système nerveux, toute circonstance susceptible de causer quelque dom-
mage, d'exagérer ou de maintenir un état antérieur, devra être soigneusement écartée.
Chez un mentalement anormal, le sommeil doit être réparateur : c'est au cours du repos que l'enfant récupérera la force nerveuse qu'il aura dépensée dans la journée aussi bien au travail qu'au jeu. Comme le capital est minime, il faut prévoir le déficit. Donc pas de veilles, un séjour au lit prolongé^ ridiculement prolongé : 12 heures de lit, quand l'enfant est surveillé, n'ont rien d'exagéré : c'est la durée que nous préconisons, et la pratique nous a démontré que nous étions dans le vrai : le repos au lit a lui-même un effet tempérant et calmant bien connu des aliénistes qui l'utilisent dans les cas d'excitation cérébrale : de plus si l'enfant dort (et l'anormal bien surveillé est un dormeur), il y aura de ce fait une double action bienfaisante. D'ailleurs, même pour les normaux — grands ou petits — on a le tort de vouloir réglementer à outrance la durée du repos. Avec une intelligence égale, il y a des tempéraments variables qui, fournissant un même effort, ont besoin d'une récupération nerveuse plus longue et par conséquent d'une durée de sommeil également prolongée. Ne pas tenir compte des différences individuelles, c'est méconnaître la valeur individuelle des conditions physiologiques de chacun d'entre nous.
Dans le cas qui nous occupe, c'est une impérieuse nécessité, car si on n'y donne pas tous ses soins, les efforts éducatifs qu'on aura fournis par ailleurs risqueront de ne pas donner entière satisfaction.
Noua défendons les veilles^ à plus forte raison les
spectacles qui peuvent exciter et impressionner l'enfant. Les scènes de ménage retentissent même sur son état moral et les parents soucieux d'une guérison complète doivent les éviter ou les dissimuler.
Dans l'alimentation, on aura soin d'écarter tout excitant : alcool, vin, café, thé. Les mets lourds, épais, indigestes, fatiguent l'estomac et retentissent sur l'état nerveux : chez tout enfant cette action peut se faire sentir, chez un prédisposé, elle s'exagère.
Nous demandons même (et pour cela ce n'est pas la théorie mais la pratique qui nous guide) que la viande soit donnée en petite quantité au repas du matin et que, dans la majorité des cas, on se contente le soir du régime lacto- végétarien. Enfin, il est un point capital dans l'hygiène et le traitement des anormaux, c'est l'hydrothérapie.
Souvent on se figure que tout est parfait quand on a distribué deux fois par semaine des bains-douches. Au point de vue de la propreté, c'est bien. Mais pour modifier l'excitabilité nerveuse, pour combattre la faiblesse irritable, c'est insuffisant. Dans les rares villes où il existe une pression d'eau permettant de donner une douche, il serait navrant que les écoles d'anormaux n'utilisassent pas cet excellent moyen d'action.
La douche froide ou fraîche, en jet brisé ou en pluie mobile, portant d'abord sur les pieds et les mollets, sur le dos, sans toucher la tête et la nuque est parfois tonique et calmante. En cas de besoin, une douche tiède peut exercer un rôle sédatif.
Nous avons suivi des écoliers de même type men-
tal, les uns soumis aux douches, les autres ne recevant aucun traitement hydrothérapique, et nous avons par expérience reconnu la valeur thérapeutique de ce système.
On nous objectera peut-être, et on nous a objecté que l'école n'a pas à s'occuper de ces questions et que la famille seule a qualité pour appliquer ce traitement. Qu'on n'oublie pas que, pour des motifs variables la famille met souvent peu d'empressement à s'occuper de ces soins hygiéniques, qu'on peut même appeler curatifs dans certains cas : aussi estimons-nous que le rôle de l'instituteur d'une classe spéciale est de leur rappeler l'utilité des soins d'hygiène. Nous supposons en effet que les éducateurs actuels ou futurs des enfants anormaux ne sont pas de cette école qui prétend que le médecin a peu à faire pour leurs élèves.
Ce volume ne traite qu'incidemment des questions médicales, mais nous tenons à rappeler le rôle important de la médecine sans laquelle les efforts éducatifs menacent d'être nuls ou incomplets et nous nous permettons d'ouvrir une parenthèse pour en tracer sommairement les indications que nous traiterons Un jour dans un volume spécial.
Avant de commencer toute instruction, il est utile de rechercher la cause ayant amené une infirmité des centres nerveux pour la combattre. Certes la médecine est impuissante devant certaines lésions, d'autant plus que souvent l'enfant est amené trop tard au médecin qui aurait pu exercer une action curative. Mais il existe de nombreux cas contre lesquels la médecine est armée et efficace : par exemple, on
s'apercevra que l'écolier est sujet à des crises méconnues et souvent curables, qu'il a un arrêt de développement par suite d'insuffisances glandulaires, qu'il a une dépression nerveuse liée à une maladie générale. Dans ces cas, une action médicale est bienfaisante. Et, s'il ne peut atteindre la cause première, le médecin peut atténuer des états morbides, des défectuosités qui, sans être la cause principale d'une infirmité intellectuelle, en sont la cause adjuvante, l'agent provocateur. Que l'on corrige les défectuosités sensorielles, que l'on enlève les végétations adénoïdes, que l'on combatte les troubles gastriques ou intestinaux, que l'on s'oppose à l'ingestion de boissons alcooliques, et l'on sera étonné de voir certains élèves classés d'abord dans les arriérés profonds se rapprocher de la normale et faire des progrès rapides.
Ce sont là des faits qu'on ne peut nier à moins d'être de mauvaise foi.