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EDUCATION DES SENS

Les sens doivent être soumis à des exercices spéciaux répétés avec fréquence jusqu'à ce que la perfection relative ait été acquise.

Ces exercices peuvent être variés à l'infini : nous en donnons quelques-uns empruntés en grande partie à ceux que Rouma a indiqués dans un excellent travail qu'il avait écrit pour notre revue l Éducateur moderne.

Éducation de la vue :

i° Coller sur des cartons des gravures (de préférence coloriées). — Découper les cartons en 2, £ 8 parties égales. — Les mélanger. — Reconstituer des images que Teniant a pu voir complètes. L'exercice se fera de mémoire ou d'après modèle.

20 Avoir des échantillons d'étoffes ou de papiers de tapisserie en double. — Donner à chaque élève une série double, mélangée. — Faire assortir les échantillons : a) retrouver les deux morceaux identiques ; b) grouper les papiers ou les étoffes semblables.

Naturellement, dans l'emploi de ces exercices, il appartient au maître d'entraîner les élèves et d'entretenir leur ardeur en provoquant l'émulation et en amusant.

Remarquons en passant que ces exercices des sens sont des exercices d'attention et que tous les efforts doivent tendre à développer les différentes attentions.

Pour ne parler que du sens visuel, ne savons-nous pas combien son éducation rend de services dans l'instruction scolaire. « La lecture et l'orthographe ne sont-elles pas essentiellement basées sur la différenciation et la fixation d'impressions visuelles » (Rouma). Pour y parvenir, on commence donc par exer-

cer l'attention de l'élève sur des objets connus ; par exemple, on montre en classe une série d'objets : après avoir distrait les élèves durant quelques instants, on retire un des objets et les enfants doivent indiquer la chose disparue. On peut ainsi en enlever deux, trois et plus et les faire retrouver par chaque enfant. Cet exercice n'est nullement fatigant et plaît beaucoup.

Dans le même ordre d'idées, voici encore deux exercices excellents. Plusieurs objets : un canif, une enveloppe, un encrier, une plume, un livre, sont disposés dans un ordre donné : on en change Tordre et ce changement doit être découvert ; ou bien on dessine au tableau le schéma d'un soldat, puis, les enfants s'étant retournés , on ajoute des détails : épaulette, galon, pompon, sabre, ou l'on en retranche. Les élèves regardant à nouveau, doivent rapidement indiquer la transformation.

Ces détails peuvent sembler puérils, mais ce sont en définitive ces petits moyens répétés qui donnent de grands résultats. Nous pourrions citer des enfants que leur inattention empêchait d'apprendre à lire : soumis quelques semaines à ces exercices (la lecture ayant été délaissée complètement), ils ont acquis un degré d'attention qui leur a permis d'apprendre rapidement leurs lettres, d'épeler et de lire.

Pour développer le sens chromatique, nous recommandons les occupations suivantes :

i° Classer des perles de mêmes couleurs, des écheveaux de laines, des étoffes, des papiers.

2° Mettre ensemble des objets différents présentant une même couleur.

3° Mettre dans des flacons des eaux coloriées (couleurs végétales qui ne déposent pas) allant de la teinte la plus claire à la couleur la plus foncée et les faire classer en une gamme.

4° Faire jouer au domino de couleurs imaginé par Bourneville et Boyer.

5° Confectionner des objets divers en perles en suivant un rythme dans le choix de la couleur des perles employées.

Notons en passant que ces exercices sont excellents pour des enfants normaux : il serait désirable qu'ils soient utilisés dans toutes les écoles primaires, où le sens de la vue est bien à tort considéré comme parfait chez tous les élèves.

Éducation du sens auditif:

i° L'enfant, les yeux bandés, doit désigner la direction d'où est venu un appel. Il doit reconnaître à la voix ses différents condisciples. Il doit pouvoir indiquer si la voix qui l'appelle est éloignée ou rapprochée (Plus tard, de combien de pas, de mètres?).

2° Reconnaître au son la matière des objets remués ou qu'on laisse tomber : objets en bois, verre, carton, papier, fer, plomb, cuivre, etc.

3° Reconnaître au son les pièces de monnaie.

4° Habituer les enfants à distinguer un bruit au milieu de plusieurs autres.

55 Faire reproduire un rythme exécuté par le maître au moyen d'une règle frappant sur un corps dur. — Faire retrouver des airs populaires en indiquant simplement leur rythme.

Éducation de la parole :

Cette éducation ne doit pas être laissée de côté. Parler correctement est nécessaire à une bonne adaptation sociale, et tout écolier doit parler clairement et savoir, comme le dit M. Kéraval (1), se faire entendre, se faire comprendre et se faire écouter.

Un être qui parle mal, qui bredouille, qui a des défauts de prononciation (zézaiement, chuintement, blésité, etc.) semble ridicule et quelque peu bêta, serait-il fort intelligent. C'est peut-être un amoindrissement purement objectif ; en tout cas, c'en est un.

Un anormal qui s'exprime mal semble encore plus anormal, et si Ton se contentait d'une appréciation rapide, très souvent on se laisserait influencer par cette défectuosité au point de ranger le sujet dans un degré plus inférieur qu'il ne l'est, en réalité.

Malheureusement, les troubles de la parole sont fréquents chez les écoliers anormaux: sur 333 arriérés, Rouma trouve 65 cas de blésité et 10 cas de bégaiement, au total 22,5 p. ioo. La proportion est forte et mérite qu'on s'en occupe, d'autant plus que si le trouble de langage et le trouble mental sont engendrés par une même cause, le premier a, par sa présence, une tendance indéniable à perpétuer l'anomalie intellectuelle.

« L'enfant trouve, dans ses rapports avec ses camarades, les éléments nécessaires à son développement et à son perfectionnement mental ; le langage est le lien le plus intime et, par conséquent, un moyen indispensable de développement individuel etd'adap-

(1) Manuel pratique de lecture et de diction, Paris, 1906.

tation, si ce lien fait défaut, nul doute que l'intelligence ne s'en ressente. »

Le médecin recherchera donc l'origine de la parole troublée ; par une analyse soigneuse, il établira le groupe auquel correspond le trouble.

Est-ce une mauvaise élaboration des idées et des mots ?

Est-ce un défaut de transmission des idées aux organes chargés de les exprimer?

Existe-t-il un défaut de coordination ? ou un défaut de prononciation ?

Suivant le cas, après avoir donné les soins thérapeutiques nécessaires, il fera pratiquer la série d'exercices orthophoniques utiles pour corriger la parole défectueuse : exercices respiratoires, gymnastique linguale, exercices psychiques, etc.

— Puisque nous parlons de la parole, nous sommes tout naturellement amenés à dire quelques mots du chant.

Le chant est une bonne occupation pour les enfants anormaux. Frœbel lui donnait une place importante dans ses jardins d'enfants et l'on connaît les points essentiels de son programme résumés dans ces trois mots : « l'image, le jeu, le chant ».

C'est peut-être donner à ce dernier une part trop prépondérante et nous préférerions, aussi bien pour les normaux que pour les anormaux, remplacer le chant par le rythme.

Toujours est-il que le chant exerce une influence excellente : il développe le sens auditif et il satisfait le goût de l'anormal pour la musique et les sons, Édile* des anormaux* 3

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enfin, cela l'amusé. C'est une occupation aussi utile qu'agréable.

On devra donc entraîner l'élève à chanter juste, à conduire sa voix, à moduler un air : on veillera aussi (même dans les chants que l'enfant fera entendre en dehors de la classe) à ce que de mauvaises habitudes ne surgissent pas au cours des exercices vocaux. Les enfants en général, les nerveux et les instinctifs en particulier, ont une propension déplorable à confondre le chant avec le cri. Les sons émis peuvent être doux ou forts, ils ne doivent jamais être violents.

Education du sens olfactif:

i° Reconnaître à l'odorat seul : le café, la chicorée, le vinaigre, la bière, le pétrole, l'alcool, etc.

2° Débrouiller des mélanges de deux de ces produits en s'aidant uniquement de l'odorat.

3° Sentir des bouteilles qui ont contenu des liquides à odeur persistante.

Education du sens gustatif:

i° Reconnaître, par le goût, le café, le sucre, le sel, le poivre, la bière, etc.

2° Exercices sur les saveurs salée, sucrée, amère, aigre, au moyen de produits inconnus de l'enfant.

3° Exercices sur des produits ayant à peu près la même couleur : café moulu, chicorée en poudre — farine, sucre râpé, fécule, crème de tartre, etc.

Nous aurions pu rattacher l'éducation de la main à la gymnastique puisque, dans les deux cas, c'est le sens musculaire qui est mis en jeu : nous l'étudions en dernier lieu en raison de l'intérêt social que présente l'hahiteté manuelle.

Ne perdons pas de vue en effet que tous les écoliers anormaux devront plus tard subvenir à leurs besoins, et qu'en raison de leur caractère instable ou de leur médiocre ou imparfaite mentalité, c'est une profession manuelle qui remplira le mieux ce but.

L'éducation manuelle est de la préparation professionnelle : c'est même son premier stade.

Par ailleurs, l'éducation manuelle et l'éducation du sens du toucher aident successivement au développement intellectuel. Un philosophe ancien aurait dit que l'homme était intelligent parce qu'il avait une main; et, de fait, grâce à elle nous prenons connaissance des qualités essentielles des objets. Par le toucher nous contrôlons les données des autres sens en analysant les propriétés et les rapports des choses qui nous entourent.

C'est en ce sens que le degré de dextérité manuelle correspond sensiblement au degré d'intelligence-

Pour éduquer la main on occupera les écoliers à plier du papier, à découper des images, à assembler des pièces de bois découpé, à ajuster des caisses

démontables. Nous accordons aussi une grande importance à ce qu'un écolier sache planter ou arracher un clou, visser, faire proprement un paquet, etc.

Pour exercer l'habileté et la sûreté de la main, on peut faire viser une surface de plus en plus petite par un crayon. Ce sera d'abord un cercle plus ou moins large et, en dernier lieu, ce sera un simple point marqué par l'intersection de deux lignes.

Veut-on exercer le sens tactile, les exercices ne manquent pas. A titre d'exemple, en voici quelques-uns (Rouma) :

i° Une série de morceaux d'étoffe est attachée au tableau, l'élève, les yeux bandés, reçoit un morceau identique à l'un de ceux qui se trouvent dans la collection. Il tâte successivement ceux qui sont attachés et s'arrête quand il croit avoir découvert l'étoffe correspondant à la sienne.

2° Faire reconnaître au toucher seul, des objets divers placés successivement dans les mains de l'enfant.

3° Faire déterminer la matière touchée : bois, papier, étoffe, fer, marbre, etc.

4° Faire reconnaître au toucher des rondelles de diverses substances métalliques.

Les mains sont exercées à percevoir les formes par les quelques exercices suivants :

i° Dans une caisse où se trouvent un grand nombre d'objets différents, l'un est tâté par un élève ayant les yeux bandés. Cet objet est ensuite remis parmi les autres : il s'agit de le reprendre en ne s'aidant que du sens stéréognostique (Rouma).

2° Placer dans une boîte une série de cubes graduellement plus petits (ces cubes sont numérotés). Faire tàter l'un des cubes, puis le placer au milieu des autres. Toujours les yeux bandés, il s'agit de retrouver le cube tâté la première fois. — Le contrôle est facile, grâce au numéro marqué sur le cube. Des exercices semblables sont pratiqués avec des flacons de formes et de dimensions différentes, des briques, des balles, etc.

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