LE DESSIN ET LE MODELAGE. — EDUCATION COMBINEE DE LA MAIN ET DE L'OEIL
Nous devons maintenant parler de deux occupations ayant ce double avantage d'être utiles à l'éducation manuelle et à l'éducation visuelle : le modelage et le dessin.
Le modelage à l'aide de terre glaise est un moyen excellent pour assurer le fonctionnement des muscles les plus délicats de la main et des doigts : il nécessite des mouvements variés et nombreux, avec une certaine souplesse que rien ne peut remplacer. Permettant à la main d'apprécier les formes et les contours, il apprend à l'œil à comprendre les formes et à remarquer leurs imperfections.
Grâce au modelage, l'écolier peut obtenir la connaissance exacte de la forme des objets qu'il tente de représenter. Rouma estime (et nous sommes de
son avis, en ayant fait l'expérience) que le modelage est supérieur au dessin : car, par ce procédé l'enfant cherche plus vite que par le dessin à produire un travail d'imitation. Les formes modelées se rapprochent plus exactement de la représentation précise des objets. En effet, le travail de la terre étant plus concret et plus réel, permet mieux la comparaison avec l'objet imité : c'est l'objet lui-même qui est représenté, tandis que dans le dessin il existe forcément quelque chose de fictif et d'artificiel : un tour de main est nécessaire.
Si un enfant veut représenter une tête par le dessin, il fait un rond avec quelques traits indiquant le nez, les yeux, la bouche. Faites-le recommencer : le dessin sera le même, stéréotypé.
Représente-t-il cette tête par le modelage : il façonnera une boule et obtiendra finalement une forme plus vraie et plus exacte. Pour les anormaux, le modelage doit donc précéder le dessin ou tout au moins l'accompagner.
Le dessin a également une importance pédagogique qui ne peut être niée. Il éduque la main, l'assouplit, la subordonne à l'intelligence. Il doit surtout être fait d'après nature, mais nous nous refusons à écrire qu'il doit toujours en être ainsi.
Il faut être éclectique et ne pas oublier que certains sujets sont d'une maladresse remarquable et incapables de représenter un objet, si simple soit-il. Aces enfants il faut donner un peu de sûreté de main, le sens de la direction, en un mot faire exécuter quelques exercices préliminaires. Mais nous sommes parfaitement d'avis de recourir au dessin d'après
nature le plus vite possible. Le maître est toujours à même de choisir au début des objets simples, réguliers de forme, sans relief accentué : une feuille d'arbre, une clef, un crayon, un coupe-papier par exemple.
Certains éducateurs sont d'avis de laisser l'enfant dessiner spontanément. Ils font remarquer que le dessin spontané permet à l'enfant d'extérioriser ses pensées, que c'est pour lui un véritable langage et un langage spontané. Mais nous nous méfions du dessin spontané en raison de la tendance de l'anormal à reproduire constamment les mêmes formes et à ne pas observer. Nous ne l'admettons que si le maître indique des sujets nouveaux à traiter, laissant l'enfant les composer avec son imagination, ou avec sa mémoire.
Ces quelques notions indiquent combien l'éducation des sens est une partie de l'éducation mentale.
Le dessin et le modelage notamment servent, on le voit, à développer la faculté d'observation en forçant à analyser les formes, en faisant rechercher la direction respective des lignes : ils servent aussi à développer l'esprit de comparaison puisqu'il faut constamment rapprocher l'objet et sa représentation.