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LA CORRECTION DES TICS

Nous aurions pu parler de cette question à propos de l'éducation du sens musculaire ; néanmoins les conditions dans lesquelles survient le tic nous autorisent à en dire quelques mots dans un paragraphe spécial.

A l'école de perfectionnement on doit traiter spécialement les tics auxquels l'anomalie mentale prédispose : nous dirons même qu'elle les fait naître. Le tic, pour apparaître et persister, a besoin d'un substrat mental particulier : même chez un tiqueur réputé intelligent, la volonté est débile, l'attention faible, l'émotivité marquée. Toujours on note du déséquilibre mental et un manque absolu de pondération. C'est là ce qui permet et entretient le tic. L'écolier mentalement anormal n'a-t-il pas cette mentalité au maximum? C'est un terrain tout préparé à réclusion des tics, dont la multiplicité et la ténacité constituent parfois ce qu'on appelle la maladie des tics.

Pour les réprimer, on agira sur le trouble moteur, mais auparavant, nous ne disons pas parallèlement, on traitera la défectuosité mentale qui en est la cause essentielle. La discipline psycho-motrice (tel est le nom donné à l'ensemble du traitement) se compose :

i° D'une discipline des mouvements tendant à immobiliser les muscles atteints au moyen d'attitudes

variant suivant le siège du tic et qui sont indiqués par le médecin ayant au préalable analysé avec soin la forme du mouvement convulsif ;

2° D'une discipline psychique ayant pour objectif de développer le pouvoir frénateur de la volonté ; mais cette discipline ne peut émaner que d'un cerveau suffisant ou rendu suffisant : chez un arriéré, il faut donc une action pédagogique préalable, si l'on ne veut pas marcher à un échec. Chez un instable, il faut obtenir de la pondération, une discipline et une coordination des mouvements avant d'agir sur un mouvement anormal limité.

Cette remarque est importante : assez souvent des praticiens s'occupant spécialement de la correction des tics ont des insuccès et des récidives sans pouvoir en donner une explication sérieuse. Parmi ces cas, il en est quelques-uns dont l'insuccès s'explique : la discipline psychique n'est possible qu'à la condition qu'il y ait un état mental suffisant pour profiter de l'action ordinairement employée. L'infantilisme mental et la débilité de la volonté ont des degrés : or, chez un arriéré, le taux de l'intelligence n'est pas assez élevé, pour que les procédés applicables au commun des gens donnent des résultats. Force est donc au préalable de traiter la déficience par un traitement médico-pédagogique et de faire évoluer la mentalité jusqu'à ce que la méthode soit à même de réussir.

Pour terminer, nous* prions de remarquer qu'en parlant de l'éducation physique et physiologique,

nous avons été perpétuellement amenés à parler de l'éducation de l'intelligence. Ceci prouve que l'éducation de l'enfant forme un bloc que nous fragmentons uniquement pour pouvoir l'étudier.

Tout exercice des sens se double d'un exercice de l'attention et il existe entre toutes les fonctions de notre organisme, des plus inférieures aux supérieures, une solidarité qu'il serait anti-scientifique et antipédagogique de mettre en doute. Si des éducateurs ou des psychologues ont de la peine à saisir ces relations, qu'ils se contentent de constater leurs effets pratiques : tout procédé éducatif qui méconnaîtrait ce principe serait frappé de stérilité.

L'éducation physique et physiologique est liée également à l'éducation professionnelle dont l'éducation manuelle est le premier stade. D'ailleurs l'école de perfectionnement ne peut pas se désintéresser de la question de l'apprentissage.

Si un anormal psychique sort de l'école sans avoir de métier en main, ni sans être préparé sérieusement à un apprentissage les efforts éducatifs peuvent être stériles. Tant que la croissance n'est pas terminée, l'anormal n'est qu'un convalescent dont le système nerveux est encore fragile et qui ne doit pas êtie livré aux dangers de l'inactivité.

C'est là un principe que trop d'éducateurs méconnaissent ; ils oublient trop qu'une affection du système nerveux est longue à se guérir (1) et que le

(1) Comment ne pas s'étonner de voir affirmer, comme récemment au Sénat, le succès d'un système fonctionnant depuis deux ans à peine !

terme de la croissance doit être atteint avant d'affirmer les succès.

Si on ne se préoccupe pas de l'apprentissage (et pour notre part nous n'y voyons aucun inconvénient, au contraire) il est tout au moins facile dans une école de perfectionnement d'apprendre aux enfants à faire de la vannerie, du treillage, de la menuiserie simple. Les filles seront utilement exercées à de la couture, au tissage, au tricot, à habiller les poupées, etc., etc.

Toute acquisition du côté des organes sensoriels doit avoir une application pratique utile, et ne servira pas seulement à « faire mousser » les élèves et à étonner les visiteurs non prévenus ; si l'apprentissage n'est pas fourni à l'établissement, le maître ne doit pas oublier que ses efforts auront un couronnement en d'autres mains que les siennes.

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