CHAPITRE V
Mécanisme et Conditions de l'attention. — Les Écoliers inattentifs. — La Culture et la Réforme de l'attention.
Tout système d'éducation se ramène, en dernière analyse, à cultiver l'attention pour développer chez l'écolier « des états prédominants ou régulateurs». Cela étant, les questions relatives à l'éducation pratique de l'attention devraient tenir une place capitale dans les Traités de Pédagogie.
La plupart se bornent à des notions générales sur son importance et à quelques considérations plus ou moins précises sur notre pouvoir de la diriger et de l'appliquer à notre gré : comme si notre volonté seule en était maîtresse.
De tant de notions purement théoriques, quelles applications pratiques peut tirer l'éducateur en face de l'écolier normal, et surtout du petit anormal ?
Pourquoi en rester, aujourd'hui, à ces notions générales et laisser croire a priori que tous les élèves
indifféremment, quel que soit leur caractère et leur état organique, peuvent commander à leur attention dans n'importe quelles conditions ! Ne vaudrait-il pas mieux, au contraire, démontrer au pédagogue que toute forme d'attention est soumise à certaines conditions physiologiques et liée à certains états organiques, qu'elle varie avec le repos, la fatigue, la maladie, etc., que les élèves, môme les mieux disposés, ne peuvent ni gouverner toujours leur attention comme ils le désirent, ni la fixer à leur gré. Dès lors, au lieu de se borner, pour dresser cette faculté centrale, pour apprendre à devenir attentifs, à répéter aux enfants : « Faites attention ! Soyez donc attentifs !» ... ne vaudrait-il pas mieux leur donner des indications pratiques sur la manière de fixer l'attention, leur enseigner quelques moyens pour la ramener quand elle s'en va ; bref, leur donner l'art de gouverner et mettre en œuvre cette faculté sans laquelle on ne peutéduquer ni le corps, ni l'esprit, ni le caractère.
Si nous en étions encore réduits, pour connaître l'enfant, aux seules méthodes d'observation interne des Écossais, on comprendrait que les éducateurs considèrent leur action comme très limitée, l'acte d'attention étant des plus difficiles à observer en nous-mêmes, et l'enfant, comme chacun sait, ne passant guère son temps à observer sur lui-même ce qui se passe en lui. Mais depuis quarante ans, les études de psychologie physiologique ont changé la position du problème et l'éducateur — surtout en pédagogie des anormaux, où la bonne volonté ne suffit pas et où nous ne pouvons rien sans notions
précises — a le devoirde ne pas ignorer et de ne pas négliger les services qu'il en peut recevoir.
Pour exposer la question sous une forme claire, nous parlerons d'abord des origines, des conditions et du mécanisme de l'acte d'attention ; nous expliquerons ensuite pourquoi certains enfants ne peuvent ou ne savent être attentifs ; enfin nous indiquerons quelques moyens pratiques pour former ou soutenir l'attention.