‹ L'education des anormauxChapitre 77 sur 80 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

l'éducation morale

Anomalie mentale et anomalie morale. — Évolution normale de la moralité et son évolution anormale : l'arriéré moral. — Le dressage moral. — Lutilité morale de l'éducation professionnelle. — Les divers établissements pour écoliers anormaux, leur valeur comparée. — Influence de Finternat. — Nécessité de prévenir les anomalies mentales.

Dans le programme d'instruction d'une école de perfectionnement, doit aussi figurer l'éducation morale. C'est là un objectif qui n'a pas moins d'importance que l'éducation de l'esprit ou que celle du corps. Nous sommes même tentés d'ajouter que l'éducation morale a une importance prépondérante. A la rigueur, il est possible de concevoir un anormal ne sachant ni lire, ni écrire, ni compter: il ne sera pas adapté à la vie sociale, il sera en état d'infériorité, lui seul en souffrira. Mais comment admettre qu'un individu, dans la société, n'ait pas un minimum d'habitudes de moralité? Ce serait un être

dangereux et un antisocial, un monstre ou un criminel par destination.

Gomment procéder à cette éducation ?

Là, comme précédemment, nous nous trouvons en face d'individualités et, comme précédemment, il est naturel de s'inspirer, dans cette éducation, de la nature spéciale de chaque écolier anormal.

De plus, il faut se placer sur un terrain essentiellement pratique. Aussi ne dirons-nous pas qu'il faille enseigner d'abord aux écoliers anormaux les règles les plus élémentaires de la morale. Si Ton peut arriver à leur enseigner une morale basée sur le raisonnement, tant mieux ; mais, avec des intelligences défectueuses ou déséquilibrées, l'enseignement de la morale ne doit pas se faire de haut en bas par des principes, être déductif et raisonné ; mais procéder de bas en haut, être inductif et réel.

On doit donc commencer par un réglage moral, donner des habitudes convenables et faire du dressage: sur cette assise pourra être édifiée, lorsque l'évolution mentale est faite, l'éducation morale prescrite par des théoriciens qui, examinant les anormaux dans un laboratoire durant quelques heures, se figurent avoir pénétré leur mentalité et leur nature !

Vous avez entendu dire par des observateurs qui ont d'ailleurs étudié hâtivement ou superficiellement le caractère de l'enfance anormale, que l'anomalie mentale n'a que de vagues rapports avec la tare morale. Certes, si on se borne à observer les seuls anormaux qui fréquentent plus ou moins assidûment les écoles ordinaires, on ne rencontrera pas chez eux

de défectuosités morales bien accentuées, pour cette raison fort simple, que la plupart de ceux qui en présentent ne vont pas ou ne vont plus en classe.

Au contraire, examinez l'état mental des anciens réfractaires à l'école, arrêtés et envoyés aux juges d'instruction, comme voleurs, vagabonds, incendiaires, souteneurs, prostituées, etc*; examinez le type psychique des enfants amenés par leurs parents aux consultations de la Clinique médico-pédagogique, et qui nous déclarent que ces enfants sont des vicieux et font leur désolation ; vous constaterez comme nous, combien souvent les mauvais sujets sont des anormaux ou des subnormaux.

Ne disons pas cependant que ces anormaux seront tous criminels dans l'avenir. Quand on examine les faits de haut et qu'on ne se borne pas à une opinion émanant d'un groupe spécial, on s'aperçoit que parmi les anormaux psychiques de même type mental et de même caractère, il en est qui restent parfaitement honnêtes tandis que d'autres sont des vicieux.

Pourquoi cette différence?

Si par une enquête individuelle on cherche à débrouiller l'écheveau des influences variées qui ont déterminé les actes délictueux des enfants, on saper çéit rapidement que chez tout anormal psychique, les perturbations de l'intelligence ou du caractère diminuent la résistance morale, soit qu'elles l'empêchent de discerner comme il convient le mal et le bien, soit qu'elles le prédisposent à certains actes répréhensibles.

Comparés aux enfants normaux, les enfants men-

talement anormaux sont dans un état d'infériorité. Or, si ces tendances rencontrent un milieu favorable à leur développement, autrement dit, si les soins particuliers que réclame une mentalité déficiente ou déséquilibrée ne lui sont pas donnés, si l'éducation morale n'est pas appliquée comme il convient, si la surveillance n'est pas étroite, l'anomalie morale vient se greffer sur l'anomalie mentale et le mentalement anormal qui fût resté honnête dans d'autres conditions, devient un perverti. Tel est le mécanisme qui s'applique à la grande majorité des anormaux psychiques ayant commis un délit.

Nous ne prétendons pas que cette règle soit absolue : il existe en effet des sujets dont les tares morales sont contemporaines et indépendantes de leurs tares mentales. Ils ont une perversion congénitale des instincts, des dépravations précoces, des cruautés pour leurs semblables ou les animaux absolument incompréhensibles. Ils s'adonnent aux vices les plus exagérés avec plaisir. La propension au mal est inhérente à leur nature ; ce seraient des criminels-nés, si ce n'étaient avant tout des malades. Chez eux, la tare morale est surajoutée à la tare mentale, comme elle peut aussi bien exister sans elle : et quand, en outre, ces anormaux de moralité sont intelligents, ce sont toujours des fléaux pour l'humanité. On pourrait même se demander s'il est utile d'instruire ces amoraux, car on risque de perfectionner leurs moyens de nuire.

Laissons-les, ici, de côté : ce sont des vicieux qui ne peuvent être mélangés aux viciés dont la nature première était bonne. Nous ne nous occu-

pons ici que de ceux qui sont perfectibles et surtout de ceux dont la viciation morale peut être prévenue, étant en relation étroite avec l'anomalie mentale, sinon sa conséquence.

Deux mots auparavant sur l'évolution morale de l'enfant et sur sa viciation.

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