CONCLUSION
pas par exemple ce que, tout compte fait, l'instruction secondaire coûte à la société; mais nous demeurons convaincu qu'elle revient, en somme, à un prix plus élevé que chez nous, d'une façon absolue et par rapport au rendement intellectuel. Cela tient à une organisation défectueuse, ou plutôt à un défaut complet d'organisation. Donc de ce côté, pour nous, rien à prendre. D'ailleurs, quand même nous tenterions d'imiter, l'entreprise serait vaine : comment faire renaître en France l'ancien régime?
Car l'enseignement secondaire anglais est une plante d'ancien régime : les fruits qu'il donne ne sulfisent plus à une société démocratique qui réclame plus de justice distributive et de régularité. Une telle société, avec ses cadres plus larges et ses sympathies plus actives, ne peut pas plus se désintéresser du sort des classes moyennes que de la condition des classes populaires, car il n'y a pas de séparation absolue, mais au contraire une communication constante entre les unes et les autres. L'expérience a appris à nos voisins que le jeu de l'initiative privée, avec ses incontestables avantages, n'assure pas des moyens suffisants d'éducation secondaire. D'où la nécessité d'une intervention plus directe de l'État. Organiser et contrôler l'enseignement secondaire est une fonction naturelle et nécessaire de l'État moderne comme de veiller à l'hygiène publique et de subvenir à l'assistance. Mais entre l'abstention presque complète de l'État anglais et la tyrannie tracassière et absorbante de l'État français, il y a place pour une autre conception, celle de l'État modérateur, tantôt auxiliaire, tantôt propulseur.
De l'expérience anglaise retenons au moins deux choses. Remarquons d'abord que le sentiment très vif
de rinsufrisance des moyens existants et la lassitude causée par l'extraordinaire chaos des autorités scolaires n'ont pas jeté les Anglais dans les bras de l'État sauveur; l'intervention de l'État est désirée, mais à condition qu'elle s'appuie sur les corporations locales et qu'elle soit limitée par elles. Enfin, si nous n'avons rien à emprunter des institutions anglaises qui sont défectueuses, inspirons-nous de l'esprit qui est excellent : les maîtres anglais sont avant tout des éducateurs, et l'on peut faire d'eux le plus grand éloge que puissent souhaiter les maîtres de la jeunesse: ils n'ont jamais oublié qu'ils avaient à former des hommes.
Cherchant à nous représenter comment le peuple anglais est devenu ce qu'il est, nous avons cru devoir placer l'éducation au premier rang des causes qui l'ont formé ou modifié. Dans un prochain travail, nous passerons de l'étude des causes à celle des effets : après la préparation à la vie, nous entrerons dans la vie même. Nous étudierons l'homme dans la profession, les professions dans l'ensemble de la société, enfin la société elle-même; et nous essaierons de déterminer les conséquences lointaines de l'éducation au point de vue du développement matériel au dedans, de l'expansion au dehors et de l'évolution des idées et des mœurs.
TABLE DES MxVTlÉRES
Avant-propos
Résumé historique : le passé des écoles; les enquêtes antérieures