‹ L'éducation des classes moyennes et dirigeantes en AngleterreChapitre 20 sur 109 · E. Renan, Essais de morale et de critique, p · texte numérisé non relu

E. Renan, Essais de morale et de critique, p

2. On sait (|Li'en France, dans la bourgeoisie riche, aisée ou même modeste, la mère abandonne volontiers à une nourrice le soin de nourrir son entant.

Un médecin de quartier établi à Londres dans un district central, habité par la classe moyenne, me dit : « Dans les familles que je soigne, toutes les mères nourrissent ellesmêmes. » — Un grand médecin de Londres dont la clientèle est exclusivement aristocratique, écrit : « Dans les classes élevées, les mères ne nourrissent pas; elles disent toutes que les conditions de leur existence cl les tievoirs sociaux les en empêchent. »

La nurse n'est donc ([u'exceptionnellemcnt une nourrice; en général elle fait office de bonne ou de gouvernante. La nursery est la chambre des enfants.

3. Sauf pourtant dans les cas, rares d'ailleurs en Angleterre, où la famille ne comple «[u'un ou lieux enfants.

Le jeune Anglais apprend, dès l'enfance, à connaître par lui-même les dangers du monde extérieur, les difficultés de la vie et le caractère des hommes, par expérience directe, à ses dépens; le jeune Français est entouré par sa mère de soins incessants, préservé des moindres périls, des plus légers heurts '. Tandis que le jeune Anglais s'endurcit, s'aguerrit, le Français reste neuf, frêle, timide, ou, s'il se risque, manquant au moment décisif de sang-froid, de coup d'œil. Sa mère était anxieuse de lui adoucir le présent, tandis que son père peinait pour assurer son avenir. Sans doute les mères françaises sont capables d'héroïsme dans les temps de crise, mais elles sont pusillanimes dans le train ordinaire de la vie. Que de carrières brisées, que d'entreprises anéanties, que d'initiatives paralysées par des mères qui « ne veulent pas se séparer de leurs lîls » ! Lequel d'entre nous n'en pourrait citer vingt exemples? Milne-Edwards, de passage à Oxford, il y a une vingtaine d'années, .se promenait en compagnie d'un des chefs du parti Avhig et d'un professeur de géologie, célèbre pour sa franchise un peu rude "". Au cours de l'entretien, Milne-Edwards

1. Deux mères de famille Irançaises passent l'été à la campagne, en France, avec leurs enfants âgés de cinq à dix ans. L'une, Mme A..., Parisienne, a épousé un Parisien et habite Paris. L'autre, Mme B..., a épousé un Français depuis longtemps lixé en Angleterre. Mme B..., qui a habité l'Angleterre depuis qu'elle est mariée, a subi l'influence du milieu; elle élève ses enfants à l'anglaise. Toutes deux, pendant leur séjour à la camj>agne, envoient leurs enfants à l'école primaire du village voisin. Le fils de Mme B..., qui a dix ans, fait 4 kilomètres tout seul sur les routes, comme un homme, pour se rendre h l'école, sans que sa mère soit le moins du monde émue; Mme A..., la Parisienne, fait conduire par la main ses fils, qui ont dix et onze ans, à l'école du village distante de 300 mètres.

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