‹ L'éducation des classes moyennes et dirigeantes en AngleterreChapitre 21 sur 109 · C'est l'homme politique (pii m'a conté l'anecdoti · texte numérisé non relu

C'est l'homme politique (pii m'a conté l'anecdoti

s'avise de demander : « Comment se fait-il que vos jeunes gens, élevés à faire un peu de latin et de grec, et à dépenser beaucoup de temps au cricket et au hoating, deviennent tout simplement des hommes de premier ordre, de grands hommes d'État, des Palmerston, des Gladstone? » Et le géologue de repartir d'un ton bourru : « But they hâve got English mothers..., c'est qu'ils ont des mères anglaises. »

(( Les enfants sont l'âme de la famille française, nous vivons avec eux, pour eux, en eux '. » Tout est subordonné à l'enfant : le repos des parents, l'ordre dans la maison, le travail du père, jusqu'à la coquetterie de la mère. Il est le point oi^i convergent toutes les pensées, toutes les inquiétudes, toutes les espérances. Il vit avec ses parents, est admis à table dès qu'il est d'âge à se tenir assis; volontiers on impose ses grâces, ses caprices, ses sourires et ses pleurs aux invités, s'ils ne sont point tout à fait des étrangers. Il fait les délices du père, qui s'en amuse, sa journée finie, et la gloire de la mère, qui le pare, le frise, le pomponne. Trop souvent, il découvre de bonne heure cette toute-puissance, et il en abuse. Il est tantôt le jouet, tantôt le tyran de ses parents. Prévoir, ne rien livrer au hasard, à la nature et, quand l'enfant est d'âge à distinguer le bien et le mal, le surveiller pour prévenir ses moindres fautes comme on a prévenu ses moindres faux pas, quand il apprenait à marcher, tel est le penchant commun. Et c'est merveille que l'enfant, ainsi préparé à la vie, ne soit pas tout à fait égoïste, irresponsable et lâche.

1. O. Gréard, VÉducalion morale et physique. {Revue bleue, 20 juillet 1889, p. 70.)

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Les enfants, nombreux d'ordinaire dans les familles anglaises, se suivent de près et forment un petit bataillon qu'il est nécessaire de discipliner de bonne heure. L'enfant passe les premières années de sa vie dans la nurserrj; c'est son domaine, il n'y règne pas en maître absolu, il s'y installe en citoyen libre, sous l'œil vigilant de la mère ou de la nurse : « Dans la nursery, les trois éléments importants sont la mère, la nurse et lair. .. Plus les choses y seront simples et même grossières, mieux cela vaudra; pas de dentelles aux berceaux; lits aussi durs, nourriture aussi simple, parquet et murailles aussi propres que possible. » Ruskin donnait ainsi, en évoquant les souvenirs de son enfance, la définition de la nursery modèle. Toutes se rapprochent plus ou moins de ce type ; au premier étage de la maison, une grande pièce bien éclairée, bien aérée, très propre, tout unie, où l'on dort, où l'on mange, où l'on peut s'ébattre à l'aise sans danger de briser des objets précieux, de troubler le travail de papa ou d'assourdir maman souffrante. La toilette se fait autour du tub et de la baignoire où tous prennent le bain quotidien à l'eau froide qui tonifie et endurcit. Les vêtements sont amples, souples, simplifiés; ils sont destinés non à la parade, mais à garantir du froid, du vent, de la pluie, tout en laissant Jes mouvements libres. L'enfant peut jouer sans crainte de froisser un beau ruban ou de déchirer une précieuse guipure. Les enfants mangent ensemble à part; les heures sont régulières et le régime frugal. On leis mène jouer tous les jours, presque par tous les temps, de longues heures en plein air, dans les parcs que toute grande ville possède, en pleine campagne si l'on vit hors des villes, et les bambins ont toute liberté de

s'ébattre. Ils apprennent de bonne heure, à leurs dépens, ce qu'il en coûte d'être maladroit ou imprudent'.

A ce régime, l'enfant reste enfant longtemps, aussi longtemps qu'il faut, naïf et rose; il Test sincèrement, naturellement. Ce n'est point le petit homme précoce de six ou sept ans que l'on rencontre dans nos rues et nos promenades.

Ce système, l'Anglais se l'est formé peu à peu, et aujourd'hui il y croit et il y tient : dans la ntirserij, dans la famille, dans la maison ou au dehors, dès que le babil peut marcher ou commence à comprendre, l'éducation est entièrement fondée sur la confiance. On donne à l'enfant confiance en lui-même en le livrant de bonne heure à ses seules forces, s'il est valide; on fait naître le sentiment de la responsabilité en lui laissant — une fois prévenu — le choix entre le bien et le mal : s'il fait mal, il supportera la peine de sa faute ou les conséquences de son acte. Mais sa faute, comme sa faiblesse, n'est jamais présumée; on ne le surveille pas pour l'empêcher de tomber; on ne l'épie pas pour le prendre en faute. On lui inspire l'horreur du mensonge; on le croit toujours sur parole jusqu'à preuve qu'il a menti. Il devient énergique et franc, self-reliartt et reliable; il est confiant en soi et digne de confiance; il est habitué à ne compter que sur lui-même et l'on peut compter sur lui.

Sauf exception dans les grandes familles et dans les familles riches, et pour les aînés seulement, le père

1. « Dans la nursery, comme dans le monde, la seule discipline salutaire, c'est l'expérience des conséquences bonnes ou mauvaises, agréables ou pénibles, qui découlent naturellement de nos actes. » (Herbert Spencer.)

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■considère qu'il ne doit à ses fils que le vivre et l'instruction ' jusqu'à seize à dix-sept ans (à moins qu'ils n'aient choisi une profession libérale où le stage est toujours long) : c'est à eux ensuite à se tirer d'affaire. Le fils sait, en outre, qu'il ne doit point compter sur l'héritage, car le père entame souvent le capital et reste libre de tester à sa guise : l'enfant doit préparer sa vie, et la nécessité l'éperonne rudement. Ainsi toute la vie de l'Anglais se passe à apprendre ou à enseigner la sclf-help : aide-toi. Dès la nursery, le jeune Anglais est entraîné à l'action : tout est, pour lui, principe d'activité -.

1. Quelquefois même, mais très rarement, le père exige que son lils lui rembourse les frais d'éducation.

2. Ce genre d'éducation n'est pas sans avoir une influence sur la famille même. L'individualisme fortifié affaiblit l'esprit de famille fatalement. D'abord la famille telle que nous l'entendons, avec son attirail de cousins, d'oncles et de tantes, ne se rencontre guère chez nos voisins. La famille y existe à peine au delà des limites du hojne paternel : « A quoi bon des cousins, disent les Anglais, ce sont des amis gênants. Les vrais amis sont ceux qu'on peut choisir.» On trouve même des frères qui, sans être brouillés, vivent étrangers les uns aux autres et ne s'écrivent jamais. .T'ai connu une famille dont le chef habitait Londres : un des lils dirigeait une exploration agricole à une heure de Londres; on ne le voyait jamais. Un autre était éleveur au Natal; il écrivait une fois par an à sa mère. De loin en loin, les sœurs, restées à Londres, parlaient des absents, mais sans jamais exprimer le regret tiu'ils donnassent si rarement de leurs nouvelles.

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